Pour ou contre le sommet (2/2)
Cinq bonnes raisons de détester ce G7 d'Evian

A quoi sert encore un sommet du G7? Dans le monde d'aujourd'hui où les pays émergents s'affirment de plus en plus, et avec Donald Trump à la tête des Etats-Unis, le sommet d'Evian est plus que contesté. Pour ces bonnes raisons.
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La coalition NO G7 a obligé Genève à se barricader.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Et si les manifestants anti-G7 prêts à déferler dans les rues de Genève avaient raison? Et s'il était temps d'en finir avec ces sommets du G7 qui ne représentent plus le monde tel qu'il est, dominé par les pays émergents? La question se pose d'autant plus que, si la signature – sous une forme ou sous une autre – d'un accord entre les Etats-Unis et l'Iran intervient dans les prochaines heures, Donald Trump plastronnera durant ce sommet. Il criera victoire et mettra les dirigeants européens dans la position compliquée de devoir, sans doute, accepter de mener une opération maritime de sécurisation du détroit d'Ormuz.

Oui, le G7 est un rendez-vous pour le moins discutable. On peut même le détester. Au moins pour ces cinq raisons.

Le G7 est le monde d'hier

Difficile à contester. C'est une évidence. Créé en 1979 par la France au sommet de la Guadeloupe (le président Giscard d'Estaing y convia son homologue américain Jimmy Carter, le chancelier allemand Helmut Schmidt et le Premier ministre James Callaghan), ce rendez-vous annuel des dirigeants des pays les plus riches du monde – Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Canada, Japon, plus l'Union européenne – ne représente plus du tout l'équilibre géopolitique mondial. 

La Chine s'en est d'ailleurs toujours éloignée, lui préférant les sommets du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) avec les Etats-Unis, et ceux de l'Organisation de coopération de Shanghai (avec la Russie et les pays d'Asie centrale). Résultat: le G7 multiplie les invitations, comme cette année à Évian, avec la présence de l'Inde et de plusieurs grands pays arabes. Mais il s'agit bien, largement, du monde d'hier.

Le G7 n'est plus un sommet d'alliés

Donald Trump va se charger, une fois de plus, de le démontrer à Evian, où il est attendu lundi après-midi, après avoir transité par l'aéroport de Genève : le G7 n'est pas un sommet entre égaux. Le président des États-Unis l'avait démontré en ne passant que quelques heures, en 2025, au sommet du G7 de Kananaskis, au Canada, ce pays dont le Premier ministre Mark Carney ose lui tenir tête. Faut-il lister les sujets sur lesquels Trump veut passer en force? La sécurisation du détroit d'Ormuz, le Groenland qu'il revendique, l'obligation faite aux membres de l'OTAN – l'Alliance atlantique dont le sommet annuel aura lieu les 7 et 8 juillet à Ankara, en Turquie – de dépenser davantage pour leur défense, la nécessité d'un accord avec Poutine sur l'Ukraine... À quoi bon donner au président des Etats-Unis une nouvelle occasion de gifler l'Europe ?

Le G7 coûte très cher

Vu de Suisse, où l'on s'inquiète à juste titre de la dégradation des finances publiques de la France, désormais endettée à hauteur de 3 550 milliards d'euros (plus de 115% du produit intérieur brut, un record), l'organisation d'un tel sommet paraît délirante. Son coût devrait approcher les trente millions d'euros. Paris devra aussi, comme en 2003, contribuer aux dépenses de sécurité helvétiques, ce qui présage des discussions houleuses, comme il y a vingt-trois ans. Or, quelle part de cet argent public profite à la région d'accueil du G7? Un tiers, pas plus. Dans le cas d'Evian, le grand vainqueur sera sans doute l'Hôtel Royal, où se réuniront les chefs d'Etat ou de gouvernement. Il est la propriété du groupe Danone. Bien joué, donc, pour celui-ci et son PDG, Antoine de Saint-Affrique.

Le G7 pourrit la vie des riverains

Pas besoin de dessin ni de précisions supplémentaires. Il suffit de regarder à quoi ressemblent les rues de Genève ce dimanche de votations (sur la Suisse à dix millions d'habitants et le service civil, entre autres). Tout le monde s'est barricadé. La ville entière est sous cloche policière. On se souvient aussi des dégâts très importants à Gênes, en 2001. Le port italien avait été transformé en champ de bataille. Un manifestant avait même été tué par les forces de l'ordre. Difficile de justifier, dès lors, cette réunion. En 2027, c'est aux États-Unis que se réunira le prochain sommet du G7.

Le G7 est une claque au climat

Disparu de l'agenda. Terminé. Oublié. Le climat, et la lutte contre le réchauffement, sont les grands oubliés de ce sommet du G7 dont l'agenda a été conçu pour plaire à Donald Trump. Ce président américain climatosceptique a même obtenu que le dernier rapport de la CIA sur les menaces dans le monde oublie lui aussi le climat ! De quoi motiver les manifestants anti-G7, qui reprochent à juste titre à ce grand raout d'ignorer l'état de la planète, voire de l'aggraver. Un sommet pour louer les mérites du capitalisme prédateur et des énergies fossiles, placé sous le siogne de la fameuse formule de Trump «Drill, Baby drill» (Fore, bébé, fore). C'est l'accusation des anti G7. Comment, dans ces conditions, en attendre des décisions positives? L'attention se reporte déjà sur le G20, qui se réunira en novembre en Floride, aux Etats-Unis. Sauf que là aussi, la contestation devait battre son plein.

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