Quel revirement de situation dans le détroit d’Ormuz! Vendredi, l’Iran annonçait la réouverture de cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial. Avant de la refermer dès samedi matin, selon l’agence de presse iranienne Fars. Comment comprendre ces revirements? Blick a posé la question à Erich Gysling, spécialiste du Moyen-Orient, et à Klemens Fischer, expert en géopolitique.
Iraniens naïfs, Trump obstiné?
Erich Gysling ne relève aucune stratégie claire, ni chez les mollahs, ni au sein du gouvernement du président américain Donald Trump. «Il manque une tactique réfléchie; à la place on assiste à des va-et-vient puérils.» Il attribue l’ouverture du détroit à la naïveté des Iraniens, qui auraient pensé que Trump lèverait de son côté le blocus imposé par la marine américaine.
Klemens Fischer considère de son côté Trump comme le grand perdant de cet intermède. Contrairement à Gysling, il soutient que Téhéran a réalisé un tour de force stratégique. Le «double blocus» imposé par le président américain pour faire pression se retourne désormais contre lui.» Le détroit d’Ormuz a été pour l’Iran «le levier de puissance idéal» depuis le début de la guerre.
«Un coup diplomatique»
L’ouverture soudaine et «brillante» du détroit n’a rien coûté à l’Iran. Elle lui a permis de se présenter comme la partie la plus encline à la paix de ce conflit, tout en attribuant le rôle du «méchant» aux Etats-Unis. «Un coup diplomatique», résume l’expert en géopolitique.
Le facteur temps est un autre atout pour Téhéran. Selon Klemens Fischer: «Plus la guerre dure longtemps, plus la situation politique se corsera pour les Etats-Unis».
«Nous assistons à une manœuvre dilatoire de la part de l’Iran»
Au milieu de tous ces revirements, une chose frappe: le rôle de Donald Trump a changé. Alors qu’au cours des dernières semaines, le Républicain semblait se préparer à se retirer du conflit, il referme désormais, avec son ultimatum, la porte qu’il avait lui-même ouverte dans cette perspective. Ce changement tient probablement au temps, lequel file dangereusement poru le président. «Nous assistons à des manœuvres dilatoires concernant l’Iran, ainsi qu’à une rhétorique plus belliqueuse de la part des Etats-Unis», déclare Klemens Fischer.
A bord d'Air Force One, le président américain avait affirmé aux journalistes que dans le cas où aucun accord substantiel n’était conclu d’ici mercredi, le cessez-le-feu avec l’Iran prendrait fin et les bombardements se poursuivraient.
Les pires scénarios
Erich Gysling, un scénario est toutefois pire que les autres: «Le blocus dans le détroit d’Ormuz reste en place, les bombardements américains et israéliens reprennent et les Iraniens ripostent par des contre-attaques sans fin.» Donald Trump d'ailleurs dénoncer ce dimanche 19 avril sur son réseau Truth Social des «violations flagrantes» du cessez-le-feu dans le détroit par l'Iran. Une déclaration qui ravive les craintes de l'escalade évoquée par l'expert.
Klemens Fischer dresse même un tableau encore plus sombre: «Le pire scénario serait une escalade du conflit aérien vers un conflit terrestre et, événement catastrophique supplémentaire, l’utilisation d’armes nucléaires tactiques par les Etats-Unis et Israël.»
Et le scénario idéal? «D’ici mercredi, un compromis est trouvé lors des négociations à Islamabad, permettant à Trump de se présenter comme vainqueur.» Klemens Fischer ajoute: «La solution dépendra de la possibilité de trouver un accord permettant aux Etats-Unis et à l’Iran de sauver la face. L’idéal serait un accord de paix garantissant le droit mutuel à l’existence, autorisant l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire par l’Iran et prévoyant le désarmement du Hamas et du Hezbollah.»
Pour Erich Gysling, la pression exercée par Trump pour mettre fin au conflit le plus rapidement possible n’a aucun sens. «Un accord ne peut se conclure que par étapes.» Il souligne que l’ancien président américain Barack Obama avait mis des années à conclure un accord nucléaire avec les mollahs.
«Personne ne sait qui prend les décisions en Iran»
Les positions des parties au sein des négociations se sont encore durcies, notamment sur la question de l’enrichissement de l’uranium. L’Iran souhaite poursuivre ce programme d’enrichissement, tandis que les Etats-Unis et Israël s’y opposent, craignant que les mollahs n’utilisent ce matériau pour fabriquer une bombe nucléaire.
Erich Gysling avance également une autre explication à l’inefficacité des pressions exercées par Trump: «Personne ne sait qui prend réellement les décisions en Iran, pas même les Américains.» Certes, le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, représente l’Iran dans les négociations. Mais on ignore s’il prend également des décisions au nom de l’Iran et de ses différentes factions, notamment les Gardiens de la révolution.