Le pays est à bout
Avec cette guerre, Netanyahu peut aussi briser Israël

La guerre contre l'Iran reste très populaire parmi les Israéliens. La suppression définitive de la menace «existentielle» iranienne est largement soutenue. Mais le prix à payer, pour l'économie et la société, devient exorbitant.
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Chaque jour ou presque, des missiles et des drones s'abattent sur le territoire israélien, causant d'importants dégats et des victimes.
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Benjamin Netanyahu en est persuadé: sur la question de l’Iran, les Israéliens continueront de le soutenir. La preuve: près de 80% de la population reste favorable aux bombardements menés depuis le 28 février, d’après deux sondages conduits à la mi-mars, l’un par un think tank israélien et l’autre par l’Institute for National Security Studies (INSS), un institut d’études de l’Université de Tel-Aviv.

«Courrier international», qui cite ces enquêtes d’opinion, y voit la confirmation du fameux consensus, dans l’Etat hébreu, concernant la menace existentielle constituée par une République islamique désireuse d’acquérir l’arme nucléaire. Avec toutefois deux nuances. «Si 91% des Israéliens juifs se disent favorables à la guerre, celle-ci suscite l’opposition de quelque deux tiers des Israéliens arabes. Qui plus est, même si une majorité des sondés affirme que la campagne devrait continuer jusqu’à l’effondrement du régime, seuls 11% d’entre eux anticipent un effondrement complet, selon le sondage de l’INSS.»

La résilience des 9,5 millions d’Israéliens, capables d’endurer une guerre sur plusieurs fronts (Iran, Gaza, Liban), ne semble donc pas en cause. Restent, en revanche, les graves fissures que ce nouveau conflit ne fait qu’accentuer. Fissures économiques, dans un pays où la croissance (3,95% en moyenne de 1995 à 2025) est tombée à moins de 1% en 2025, tirée seulement par le complexe militaro-technologique.

Fissures sociales

Fissures sociales résumées par cette formule de l’économiste Jacques Bendelac, interrogé par la chaîne i24, selon laquelle: «Les inégalités et la pauvreté en Israël sont le produit direct de choix politiques assumés depuis le début des années 2000. Ils tirent les prix vers le haut, enrichissent une minorité et appauvrissent une large partie de la population. Israël est ainsi devenu un pays riche, mais avec un nombre élevé de citoyens pauvres. Une situation rare parmi les économies occidentales avancées.»

Fissures sociétales enfin, avec le fort ressentiment envers les religieux orthodoxes qui refusent de voir leurs enfants rejoindre l’armée: selon le quotidien israélien «Times of Israel», environ 80'000 Haredim (ultra-orthodoxes) âgés de 18 à 24 ans sont éligibles au service militaire et ne se sont pas incorporés dans l’armée. Ceci, alors que l'Etat-major israélien a dû faire appel à 100'000 réservistes début mars, après l’entrée en guerre du Hezbollah.

Menace existentielle

La guerre lancée le 28 février contre l’Iran, avec pour objectif clair de démanteler le programme nucléaire et balistique iranien, de couper tout approvisionnement à ses alliés régionaux (dont le Hezbollah libanais) et d’en finir avec le régime des ayatollahs, peut-elle se poursuivre sans buter sur ces obstacles? 

Au moins trois variables peuvent faire basculer la donne, aujourd’hui encore favorable au gouvernement de droite et d’extrême droite de Netanyahu. La première est l’étendue des dommages provoqués par ce conflit, au fur et à mesure de l’épuisement du stock de missiles intercepteurs indispensables pour le «Dôme de fer», le bouclier antiaérien qui protège l’Etat hébreu. La seconde variable est le coût de ce conflit qui, selon le ministère des Finances, s’élève à près de 500 millions de dollars par jour. Troisième variable, enfin: l’alliance avec l’administration Trump. Si le président des Etats-Unis lâche prise pour clamer victoire, comme en juin 2025 lors de la guerre des Douze Jours, tout peut devenir très périlleux. Surtout si la République islamique perdure...

Obsession de la vengeance

Israël, au fil de son histoire tumultueuse, est presque à chaque fois ressorti plus solide des conflits dans lesquels son armée a été engagée. La population a toujours suivi. Mais le traumatisme de l’assaut du Hamas le 7 octobre 2023 a aussi rappelé, tragiquement, sa fragilité. Evenement qui hante beaucoup d’Israéliens: «Le traumatisme du 7-Octobre a fait de notre pays une société obsédée par la vengeance», confiait au «Monde», voici un an, l’écrivain Dror Mishani. Et d’ajouter, un an avant la guerre actuelle: «Si nous ne nous arrêtons pas, la vie de nos enfants sera également en danger, car la violence qui fait rage sans arrêt brûle tout, et le feu que nous allumons reviendra nous hanter.»

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