Arrestation à Paris
L'Europe est à la merci des attentats téléguidés par l'Iran

Il voulait mettre le feu au bureau parisien de la «Bank of America» à Paris. L'adolescent de 17 ans a été arrété. Il avait été recruté par messagerie. Le début d'une vague d'attentats activée par l'Iran? L'Europe peut le redouter.
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A Paris, un attentat a été déjoué samedi 28 mars vers 3h30 du matin contre les bureaux de la Bank of America.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Pas de panique. Mais une vigilance de tous les instants. Alors qu’une explosion artisanale devant les bureaux de la «Bank of America» à Paris a été évitée de justesse dans la nuit de samedi à dimanche, les polices européennes redoutent le réveil de réseaux terroristes iraniens dormants.

Ces derniers ont les moyens, confirment les sources policières, d’activer des apprentis terroristes, comme celui qui, dans la capitale française, avait été recruté pour 600 euros via un réseau social. Le mode d’emploi est simple: profiter de la colère ambiante au sein d’une partie de la jeunesse européenne, surtout celle issue de l’immigration musulmane, contre les Etats-Unis et Israël, pour fomenter des attentats et semer la peur. Objectif: faire monter la pression sur les gouvernements pour qu’ils prennent leurs distances avec Washington. Le nom d’un mouvement (ou d’une nébuleuse) apparaît désormais régulièrement: celui du mouvement islamique des croyants vertueux.

A Paris, l'inquiétude

Retour d’abord sur la tentative d’attentat déjouée à Paris, qui a conduit à l’interpellation nocturne d’un jeune de 17 ans. Même s’il est impossible, à ce stade, d’accuser un quelconque réseau iranien «dormant» installé sur le sol français, des indices inquiètent. Selon la radio France Info, un groupuscule pro-iranien avait, une semaine avant, publié une vidéo sur les réseaux sociaux où il menaçait directement la banque américaine à Paris. Ce même groupe a aussi revendiqué en mars l’attaque de synagogues en Belgique et aux Pays-Bas. 

La méthode? Des explosifs artisanaux. Dans le cas de l’attentat parisien, le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête pour «tentative de dégradation par incendie ou moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste». La preuve que le soupçon d’une filière terroriste organisée est bien présent derrière l’amateurisme de l’acte, mené par deux jeunes: l’un qui tentait de mettre le feu à un explosif et l’autre qui assurait la surveillance, avant l’arrivée des forces de police alertées par la vidéosurveillance.

Cette inquiétude européenne est alimentée par d’autres incidents. Plusieurs ambulances appartenant à une association caritative juive ont ainsi été incendiées à Londres. La police antiterroriste en Norvège ou au Portugal a aussi été mobilisée, suite à des tentatives d’attentats. Logique, malheureusement. Dès le 28 février, date des premières frappes aériennes contre l’Iran par les aviations israéliennes et américaines, les services de renseignement européens ont immédiatement alerté sur la possible «réponse asymétrique» de Téhéran. Celle-ci, avaient-ils prévenu, «pourrait s’aggraver si le régime iranien décidait qu’une telle campagne sur le sol européen pourrait servir ses intérêts vitaux». Ce qui, dans sa stratégie de séisme mondial pour obliger les Etats-Unis à reculer, pourrait se justifier.

La Norvège, une cible

Le cas de la Norvège est intéressant. Ce pays pétrolier est décisif dans l’équation énergétique européenne, à l’heure où le marché énergétique mondial est durement secoué par la fermeture du détroit d’Ormuz dans le golfe Persique, et le risque d’une seconde fermeture stratégique: celle du détroit de Bab-el-Mandeb, qui verrouille la mer Rouge – et donc l’accès au canal de Suez – au large du Yémen. La justice norvégienne a remis en liberté, le 19 mars, une mère et deux de ses fils soupçonnés d’être impliqués dans un attentat à la bombe perpétré, dans la nuit du 7 au 8 mars, contre l’ambassade des Etats-Unis à Oslo. Citoyens norvégiens d’origine irakienne, ils étaient inconnus des services de police.

Outre la France, trois pays redoutent une possible vague terroriste: le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique. Bruxelles fait notamment office de cible privilégiée avec le QG de l’OTAN, l’Alliance atlantique. Fin février à Liège, une bombe artisanale a explosé devant la synagogue de la ville. Trois jours plus tard, c’est la synagogue de Rotterdam, aux Pays-Bas, qui a été visée. Les deux actions sont revendiquées par le mouvement islamique des croyants vertueux.

Des personnes recrutées sur internet

«Personne ne sait d’ailleurs s’il s’agit d’un groupe, d’un petit nombre d’individus ou même d’un simple label. Pour le moment, les informations disponibles indiquent qu’il s’agit de personnes qui exécutent des missions qui leur sont octroyées», a expliqué à la RTBF Mohamed Fahmi, chercheur sur le terrorisme à l’ULB. Mais des faits inquiètent. Une école juive d’Amsterdam a été prise pour cible. Une voiture a été incendiée dans le centre du quartier juif d’Anvers.

Au total: sept événements dans six villes depuis le 9 mars. Une recrudescence qui, même si son intensité meurtrière n’a heureusement rien à voir, renvoie au souvenir des vagues d’attentats des années 80, lorsque la République islamique, en guerre avec l’Irak, s’en prenait, par commandos et cibles civiles interposées, aux pays qui soutenaient alors le régime de Saddam Hussein à Bagdad.

La Suisse, pays neutre qui continue officiellement d'assurer les bons offices pour les Etats-Unis en Iran (depuis 1980) peut sembler préservée. Le rejet, début mars, de demandes de survol d'appareils militaires américains, ainsi que la tenue à Genève des ultimes négociations entre l'Iran et l'administration Trump, via Oman, peuvent constituer une forme de protection. 

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