Genève comme épicentre
Le plan suisse de Macron pour ligoter Trump

Le président français pousse pour que les négociations sur le programme nucléaire iranien se déroulent à Genève. Et pour réintégrer dans le jeu l'Agence internationale pour l'énergie atomique.
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Emmanuel Macron et Donald Trump ont eu un entretien bilatéral en ouverture du G7 d'Evian, dès l'arrivée du président des Etats-Unis.
Photo: AP Photo/Julia Demaree Nikhinson
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Richard WerlyJournaliste Blick

L’expression appartient à un diplomate français, rencontré en marge du sommet du G7 d’Evian. Comment s’assurer, maintenant, que les Etats-Unis et l’Iran vont bel et bien s’acheminer vers une paix durable? En appliquant un «plan suisse», dont Genève sera l’épicentre.

Un plan suisse, c’est-à-dire? «Il faut qu’une négociation s’engage et que les Nations unies soient impliquées, explique cette source. Genève permettra cela. Il y a Vienne aussi, où se trouve le siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Mais la Suisse rassure les Iraniens.»

Plan à la sauce helvète

Ce plan à la sauce helvète n’a pas encore été brandi par Emmanuel Macron. Au contraire. Le président français est resté sur sa réserve lors de son premier entretien bilatéral, à l’hôtel Royal d’Evian, avec un Donald Trump tout juste débarqué de son Air Force One stationné sur l’aéroport de Cointrin. 

Soucieux de ne pas brusquer son invité, le locataire de l’Elysée a insisté sur le fait que la possible opération maritime européenne pour sécuriser le détroit d’Ormuz est une «offre faite aux Etats-Unis et à l’Iran». Tout est prêt. Des avions peuvent être déployés dans les heures qui viennent pour surveiller ce passage maritime bloqué depuis le 28 février, et des frégates européennes peuvent y arriver dans les 48 heures. 

Le porte-avions français Charles de Gaulle est aussi disposé à se rendre sur zone. Mais pas question de forcer la main à Trump ? «L’idée est un peu celle du couteau suisse, poursuit notre source. On propose à Trump différentes solutions. On lui suggère de mobiliser l’ONU ou de mettre l’Union européenne à contribution lorsque les garanties de sécurité seront acquises.» Objectif: empêcher tout déraillement de l’accord une fois qu’il sera signé.

Sur cet accord justement, Emmanuel Macron n’a rien dit. Logique. Les Européens laissent Donald Trump savourer son annonce, même si ce qu’il dit n’est pas du tout conforme à la version donnée par les Iraniens. Selon le président des États-Unis, ce document qui sera probablement signé à Genève par son vice-président J. D. Vance sera «beaucoup plus clair» que l’accord du JCPOA de 2015, dont il s’était retiré en 2018. Normal. Le langage trumpiste ne connaît que la victoire. Il est donc acquis, à l’entendre, que l’Iran a définitivement renoncé à l’arme nucléaire.

Supervision de l’AIEA

Son homologue français, lui, avait été moins catégorique quelques heures plus tôt, dans un entretien accordé à TF1. Macron avait proposé la supervision internationale de l’AIEA pour le démantèlement des sites nucléaires. Il avait évoqué la possible dilution des 440 kilos d’uranium enrichi à 60 %, sur place, en Iran, par le personnel de cette agence. 

Tout cela restant bien sûr à négocier. «Il va y avoir besoin d’intermédiaires de confiance pour avancer. Or la Suisse en fait partie», complète le diplomate français interrogé. Genève et Lausanne avaient abrité de cruciales séances de négociations sur le nucléaire iranien entre 2013 et 2015. 

Elles avaient débouché sur la signature, à Vienne, du fameux JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) entre l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Les Français misent aussi sur la possible désignation, comme futur secrétaire général de l’ONU en septembre, de Rafael Grossi, l’Argentin actuellement à la tête de l’AIEA.

L’autre théâtre d’opération qu’Emmanuel Macron a en tête est le Liban. Donald Trump, on le sait, n’a pas du tout apprécié les frappes israéliennes contre Beyrouth ce dimanche. L’accord signé à Genève mentionnera l’arrêt des hostilités au pays du Cèdre. Un pays longtemps considéré, ironie de l’histoire, comme la «Suisse du Moyen-Orient».

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