Sacré show final
Trump ose tout, il l'a encore montré au G7 d'Evian

Une conférence de presse finale? Non, un show. De bout en bout. A 80 ans, Donald Trump n'a rien lâché au sommet du G7 d'Evian. Une performance qui montre bien qu'il n'a pas l'intention de changer.
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Donald Trump a achevé son G7 par une conférence de presse un tantinet surréaliste.
Photo: AP Photo/Julia Demaree Nikhinson
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Richard WerlyJournaliste Blick

Quel contraste! J'ai cru, ce mercredi soir, assister à la conclusion de deux sommets du G7 à l'opposé l'un de l'autre. Il faut vous raconter ce qui s'est passé. A une heure d'intervalle, Emmanuel Macron et Donald Trump se sont succédé sur la scène du grand théâtre de l'hôtel Royal d'Evian. Tous deux voulaient, à l'évidence, démontrer que ce sommet leur avait donné raison. Ils s'y sont donc employés, chacun avec ses mots et ses références. Mais franchement, à ce jeu-là, le président français ne pouvait que perdre.

A quoi bon vanter, comme il l'a fait, la convergence retrouvée entre les dirigeants européens du G7 (Allemagne, Italie, France, Royaume-Uni, plus l'Union européenne) et le locataire de la Maison Blanche, alors que ce dernier n'a fait qu'une chose: parler de lui-même, de ses succès, de son incroyable armée et de sa formidable vista diplomatique, en se présentant au passage comme le sauveur de l'économie mondiale!

Le Secret Service

Racontée en détail, une conférence de presse du président des Etats-Unis ressemble à ça. D'abord, un grand ménage du lieu, complètement passé au crible par le Secret Service, même si, quelques minutes plus tôt, la police française y avait encadré de très près l'intervention d'Emmanuel Macron. Dehors, les journalistes! Puis vient l'heure du retour, par groupes, avec en tête les «accrédités» à la Maison Blanche. Au final, une scène réaménagée pour accueillir le «Commander in Chief» devant son drapeau (et le drapeau français), avec son escorte de ministres.

Flanqués de chaque côté de son pupitre, contraints de rester debout sans bouger pendant son interminable «speech», ils étaient quatre ce mercredi à Evian: le chef de la diplomatie Marco Rubio, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et le négociateur commercial en chef, Jamieson Greer. Pour eux? Rien. Pas même un mot de remerciement de leur patron. Pas un verre d'eau. Pas une chaise. Juste une blague un peu perverse pour demander à Scott Bessent, le grand argentier, si «les marchés financiers sont plus smart que lui». L'intéressé a bravement répondu non. Mais Trump n'écoutait déjà plus.

A chacun sa version

Que dire du reste? En théorie, une conférence de presse est faite pour résumer le contenu des débats. Chaque dirigeant donne sa version des faits. Trump, lui, n'a consacré que quelques phrases aux séances de travail de ces trois jours de sommet dont Emmanuel Macron avait souligné, quelques minutes plus tôt, le sérieux et l'importance. Qu'importe. Seuls comptent les résultats qu'il estime avoir obtenus en quatre mois de guerre avec l'Iran, actés par un accord préliminaire – un «Memorandum of Understanding» – dont il n'a même pas confirmé la signature ce vendredi au Bürgenstock, l'hôtel de luxe possédé par le fonds souverain du Qatar au-dessus de Lucerne. L'Iran et l'arme nucléaire? C'est évidemment «fini». Le régime iranien ne s'aventurera plus jamais à rechercher ou à produire une bombe atomique. Il ne cherchera pas non plus à l'acquérir. Trump veille, prêt à «frapper très fort, comme l'enfer», si Téhéran ne tient pas parole.

Les preuves de la victoire

En théorie toujours, un dirigeant politique essaie de fournir la preuve de sa victoire. Pas Donald Trump. Lui se contente de répéter qu'il a gagné, que les bombes américaines ont provoqué des destructions incomparables en Iran, dans les montagnes de granit, cette pierre qu'il a souvent utilisée dans la construction ! Un passage rituel pour dresser l'inventaire des armes les plus performantes de l'arsenal des Etats-Unis. Puis vient l'essentiel, le nouvel argument massue: Donald Trump a sauvé l'économie mondiale.

«Mon cauchemar, c'est d'être le nouveau Herbert Hoover», lâche-t-il, en référence au président qui précipita son pays dans la crise de 1929. Trump l'avoue: il a les yeux rivés sur la Bourse et les cours du pétrole. La première décolle comme une fusée» depuis l'arrêt des hostilités. Le second a vu son cours «plonger» depuis l'annonce de la signature de l'accord. Trump raconte qu'en Iowa, un Etat rural des Etats-Unis crucial pour les élections législatives de mi-mandat, le prix du gallon de carburant dépasse à peine deux dollars. En clair: il est le président qui rend ses concitoyens plus riches. Tout le reste est «fake news».

L'Ukraine, pas si rassurée

Macron avait pourtant tenté de nous convaincre. A entendre le président français, l'Ukraine est désormais rassurée. Volodymyr Zelensky, en montrant les images des destructions causées par les attaques de missiles et de drones russes sur Kiev et les grandes villes, a reconquis le terrain politique perdu vis-à-vis de Washington. Possible. Il est vrai que le G7 a publié un communiqué unanime de soutien à l'Ukraine. Mais Trump, lui, n'emploie pas du tout le même langage. Il préfère raconter sa conversation avec Vladimir Poutine dimanche, le jour de son anniversaire. Il pense que les dirigeants russe et ukrainien «veulent négocier mais ne savent pas comment faire». Il les renvoie toujours dos à dos. Emmanuel Macron avait, lui, insisté sur la réussite militaire actuelle de l'armée ukrainienne, et sur l'accord des Etats-Unis pour de nouvelles livraisons de missiles intercepteurs Patriot. Rien de tel chez le président des Etats-Unis.

Les journalistes américains, habitués à l'exercice, le pilonnent pourtant de questions. Quid de l'accord avec l'Iran, dont on ne connaît toujours pas le contenu? Quid d'une possible reprise des hostilités au bout des soixante jours de négociation? Donald Trump a, bien sûr, réponse à tout. Sans vraiment répondre. Il se réserve en somme à peu près tous les droits. Il va laisser signer cet accord à son vice-président, J. D. Vance – à moins qu'il ne le fasse lui-même, ou ne fasse rien – et on verra bien.

Barack Hussein Obama

Il pourra toujours frapper. Il est certain que les nouveaux dirigeants iraniens – les remplaçants des remplaçants – sont pragmatiques. Il répète que Barack Hussein Obama – en insistant sur le Hussein – a, après l'accord sur le nucléaire de 2015, inondé l'Iran d'argent, envoyé dans un avion Boeing rempli de cash. Il nie que le déblocage envisagé d'un fonds de 300 milliards de dollars pour Téhéran soit comparable. Bref, tout ce que fait Trump, tout ce qu'il touche, tout ce qu'il dit ne peut pas être comparé aux actions de ceux qui l'ont précédé. D'ailleurs, qui oserait avoir cette idée saugrenue?

Personne n'a bougé pendant que ce président si content de lui débitait «ses» vérités. Son secrétaire au Commerce, plus obséquieux que jamais, ponctuait chacune de ses affirmations de coups de menton. Marco Rubio, le secrétaire d'Etat, ne savait pas trop où regarder. Scott Bessent, l'homme du dollar, avait le regard vague. Devant eux, un rideau noir masquant leurs jambes et leurs pieds avait été posé. Bizarre. Trump ne s'exprime de toute façon pas pour convaincre. Il cherche à impressionner. Il répète en boucle ces affirmations approximatives. Il ne fait qu'occasionnellement, et très brièvement, référence à ses partenaires du G7. Il est le seul à agir, y compris contre la fièvre Ebola en Afrique (alors qu'il a démantelé l'USAID).

Le G7, en fait, devrait être remplacé l'an prochain, aux Etats-Unis (qui en assureront la présidence tournante) par le GTrump. Un sommet pour un président seul en scène. Il serait, au moins, beaucoup plus simple à organiser. Et, si l'on croit sur parole Donald J. Trump, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus efficace!

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