Les USA n'ont plus le choix
Face aux mollahs, Trump va devoir imiter son rival Obama

Malgré leur supériorité militaire, les Etats-Unis n'ont pas réussi à vaincre l'Iran. Dans les négociations en cours, les Iraniens mettent les Américains dans l'embarras. Trump tente de copier son prédécesseur démocrate Barack Obama, mais risque fort d'échouer.
La guerre ne peut pas être gagnée militairement. Et sur le plan diplomatique, le président américain n'a qu'une solution.
Photo: AFP
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Samuel Schumacher

Imaginez vouloir faire un pas vers l'Iran pour négocier avec le gouvernement, mais que les mollahs refusent catégoriquement d'envoyer qui que ce soit. C'est précisément la situation humiliante dans laquelle se trouve Donald Trump. La guerre coûte des milliards chaque jour, malgré le cessez-le-feu, et une majorité d'Américains la juge totalement inacceptable. Le président américain veut donc contraindre l'Iran à le suivre à la table des négociations pour mettre fin au conflit au plus vite.

Mais Téhéran tergiverse. «Les perdants n'imposent pas leurs conditions», ont fait savoir les mollahs à Trump alors qu'il s'apprêtait à envoyer sa délégation pour la prochaine série de négociations. Et tandis que le détroit d'Ormuz reste bloqué et que le prix du pétrole grimpe, le président américain n'a plus qu'une seule option: tenter d'imiter son ennemi juré, Barack Obama. Mais cette stratégie risque bien de ne pas fonctionner pour Trump.

Avant le républicain, Barack Obama a lui aussi dû composer avec les ambitions nucléaires des mollahs durant sa présidence. Peu après son investiture, il avait écrit une lettre secrète à l'ayatollah Ali Khamenei, tentant de relancer les relations alors au point mort entre les deux pays. «Mais l'ayatollah nous a tout simplement envoyé promener», raconte Barack Obama dans son autobiographie présidentielle.

Washington a donc durci le ton avec ses sanctions et contraint les Iraniens à négocier. Après 20 mois de pourparlers (notamment à Lausanne), l'accord sur le nucléaire iranien, baptisé «Joint Comprehensive Plan of Action» (JCPOA), a été proposé.

Une tâche plus difficile

A ce stade, Téhéran a détruit plusieurs milliers de ses centrifugeuses d'enrichissement d'uranium et autorisé un contrôle strict de ses installations par des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique. «Ils ont contrôlé chaque gramme d'uranium présent dans le pays», a encore souligné cette semaine l'ancien secrétaire d'Etat américain John Kerry.

L'objectif de l'accord conclu par Barack Obama était d'augmenter de deux mois à un an le «breakout time», c'est-à-dire le délai nécessaire à l'Iran pour fabriquer une bombe nucléaire avec ses matières nucléaires existantes, donnant ainsi aux Etats-Unis la possibilité d'intervenir à temps. En contrepartie, Washington a allégé une grande partie des sanctions en vigueur et aurait même autorisé l'Iran à acheter et vendre à nouveau des armes lourdes après cinq ans.

Mais ce scénario ne s'est jamais produit. En mai 2018, Trump a mis fin au «pire accord de l'Histoire », négocié par son prédécesseur. Désormais, il n'a d'autre choix que de reproduire, à contrecœur, le succès d'Obama à l'époque – ou du moins d'essayer.

Bien sûr, Trump annonce déjà que son accord sera «bien meilleur» que celui d'Obama. De nombreuses incertitudes persistent, comme la participation de l'Iran et la possibilité pour les négociateurs iraniens d'être entendus, compte tenu du chaos politique qui règne à Téhéran. Une chose est sûre: Trump exige l'arrêt total de l'enrichissement d'uranium par l'Iran et une limitation de son arsenal militaire.

Une super catastrophe financière?

L'offre américaine de débloquer plusieurs milliards de dollars d'avoirs gelés à l'Iran est particulièrement délicate pour Trump. Selon Axios et CNN, Washington serait prêt à transférer l'équivalent de 20 milliards de dollars à Téhéran. L'Iran étant exclu des systèmes bancaires internationaux et les deux pays n'ayant aucun lien financier direct, le paiement devrait se faire en espèces.

Ce serait un désastre en termes d'image pour Trump. Pendant des années, il s'était moqué d'Obama, qui, en 2016, avait envoyé à l'Iran l'équivalent de 1,7 milliard de dollars en liquide (en francs suisses et en euros) par avion pour régler un vieux différend juridique sans lien avec les négociations nucléaires. Les images de ces énormes liasses de billets avaient fait le tour du monde. «Une honte», avait commenté Trump, qui pourrait lui-même bientôt devenir la principale source de financement des mollahs.

Le président américain a besoin d'un accord, idéalement avant les élections de mi-mandat de novembre. Il doit être conclu beaucoup plus rapidement que sous Obama. Et bien sûr, il ne peut pas donner l'impression de plagier son prédécesseur. Après tout, il ne veut pas être pris en flagrant délit de plagiat, en secret, de celui qu'on surnomme «le pire négociateur de l'Histoire», et de présenter ensuite cet accord comme étant le sien.


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