La phrase sonnait comme une promesse, ou une menace. «Prenez le contrôle de votre gouvernement: il vous appartient.» Le président américain Donald Trump a ouvertement appelé les Iraniens à la révolte dès le début de la guerre, le 28 février. Conséquence? Aucune. Il n'y a eu ni manifestations de masse, ni soulèvement, ni effondrement du gouvernement. Au lieu de cela, la guerre s’enlise et le soutien à Trump décline.
L'attaque conjointe d'Israël et des Etats-Unis se transforme en deux guerres distinctes, avec des objectifs totalement différents. Cette division entre les deux alliés part d'une erreur de jugement fatale du Mossad, les services de renseignement israéliens.
L'idée était aussi simple que risquée: des frappes aériennes devaient affaiblir le régime de Téhéran, des assassinats ciblés déstabiliser le pouvoir et le peuple iranien se chargerait du reste. Le chef du Mossad, David Barnea, avait précisément exposé ce scénario. Des émeutes éclateraient en quelques jours, puis un embrasement généralisé ferait tomber le gouvernement. Cité par le «New York Times», David Barnea estimait que le régime serait renversé dans un délai d'un an. Mais le plan du Mossad était bancal, car il reposait sur ses espoirs, pas sur la réalité.
Ni révolte, ni effondrement
Un mois après le début du conflit, le constat est alarmant. Le régime de Téhéran est affaibli, mais toujours en place. Les habitants ne se soulèvent pas, car «ils seraient tués», d'après un ancien responsable du gouvernement américain interrogé par le «New York Times». Trump a lui-même admis que les forces de l'ordre «tireraient probablement» sur les manifestants.
En d'autres termes, le postulat de base de cette guerre s'est effondré et cela change tout. Car sans soulèvement populaire, il ne reste plus que la voie militaire, longue, coûteuse et politiquement délicate. Dès le début du conflit, des voix sceptiques s'étaient faites entendre à Washington. Les services de renseignement américains étaient persuadés qu'une révolte populaire était «relativement improbable». Malgré tout, ce plan s'est imposé, notamment parce que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu l'a activement utilisé pour convaincre Trump de lancer l'attaque. Mais aujourd'hui, sa stratégie se retourne contre lui.
Les fissures à Washington
Alors qu'Israël intensifie ses frappes, la tension monte aux Etats-Unis. Le soutien à la guerre est faible et continue de décliner; moins de la moitié des Américains l'approuvent. Plus inquiétant encore, les premières fissures apparaissent au sein du camp républicain. Loin d'être une question secondaire, il s'agit d'un enjeu fondamental. En effet, pendant des décennies, le soutien américain à Israël était quasiment intouchable. Aujourd'hui, alors que des voix conservatrices commencent à en douter, c'est bien plus que cette guerre qui est en jeu. Les fondements politiques mêmes de l'alliance sont menacés.
C’est là que réside le véritable potentiel de l’erreur de jugement du Mossad. Tandis qu’Israël interprète la guerre comme une lutte existentielle – marquée par le traumatisme du 7 octobre 2023 et une logique de sécurité maximale –, le gouvernement américain commence à percevoir le conflit comme un problème stratégique qu’il faut contenir au plus vite.
Israël raisonne en termes historiques, les Etats-Unis en stratégies de retrait. Une différence qui est visible sur le terrain: Washington hésite à prendre des mesures d'escalade risquées, comme l'utilisation des milices kurdes, tandis qu'Israël continue de chercher des moyens d'accroître la pression et de provoquer une réaction en Iran.
Nous assistons aujourd'hui à découplage progressif. Israël souhaite un changement de régime et un affaiblissement durable de l'Iran. Les Etats-Unis cherchent une issue par la négociation ou en limitant l'escalade. De quoi mettre leur alliance à rude épreuve.
Car s'il s'avère que l'hypothèse centrale – le soulèvement en Iran – n'a jamais été réaliste, alors sur quels arguments cette guerre est-elle basée? La situation actuelle laisse présager une réponse inconfortable. Le Mossad n’a pas seulement fourni des informations, il a aussi créé des attentes, trop séduisantes politiquement pour être remises en question. Conséquence: une guerre sans finalité claire.