Des effets jusqu'en Europe
La guerre en Iran pourrait créer une pénurie de ces 5 produits

De l'aluminium à l'hélium en passant par les engrais chimiques, la guerre en Iran désarçonne de nombreuses industries. Voici les produits dont les chaînes d'approvisionnement pourraient souffrir en premier, au niveau mondial.
En plus du pétrole, de nombreux autres secteurs sont touchés par le conflit en Iran, avec des répercussions jusqu'en Europe.
Photo: AP
Capture d’écran 2024-09-17 à 11.24.33.png
Ellen De MeesterJournaliste Blick

La guerre en Iran déboussole le monde. Si la question délicate du pétrole et du détroit d'Ormuz obnubile les médias depuis des semaines, il ne s'agit malheureusement pas de l'unique secteur qui pourrait souffrir du conflit, et cela à très large échelle. Différentes chaînes d'approvisionnement, notamment ancrées dans les pays du Golfe, sont également menacées par les frappes qui pleuvent depuis fin février: agriculteurs, entreprises pharmaceutiques et producteurs de puces électroniques commencent également à en faire les frais. 

Pour rappel, le conflit a bloqué le passage de 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel, tandis que différentes attaques ont visé de nombreuses infrastructures essentielles à plusieurs industries, souligne Reuters. Si l'explosion des factures de l'énergie est probablement le premier signe tangible de la guerre pour les ménages, d'autres effets se font ressentir, notamment du côté des produits dérivés et de l'industrie pétrochimique, de laquelle dépendent énormément de produits du quotidien. 

L'engrais chimique

Ces dérivés concernent à la fois les secteurs de l'automobile, de l'aviation, de l'énergie, du plastique et... des engrais chimiques. Toujours selon Reuters, l'agroalimentaire serait particulièrement vulnérable, puisque la guerre a largement déstabilisé le marché des engrais, dont un tiers passe par le détroit d'Ormuz. Le soufre, l'urée et l'engrais phosphaté sont concernés, avec des prix ayant augmenté de 30 à 40% depuis le début de la guerre. A noter que la moitié des denrées alimentaires du globe sont produites à l'aide de ces substances. 

En Inde et en Malaisie, des usines entières ont déjà commencé à ralentir la cadence, à annuler ou réduire les commandes ou à carrément fermer leurs portes, faute d'approvisionnement. «Il suffit que la guerre se prolonge de seulement quelques semaines pour que les ressources alimentaires du monde soient perturbées de manière significative, a noté Maximo Torero, économiste en chef de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, toujours auprès de Reuters. Cela va probablement affecter les semis, avec une baisse de l’offre mondiale de matières premières, des céréales de base, des aliments destinés aux animaux, et donc des produits laitiers et de la viande». 

L'aluminium

Selon le média américain Barron's, l'aluminium représente carrément «le nouveau pétrole». Le 28 mars, des drones et des missiles se sont abattus sur deux fonderies essentielles de la région du Golfe: celle d'Emirates Aluminium et celle d'Aluminium Bahrain. D'après Forbes, le prix de l'aluminium pourrait bientôt dépasser son record de 4100 dollars (3280 francs suisses) par tonne, sachant que les fonderies du Golfe produisent près de 10% de la production mondiale. 

En effet, ces immenses sites industriels sont pris au piège, ne pouvant ni exporter l'aluminium, ni importer l'oxyde d'aluminium (ou alumine), principale matière première indispensable à leur production. D'après la banque néerlandaise ING, qui s'est exprimée auprès de Forbes, même une interruption brève d'environ un mois serait déjà en mesure de provoquer une pénurie susceptible de réduire l'approvisionnement mondial d'aluminium. Ainsi que l'indique «The Financial Times», l'industrie automobile s'adonne actuellement à de gros «achats panique», par crainte que la guerre n'empire la situation. 

Le plastique

La pénurie de pétrole et de gaz atteint également l'industrie plastique, sachant que l'équivalent de 20 milliards de dollars transitent habituellement par le détroit d'Ormuz. En effet, le Moyen-Orient, avec l'Arabie saoudite en tête, détenait plus de 40% des exportations de polyéthylène en 2025, signifiant que le prix de ce type de plastique, ainsi que celui du polypropylène, explosent depuis début mars. Le Golfe constitue également un très grand producteur de naphta, une substance pétrochimique essentielle à de nombreuses usines chimiques, notamment en Asie, qui commencent à se voir contraintes de baisser la cadence. 

«Toute personne qui importe depuis le Moyen-Orient – ce qui concerne pratiquement tout le reste du monde dans une certaine mesure – a perdu un fournisseur majeur et doit se démener pour trouver des résines de remplacement à des prix extraordinairement plus élevés», a déclaré Joel Morales de Chemical Market Analytics, auprès de Reuters. 

Les médicaments

Autre victime d'un secteur pétrochimique en pleine crise: la production pharmacologique. Les répercussions s'avèrent mondiales, une fois de plus. D'après «The Guardian», le Royaume-Uni serait à seulement quelques semaines d'une véritable pénurie de médicaments, allant des simples antidouleurs aux traitements contre le cancer. «C’est un concours de circonstances désastreux, a déploré David Weeks, directeur de la gestion des risques au sein du groupe d’analyse Moody’s, basé au Texas, auprès du média britannique. Le conflit dans le Golfe a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz. L’Inde, reconnue comme étant la pharmacie du monde, produit en effet une grande quantité de médicaments génériques et de principes actifs pharmaceutiques, qu'il devient de plus en plus difficile d'exporter.»

Avec la diminution du nombre de vols en provenance de plusieurs aéroports majeurs, de nombreuses entreprises doivent désormais compter sur le transport maritime, ce qui peut largement ralentir la livraison. Si la situation n'est pas encore désastreuse, du côté des produits pharmaceutiques, elle pourrait le devenir si le conflit se prolonge. 

L'hélium

Début mars, un drone iranien endommageait le principal site de production d'hélium au Qatar, Ras Laffan industrial city, coupant abruptement un tiers de l'approvisionnement mondial, souligne «The Times of India». Ce gaz rare est notamment indispensable à la production de puces, de fibre optique et de techniques d'IRM, essentielles dans le domaine médical. Ainsi que le rappelle Al Jazeera, le Qatar a produit près de 63 millions de mètres cube d'hélium en 2025. 

Devant être maintenu à des températures très basses, l'hélium est également difficile à transporter, surtout lors de longs trajets, sans subir des pertes conséquentes. Un véritable casse-tête, donc, pour les secteurs concernés. 

Articles les plus lus