Tandis qu’Israël ébranle l’appareil du pouvoir iranien via de présumées opérations du Mossad, les Etats-Unis envisageraient déjà de passer à l’étape supérieure en lançant des opérations au sol. Il ne s'agirait non pas d'une invasion massive, mais plutôt d'opérations terrestres ciblées contre des objectifs stratégiques.
L’objectif parait évident: frapper avant qu’une nouvelle sphère dirigeante ne se stabilise à Téhéran. Reste encore à savoir où. Trois scénarios se dessinent, tous porteurs d’un risque majeur d’escalade.
L'île de Kharg: frapper l'usine à cash de l'Iran
Peu de cibles sont aussi importantes économiquement – et aussi risquées – que l’île de Kharg. Environ 90% des exportations pétrolières iraniennes transitent par ce petit territoire. Une offensive américaine reviendrait non pas à porter un coup symbolique à l'Iran, mais bien à étrangler économiquement le pays. Le schéma est clair: prendre le contrôle, stopper les exportations et accentuer la pression sur le régime afin de le contraindre à négocier.
Sur le plan militaire, une prise de l'île parait certes envisageable. Mais politiquement et opérationnellement, le risque est élevé. Kharg se situe à seulement 25 kilomètres des côtes iraniennes. Les troupes américaines y seraient durablement exposées et seraient vulnérables aux drones, aux missiles et aux attaques de tous genres.
Mais les Etats-Unis pourraient tout de même avoir intérêt à prendre de tels risque: une attaque contre Kharg provoquerait un choc immédiat sur le marché pétrolier mondial. L'Iran pourrait être contraint de détruire ses propres installations pour éviter qu’elles ne tombent aux mains de l’ennemi. Les conséquences déborderaient largement hors de la région, avec des répercussions économiques majeures jusqu'en Europe.
Ormuz: contrôler plutôt que conquérir
Plus stratégique encore, le détroit d'Ormuz concentre de nombreux enjeux: ce n'est pas «juste» une guerre qui s'y joue, mais bien la question du transit mondial des hydrocarbures. Selon le «New York Times», les plans américains ne tendraient pas vers une occupation, mais vers des frappes ciblées contre des rampes de lancement, des radars et des bases de drones le long des côtes et sur des îles comme Larak ou Abou-Moussa.
Une telle opération permettrait de neutraliser missiles, drones et systèmes de surveillance, soit tous les outils qui permettent à Iran de contrôler le détroit. L’offensive du Mossad a déjà fragilisé la chaîne de commandement iranienne, en ciblant des responsables-clés. Les Américains peuvent ainsi s'appuyer sur un meilleur renseignement et des réactions adverses plus lentes.
Mais là aussi, le risque est considérable pour les Etats-Unis. Malgré les pertes importantes essuyées jusqu'à présent, l’Iran reste en capacité de perturber massivement le trafic maritime. Une opération américaine pourrait donc provoquer l’effet inverse de celui recherché: une fermeture totale du détroit, synonyme de choc énergétique mondial.
Viser les côtes: l'option la plus probable... et la plus risquée
Le scénario le plus réaliste à l'heure actuelle n’est pas tant celui d'une offensive spectaculaire, que d'une série d’opérations discrètes: interventions rapides de Marines, parachutistes et forces spéciales le long des côtes iraniennes. Ici, les cibles potentielles regroupent des centres logistiques, des sites de missiles et des installations liées au nucléaire. Le déploiement actuel de forces américaines suggère une stratégie claire: frapper vite, repartir vite.
Ces opérations semblent, sur le papier, politiquement plus acceptables et plausibles militairement. Mais l’histoire montre que cette approche peut aussi déraper. Même limitées, ces interventions peuvent dégénérer si l’adversaire riposte. L'Iran a déjà prévenu qu’une intervention terrestre américaine entraînerait des représailles directes contre des infrastructures régionales, avec un risque d’ouverture de nouveaux fronts. Des bases américaines, des installations pétrolières et des routes maritimes stratégiques pourraient se retrouver dans le viseur de Téhéran.
Le facteur décisif : la guerre de l'ombre d'Israël
Ce qui rend ces scénarios crédibles ne tient pas tant à la puissance de l’armée américaine qu’au travail préparatoire d’Israël. Les opérations du Mossad n’ont pas anéanti le système iranien, mais l’ont fragilisé: les chaînes de commandement ont été perturbées, des figures clés éliminées et des infrastructures militaires ciblées.
Un travail de l'ombre qui a permis à Washington de ménager ses efforts et de maintenir son plein potentiel d'engagement. Une intervention terrestre limitée semble dès lors envisageable, voir facile à mener à bien. Mais c’est précisément là que réside le principal risque d’illusion: une frappe réussie sur Kharg, dans le détroit d’Ormuz ou sur des cibles à l’intérieur du pays ne suffirait pas à faire plier l’Iran.
Au contraire, elle pourrait déclencher une spirale d’escalade dépassant largement l’objectif initial. Donald Trump se retrouve ainsi confronté à un dilemme classique de la stratégie militaire américaine: une frappe rapide et spectaculaire est possible sur le plan opérationnel, mais ses conséquences demeurent difficilement maîtrisables sur le plan stratégique.