Suspense à Evian
Au G7, les Européens sont coincés par leurs alliés

La seconde journée du sommet du G7, à Evian, est celle où les Européens vont tenter de peser face à Donald Trump et à son accord annonçé avec l'Iran. Ils veulent aussi défendre l'Ukraine. Pas si simple, car leurs alliés ont des intérêts divergents.
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Les dirigeants des pays du G7 se sont retrouvés pour une première séance de travail lundi 15 juin à l'Hôtel Royal d'Evian.
Photo: IMAGO/dts Nachrichtenagentur
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Richard WerlyJournaliste Blick

En théorie, les Européens ont maintenant un rôle déterminant à jouer dans le détroit d’Ormuz. Comme l’a expliqué Emmanuel Macron, une opération de sécurisation de ce passage maritime crucial, bloqué depuis le début des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran le 28 février, peut être déployée en quelques jours, sous drapeau européen et sous le commandement de la France et du Royaume-Uni.

L’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie font partie des pays prêts à y envoyer des frégates pour convoyer les centaines de navires marchands encore bloqués dans le golfe Persique. Seulement voilà: Donald Trump rechigne. L'idée d'un péage ou de frais techniques imposés par l'Iran et Oman flotte dans le brume du Golfe. Et les pays riverains du détroit d’Ormuz se font prier pour donner leur feu vert à Emmanuel Macron et Keir Starmer.

La question de ce détroit crucial pour le commerce mondial d’hydrocarbures et de denrées essentielles, comme les engrais, est sur la table du G7 d’Évian ce mardi 16 juin, en présence de plusieurs dirigeants de pays du Moyen-Orient, tels que le président des Émirats arabes unis, celui du Qatar ou encore celui de l’Égypte. Mais sur ces alliés, les Européens ne peuvent guère compter.

Rendez-vous à Genève

Officiellement, tous les pays du golfe Persique veulent au plus vite la réouverture de ce détroit long de 200 kilomètres. Sauf que personne ne connaît encore le contenu de l’accord déjà officialisé par Trump avant sa signature officielle ce vendredi 19 juin à Genève, sans doute en présence du vice-président des États-Unis, J. D. Vance. Et sauf que tout le monde a bien noté la remarque du chef de l’État américain face à Emmanuel Macron, lundi, dès son arrivée à l’hôtel Royal d’Évian: «Le détroit est déjà rouvert. Pas besoin d’aide.» D’accord si les Européens veulent envoyer «quelques bateaux». Mais pas question de leur faire gérer Ormuz.

La même question se pose avec l’Ukraine, que les Européens tiennent à bout de bras depuis le déblocage d’un prêt de 90 milliards d’euros en début d’année, rendu possible par le changement de gouvernement en Hongrie, où le national-populiste Viktor Orbán a perdu les élections. En théorie, Volodymyr Zelensky, arrivé ce mardi à Évian, est en position de force. Son armée a un peu regagné du terrain. Les drones ukrainiens dominent la «Kill Zone» de la ligne de front, dans le Donbass, et détruisent des infrastructures énergétiques en Russie. Vladimir Poutine a même dû renforcer sa sécurité personnelle par peur de ces incursions aériennes contre lesquelles les Russes sont mal équipés.

L’Ukraine et ses drones

Les Européens pourraient donc espérer une percée en faveur de l’Ukraine à Évian, pile la semaine où l’UE vient d’ouvrir le premier chapitre de négociations en vue de son accession. Mais attention, là aussi. Parmi les dirigeants invités au G7, le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, ou le président kényan William Ruto restent sur leurs gardes à propos de ce conflit. L’Inde achète toujours beaucoup de pétrole à la Russie. Des Kényans ont été recrutés comme mercenaires par les Russes. Et Donald Trump a parlé, devant Emmanuel Macron, d’une conversation avec Vladimir Poutine, sans en donner le contenu.

Beaucoup d’analystes européens ont, avant l’ouverture de ce sommet d’Évian où le président Guy Parmelin sera invité ce mardi après-midi, parlé d’un G7 à 6 contre 1. Sous-entendu: les quatre Européens (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni) vont y former un front commun face aux États-Unis avec le Canada et le Japon. Pas si simple: l’annonce d’un accord avec l’Iran, répétée sans cesse par Trump sans qu’on en connaisse le détail, a changé la donne. Le président américain, qui brandit évidemment sa victoire, a retrouvé «les cartes en main», comme il aime le répéter. Et dans ce jeu de cartes mondial, les Européens doivent à nouveau se rendre à l’évidence: ils manquent d’atouts maîtres.

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