Signé par Trump à Versailles
L'accord Iran-Etats-Unis contient ça (et oublie le reste)

Donald Trump l'a donc déjà signé à Versailles. Comment? Par voie électronique, sans plus de détails. L'accord entre l'Iran et les Etats-Unis sera-t-il paraphé ce vendredi au Burgenstock, en Suisse centrale? On s'y perd. D'ou l'importance de lire le texte.
1/5
Cette capture d’écran, le 18 juin 2026, montre le président iranien, Masoud Pezeshkian, tenant le protocole d’accord (« memorandum of understanding ») qu’il a signé afin de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Photo: AFP
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

C'est fait. La signature de Donald Trump figure quelque part, et sous une forme électronique, au bas du «Memorandum of Understanding» en 14 points, signé par les États-Unis et par l'Iran pour mettre fin aux hostilités dans le golfe Persique et ouvrir une période de négociations de 60 jours. L'annonce surprise de cette signature est tombée mercredi soir 17 juin, depuis le château de Versailles où le président des États-Unis dînait avec le couple Macron.

Quid, donc, de la signature officielle toujours attendue ce vendredi 19 juin au Bürgenstock, en Suisse centrale, a priori entre le vice-président américain J. D. Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Ghalibaf? Le flou demeure à ce stade. Mais les 14 points du document en question sont aujourd'hui connus. Ils règlent plusieurs points cruciaux, tandis que tout le reste devra être négocié.

Pas un traité de paix

Le point le plus décisif, confirmé d'emblée par ce «protocole d'accord» qui n'a pas valeur d'accord définitif ou de traité de paix, est la fin de la guerre sur tous les fronts (Liban inclus) et l'engagement mutuel de non-agression. Le blocus américain du détroit d'Ormuz sera levé.

Attention toutefois: les États-Unis ne s'engagent pas à retirer leur armada aéronavale de la région, et Donald Trump a d'ailleurs répété, en conclusion du G7 d'Évian mercredi soir, qu'il se tient prêt «à bombarder l'Iran avec la puissance de l'enfer» si le pays ne tient pas ses promesses. À condition de bien définir les promesses en question.

Deuxième point crucial: la souveraineté de l'Iran est reconnue et la République islamique demeure en place. La preuve? Le président du Parlement iranien, Mohammad Ghalibaf, réputé être un «dur» du régime, serait l'interlocuteur de J. D. Vance au Bürgenstock si la signature effective en Suisse se matérialise ce vendredi.

Pas de changement de régime en Iran, donc. C'est une défaite claire pour le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu. Pour Trump, en revanche, cela n'a guère d'importance. En conclusion du G7, ce dernier a redit que les dirigeants actuels sont ceux de la troisième vague, après la mort des deux autres. Ils sont plus «pragmatiques». C'est l'essentiel.

Ormuz et le pétrole

On en vient au détroit d'Ormuz, ce passage maritime crucial bloqué depuis le 28 février, ce qui a conduit des centaines de navires marchands à se retrouver coincés dans le golfe Persique avec leurs équipages.

L'accord ordonne sa réouverture immédiate. Les Européens, qui avaient préparé une mission de sécurisation du détroit, ne sont pas sollicités. Trump a plusieurs fois répété que, de facto, Ormuz est déjà rouvert. «Le pétrole va couler à flots», a-t-il répété, braqué sur le cours de l'or noir, tombé autour de 80 dollars le baril, soit son cours au début de la guerre. Lorsque le détroit était… ouvert!

Et le nucléaire? C'est la question que tout le monde se pose. Pour Donald Trump, c'est réglé: l'Iran s'est engagé à ne jamais concevoir, fabriquer, rechercher ou acheter l'arme nucléaire, qui est pourtant l'obsession de la République islamique depuis des décennies. Vraiment? En fait, l'accord permet à l'Iran de conserver son programme nucléaire civil actuel jusqu'à la finalisation de l'accord définitif sous 60 jours.

Point crucial: le pouvoir de Téhéran réaffirme bien son engagement à ne jamais produire d'armes nucléaires. Il est aussi convenu que le sort des matières enrichies et celui de toutes les autres questions liées au nucléaire, y compris les besoins nucléaires de l'Iran, seront traités de manière adéquate dans le texte final.

L'engagement serait pris par l'Iran de diluer son uranium enrichi sous supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Comment? Quand? Où? Rien de concret ne figure dans ce premier texte.

L'argent pour l'Iran

L'argent, enfin. C'est le point que Donald Trump a pris en exemple pour expliquer que cet accord est en tout point bien meilleur que celui conclu en 2015 à Vienne, après de longues négociations en Suisse, par l'administration Obama et par les Européens. À l'époque, selon Trump, Obama avait «payé» l'Iran en envoyant à Téhéran un avion «rempli de cash». Une accusation absolument pas étayée par des faits.

Cette fois, en revanche, un engagement est pris. Un plan de reconstruction de 300 milliards de dollars pour l'Iran est validé. S'y ajoute la fin progressive de toutes les sanctions contre la République islamique, soit une victoire économique majeure pour le régime iranien. Avec la reprise de ses exportations pétrolières et la restitution des fonds bloqués à l'étranger, le régime des mollahs a donc les moyens de se redresser, en continuant de tenir sa population qui, elle, est largement abandonnée par cet accord.

Le peuple iranien abandonné

Point final, et parmi les plus problématiques : aucun engagement n'est pris par l'Iran sur le respect des libertés publiques, l'arrêt des condamnations à mort d'activistes ou de jeunes protestataires (elles sont quotidiennes), ou encore la comparution en justice des dirigeants responsables d'exactions contre le peuple iranien, qui s'est encore soulevé en janvier 2026, avec des dizaines de milliers de morts à la clé.

Plus problématique encore pour ceux qui défendent le retour à la démocratie en Iran : le pays veut faire valider cet accord intérimaire par les Nations unies. Cela signifierait son retour plein et entier dans la communauté internationale.

Donald Trump a promis, bien sûr, que l'accord définitif avec l'Iran remplira toutes les conditions posées par les États-Unis et par son partenaire israélien, à qui il n'a pas laissé d'autre choix que d'accepter ce «Memorandum of Understanding».

La question, devenue rituelle, se pose pourtant plus que jamais: tout ça pour ça?

Articles les plus lus