Partira-t-elle en fin de mandat? Se représentera-t-elle au Conseil d’Etat vaudois? Mieux, visera-t-elle le Conseil national? Nombre de spéculations portent sur l’avenir politique de Valérie Dittli. Le plus fou d’entre les scénarios évoqués: la conseillère d’Etat, certes décriée après le rapport Meylan, mais forte de la confiance renouvelée du Centre Vaud, et du maintien inespéré de son dicastère par le Conseil d’Etat, se représenterait en février prochain aux élections cantonales. Non réélue, elle toucherait la rente à vie dès juillet 2027. Puis, tentant une sortie par le haut de l’impasse actuelle, elle mettrait le cap sur Berne: les élections au Conseil national étant fixées à octobre 2027, elle se porterait candidate, aux côtés d’Isabelle Chappuis, députée pour Vaud depuis 2023.
Des obstacles multiples
Contactée, Valérie Dittli n’a souhaité faire aucun commentaire à ce sujet. Du côté du Centre Vaud, le président ad interim Michele Mossi nous répond que cette discussion est prématurée. «La stratégie pour le National n’est pas encore à l’ordre du jour. Il s'agit pour l'heure de régler avec élégance la question de Mme Dittli au Conseil d’Etat.»
Ce scénario du National souffre évidemment de très grandes faiblesses: il évacue les multiples oppositions contre Valérie Dittli: l’appel à sa démission par le Grand conseil, dont une commission lui reproche ses «vérités alternatives»; la confiance fortement entamée du Conseil d’Etat, qui interroge sur sa capacité à terminer le mandat actuel, mais aussi l’effritement du soutien au sein même du Centre Vaud et la levée de boucliers des jeunes du parti.
Un membre de longue date du parti nous confie: «Quand vous avez un gouvernement et un Parlement contre vous, mais que le comité cantonal du parti est d’accord que vous restiez en place (ndlr: 13 personnes, pour moitié membres du comité de présidence), alors tout va bien? C'est indécent, cela me dépasse. On est en train de mettre le parti au service de l’élue, alors que ce devrait être le contraire. La démission de Valérie Dittli du Centre Vaud est la seule issue envisageable.» Une assemblée générale du Centre Vaud est prévue le 19 mai, qui élira le(la) prochain(e) président(e) du parti cantonal.
Ticket à deux peu envisageable
Une candidature de Valérie Dittli au Conseil national viendrait compliquer la candidature d’Isabelle Chappuis, si cette dernière se voyait imposer un ticket à deux, nous confient les proches du dossier. Face à une attitude «ôte-toi de là que je m’y-mette» que d’aucuns pointent chez Valérie Dittli, le tandem avec Isabelle Chappuis serait d’ores et déjà à exclure, selon des membres du Centre Vaud s’exprimant sous couvert d’anonymat.
La députée craint-elle d’être écartée sans ménagement par celle qui, comme nous le racontions ici, avait écarté des ténors de son parti en 2021, à savoir Claude Béglé et Jacques Neyrinck, peu après avoir pris la présidence du Centre Vaud à 27 ans? Contactée, Isabelle Chappuis s’est refusée à tout commentaire.
«Si j’étais Mme Chappuis, je serais inquiète, confie une personne du parti: dans ce scénario, il y a trois issues possibles, dont une seule lui est favorable. Soit Mme Chappuis gagne. Soit personne ne gagne. Soit Mme Dittli gagne. Elle n’aurait donc qu’une chance sur trois de garder son siège.»
Risque de perdre les partis apparentés
L’idée d’un ticket à deux pour le National fait surtout craindre à nos interlocuteurs qu’au lieu d’améliorer les chances de décrocher deux sièges, l’effet Dittli mine les chances du Centre Vaud de conserver même un siège. «En y allant à 2, le risque est que les 2 sièges visés soient perdus, surtout si les partis apparentés au Centre, Vaud Libre et le Parti Evangélique Vaud (PEV), ne vont pas suivre une candidature Dittli».
Mais d’autres évoquent les appuis qu’auraient conservés Valérie Dittli en Suisse alémanique, et en particulier celui de Gerhard Pfister, l’ancien président du Centre suisse, originaire lui aussi de Zoug, qui avait appuyé sa candidature vaudoise. Reste qu'au final, ce sont les électeurs vaudois qui décideront qui envoyer à Berne.
En attendant, nombre de nos interlocuteurs pointent l’emprise trop grande qu’exercerait Valérie Dittli sur le Centre Vaud, le parti devenant selon eux un tremplin, mais un tremplin récalcitrant, pour la suite de sa carrière. Non seulement les jeunes du parti, mais aussi des membres de longue date, ne se reconnaissent pas dans l’image véhiculée par ces affaires.
Parti «pris en otage»?
L’expression «elle prend le parti en otage» revient de nombreuses fois dans nos entretiens. Comme celle d’une «garde rapprochée», composée des fidèles du comité de présidence, qui lui serait acquise, tandis qu’elle bénéficierait de peu de loyautés au-delà.
L’actuel président ad interim Michele Mossi rejette fermement l’idée d’une «garde rapprochée». «C’est totalement faux. Pour ma part, je ne suis pas le président de Mme Dittli et je travaille dans le seul et unique intérêt du parti et n'ai aucun intérêt personnel dans cette affaire: j’ai accepté de prendre la présidence ad interim pour pallier l’absence pour maladie de l'ex-président élu, et apporter un peu de sérénité. Pour le choix d'un nouveau président, des élections complémentaires auront lieu le 19 mai, auxquelles je ne me présenterai pas.»
Le sujet qui reste sur toutes les lèvres, c’est celui de la réunion du comité cantonal du jeudi 30 avril, lors de laquelle le communiqué renouvelant la confiance en Valérie Dittli aurait été voté au forcing. La visioconférence aurait été acceptée puis annulée de manière antidémocratique, selon les récits recueillis. Le président du Centre Nyon, Wilson Favre Delerue, en aurait fait les frais. La Conseillère d’Etat l’en aurait informé elle-même à la dernière minute. Le comité de présidence aurait avalisé cette décision en invoquant les statuts, dont les conférences en ligne sont toutefois absentes.
Un vote qui fait encore des remous
Michele Mossi répond: «La visioconférence n'était ni à l'ordre du jour, ni souhaitée. Quand des informations doivent être discutées de façon confidentielle, une connexion en ligne ne peut le garantir. Pour Mme Dittli et pour chaque membre, il était important de pouvoir discuter librement sans risques d’enregistrement ou de transmission à des tiers.»
Mais le malaise va au-delà. Le comité de présidence était arrivé à la séance avec une seule version de communiqué de presse qui renouvelait le soutien à Valérie Dittli. Une version qualifiée de «dithyrambique» par deux de nos interlocuteurs, ce qui avait suscité un tollé dans certains districts, provoquant la réunion du 30 avril. Lors de celle-ci, certains membres présents se sont sentis mis sous pression de voter, après 3 heures de discussions, un texte qu’ils n’approuvaient toujours pas.
Un membre a le sentiment qu'on lui a forcé la main. «Ce qui me fait sortir de mes gonds, c’est la manière autoritaire dont le comité de présidence et Valérie Dittli ont mis au pas le comité cantonal, lui faisant voter à l’unanimité un communiqué qui ne prend pas la mesure de la gravité de la situation, et sans que Valérie Dittli ne prenne la peine de se récuser».
«Chaque mot a été discuté»
Cette perception est vivement contestée par le président Michele Mossi: «C'est absolument faux. On ne peut pas écrire à 15 ou à 20 un communiqué. Dès lors, la présidence a fait une proposition. Chaque membre du comité cantonal a eu ensuite la possibilité de s’exprimer librement, sans aucune pression. Chaque mot a été discuté, et le communiqué a été amendé et complété pour répondre aux souhaits et à la sensibilité des membres présents». Le président du Centre Vaud rappelle que la version finale a été soutenue à l’unanimité, sans aucune abstention ni opposition. «Ce qui m'a surpris en bien: ce résultat unanime est l'expression du climat constructif et serein des discussions.»
Enfin, un problème de gouvernance est pointé par certains membres. Il concerne le comité d’éthique du Centre Vaud, qui auditionne les candidats à la présidence du parti. Ce comité est composé de 2 membres élus, mais surtout, de 3 membres non élus, qui ne sont autres que ceux du comité de présidence, perçus comme favorables à Valérie Dittli: Michele Mossi, Jacqueline Bottlang-Pittet, et Chritian Michaud. Cela fait dire à certains qu’il s’agit là d’une «commission de cooptation».
Par ailleurs, Michele Mossi et Christian Michaud seraient entrés au comité de présidence sans eux-mêmes passer par un comité d’éthique. L’influence de ce dernier est importante car il auditionne, puis introduit le candidat président à l’assemblée générale par un texte, dont la lecture constitue une sorte d’avis implicite au moment du vote.
Des critiques balayées
A nouveau, cette vision est contestée par l’actuel président du Centre Vaud: «Cela est absurde: Madame Dittli n’était même pas là quand la composition de ce comité d'éthique a été discutée. Elle n’en est pas membre. Et le comité éthique a posé exactement les mêmes questions à tous les candidats. Je ne vois pas le fondement de cette polémique.»
Michele Mossi ajoute qu’en ce qui le concerne, il était déjà passé par un comité d’éthique il y a 3 ans et c'est pourquoi il en aurait été dipensé avant son élection ad interim.
Les Jeunes du Centre Vaud se sont réunis le 5 mai au soir pour une prise de position au sujet de Valérie Dittli. Leur président Jean-Robert Terrier confirme que la réunion s'est déroulée en présence de Valérie Dittli, qui était invitée. Elle aurait eu l'opportunité de s'expliquer durant 1h30 suite aux délibérations, qui se sont déroulées en son absence. Un communiqué doit être publié sous peu.