Golfe Persique en guerre
Ce que l'Iran réserve à Trump (et que nous allons payer)

Le régime iranien multiplie les attaques de haute intensité sur les bases américaines dans le golfe Persique, et sur les pays riverains. Un engrenage dont nous risquons tous de payer le prix cher.
1/5
«Tuer Trump»: le but du régime iranien est désormais affiché en grand par ce dernier.
Photo: AP Photo/Vahid Salemi

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Donald Trump cible désormais le détroit d'Ormuz, en réponse aux attaques iraniennes contre des navires marchands
  • L'Iran a frappé pour sa part des usines de dessalement vitales dans le Golfe.
  • Ces actions pourraient provoquer une crise énergétique et perturber l'approvisionnement en eau des pays voisins, tels qu'Oman et le Koweït.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump a changé de guerre. Il ne s'agit plus, pour le président des Etats-Unis, de mettre l'Iran à genoux, même si des frappes américaines visent des infrastructures civiles telles que des ponts. La cible du locataire de la Maison-Blanche est désormais le détroit d'Ormuz, dont il doit reprendre le contrôle, à la fois pour asphyxier économiquement la République islamique et pour éviter une crise économique mondiale de grande ampleur.

Cette stratégie, les responsables iraniens l'ont anticipée. Leur riposte massive contre les pays riverains vise donc à les placer au bord de l'abîme. Soit la guerre se poursuit et tout le golfe Persique s'embrasera, soit une pause interviendra. Or l'arsenal iranien, pour l'heure, a de quoi faire peur. Car nous paierons tous le prix d'une guerre sans fin dans cette partie du monde.

D'abord le détroit

Première arme fatale du régime iranien: le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Rien de neuf sous le soleil écrasant du golfe Persique, où les températures dépassent actuellement les 40 degrés au quotidien.

En visant des navires marchands qui naviguaient dans le couloir maritime proche des côtes du sultanat d'Oman, et en frappant ce pays pourtant réputé proche de l'Iran (c'est Oman qui abrita les ultimes négociations à Genève, interrompues par les frappes américano-israéliennes du 28 février), les Gardiens de la révolution démontrent qu'ils ne céderont pas sur leur objectif d'imposer un péage dans le détroit d'Ormuz.

En temps normal, environ 150 tankers et porte-conteneurs transitent chaque jour par Ormuz. Or, ces jours-ci, seuls quelques navires se risquent à cette traversée, via le «rail» maritime iranien. Rien ne prouve que des mines ont été posées par l'Iran, qui a annoncé deux explosions, mais l'interruption du trafic, si elle persiste, menace de faire dérailler les flux énergétiques et commerciaux mondiaux.

Ensuite les usines de dessalement

Seconde arme fatale, encore plus terrible: les frappes contre les usines de dessalement d'eau de mer, cruciales pour l'approvisionnement en eau des pays du Golfe, cernés par le désert. Pour rappel, l'Arabie saoudite dépend à 70% de ces installations, le Koweït et le Qatar à 90%, les Emirats arabes unis à 42% et Oman à 86%.

En clair, si ce robinet se ferme, toutes les populations de la région seront impactées. Or l'Iran a entamé ce cycle qui pourrait devenir infernal. Sa première cible a été un complexe de dessalement au Koweït. La guerre de l'eau, si elle perdure et s'aggrave, pourrait avoir pour conséquence l'entrée en guerre directe des pays du Golfe. Ormuz deviendrait alors un champ de bataille XXL.

Troisième arme: les alliés régionaux

Troisième arme à la disposition de l'Iran: ses alliés régionaux et le terrorisme. On l'a oublié, mais Téhéran dispose, avec les milices chiites houthies du Yémen, d'un atout décisif, si ces dernières se décidaient à frapper des navires dans le détroit de Bab el-Mandeb, qui conduit au canal de Suez.

Vont-elles répondre aux demandes pressantes des Gardiens de la révolution? Ce n'est pas certain. Mais si les deux détroits du Moyen-Orient devaient fermer, la crise commerciale mondiale prendrait une tout autre ampleur.

La Chine le redoute, et les appels à la négociation lancés ces derniers jours prouvent l'inquiétude de Pékin. Donald Trump, lui, est dans une situation différente. Il redoute une crise mondiale dont il devrait porter la responsabilité. Mais l'actuel cours du baril de pétrole, autour de 85 dollars, est favorable à ses exportations d'hydrocarbures. Même un pays comme le Brésil se tourne désormais vers les Etats-Unis pour s'approvisionner en or noir. Les grands perdants d'un tel engrenage seraient, à coup sûr, les Européens, surtout si cette crise perdure au-delà de l'été.

Enfin le terrorisme

Le terrorisme est enfin l'arme ultime. Les menaces lancées contre Donald Trump lors des funérailles nationales du Guide suprême Ali Khamenei ont ravivé l'inquiétude d'une activation de cellules dormantes dans les pays occidentaux.

Impossible de l'exclure. Au Liban, pour le moment, le Hezbollah est en position de faiblesse. Mais, là aussi, une opération terroriste de grande envergure pourrait changer la donne. On pense en particulier aux capitales européennes, très exposées. Les Etats-Unis ont, pour des raisons géographiques évidentes, beaucoup plus de moyens de se protéger.

Cet éventail de ripostes iraniennes suppose évidemment que la République islamique dispose d'une quantité suffisante de missiles et de drones. Pour le moment, sa capacité de tir reste très sérieuse, après des semaines de frappes américaines. Il est, en revanche, très probable que le Commandement central américain (CENTCOM) a profité de la trêve d'avril au début juillet pour recouper les renseignements et préciser ses tirs sur les sites de lancement.

Boucliers antiaériens

La fiabilité des boucliers antiaériens des différents pays de la région sera également cruciale. L'annonce de la mort de deux soldats américains en Jordanie ouvre en effet un autre chapitre: si la guerre du «zéro mort» (ou presque) conduite par les Etats-Unis vire à une guerre totale, avec implication de troupes terrestres, les Iraniens disposeront de l'arme des pertes humaines. Des pertes que l'opinion publique américaine, à quelques mois des élections législatives de mi-mandat du 3 novembre, n'est pas du tout prête à accepter.

De quoi rendre plus inquiétant encore l'avertissement de Mojtaba Khamenei, l'invisible guide de la République islamique. Dans un message rendu public le 19 juillet, celui-ci envisage le pire: «La violation du mémorandum d’entente a prouvé une fois de plus la nullité et le manque de valeur de la signature du président américain, et a montré que ce pays n’est pas digne de confiance écrit-il. Maintenant que les Etats-Unis cherchent à attiser la guerre, la nation iranienne et l’Axe de la Résistance ont des leçons inoubliables à donner à l’ennemi américain.»

Articles les plus lus