L'Iran a les moyens de gâcher l'anniversaire de Donald Trump, qui célébrera ses 80 ans ce dimanche 14 juin à Washington. Est-ce pour cela que le président des États-Unis a renoncé, jeudi 11 juin, à frapper durement le pays, comme il l'avait annoncé? Ou peut-on vraiment croire à ses nouvelles affirmations, plusieurs fois répétées, selon lesquelles un accord serait proche avec le régime de Téhéran, ce qui mettrait fin à la guerre déclenchée par les frappes aériennes du 28 février menées par les États-Unis et Israël? Cette seconde option paraît crédible. On parle même d'une signature possible d'un accord à Genève ce week-end. Voici pourquoi.
Trump a besoin d'un accord
Il y a deux façons, pour Donald Trump, de célébrer son anniversaire, en plus du tournoi de MMA devant 4500 invités à la Maison-Blanche, où une arène spéciale a été construite. La première aurait été de frapper durement l'Iran, pour faire une démonstration de force et prouver au monde entier qu'il demeure l'homme le plus puissant du monde. Jusqu'au jeudi 11 juin, en milieu de journée, heure américaine, ce scénario paraissait le plus probable. Puis le syndrome TACO (Trump Always Chickens Out – «Trump se dégonfle toujours») a repris le dessus, avec la suspension des frappes et l'annonce d'un accord imminent.
Logique: ce second scénario est celui dont Trump a besoin alors que le Mondial de football vient de s'ouvrir, que son anniversaire l'occupera ce week-end et que le sommet du G7 se tiendra les 15 et 16 juin à Évian, avant la célébration, le 4 juillet, du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Un cessez-le-feu convient mieux à son calendrier qu'une reprise des hostilités.
L'Iran a «les cartes»
Le régime iranien est très affaibli. Le blocus naval américain du détroit d'Ormuz aurait fait baisser ses exportations de pétrole de 90%. La capacité de résistance du pouvoir à Téhéran, dominé par les Gardiens de la Révolution, est donc surtout militaire, grâce aux missiles et aux drones tirés sur les pays du golfe Persique et sur les bases américaines dans la région.
Restent deux évidences: l'Iran a besoin de cesser les combats, car les quelque 3000 frappes aériennes américaines et israéliennes lui ont fait très mal. Et l'Iran sait que la carte du détroit d'Ormuz est décisive. C'est l'atout maître avec lequel la République islamique peut peser sur l'économie mondiale. Pourquoi, donc, ne pas l'utiliser pour obtenir un cessez-le-feu durable? «Le processus de validation iranien d'un accord est trés long et compliqué explique une source française. On semble être proche d'un feu vert autour de trois principes: cessations des hostilités, réouverture progressive d'Ormuz, dégel des fonds iraniens bloqués et ouverture d'une période de négociations de 60 jours sur la question du nucléaire. Il y aura nécessairement une part d'ambiguité».
Téhéran a des soutiens
C'est le bon moment, pour les Iraniens, d'obtenir des termes favorables pour un accord-cadre qui ne serait pas un accord de paix, mais un cessez-le-feu assorti d'une liste d'engagements.
Pourquoi? Parce que l'Iran dispose de soutiens solides. On pense à la Chine, qui demeure son alliée. Mais aussi au Pakistan, principal négociateur, ou à la Turquie, où se tiendra début juillet le sommet de l'OTAN, l'Alliance atlantique. Le sultanat d'Oman, riverain du détroit d'Ormuz, est aussi plutôt favorable à l'Iran, avec lequel il commerce énormément et partage la souveraineté de ce passage maritime crucial.
Même le Qatar, que l'Iran a frappé, semble prêt à conclure un accord qui rétrocéderait au régime de Téhéran les 12 milliards de dollars gelés dans ses banques, somme due par la Corée du Sud pour des achats de pétrole.
Israël s'estime abandonné
Cet indicateur n'est pas très positif pour l'avenir à moyen terme. Si le gouvernement israélien n'obtient pas des assurances de l'Iran sur le démantèlement futur de son programme nucléaire militaire, cette guerre aura été un échec cuisant pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Celui-ci avait promis d'en finir avec la République islamique, d'éradiquer la menace nucléaire, de démanteler l'arsenal de missiles iraniens et d'obtenir la fin de l'aide iranienne aux alliés chiites comme le Hezbollah libanais. Israël a donc commencé à exprimer publiquement ses regrets concernant ce projet d'accord entre Washington et Téhéran. De futures frappes aériennes pour «terminer le travail» sont même évoquées.
Mais il faut regarder les choses à l'envers: si l'État hébreu est en colère, cela veut dire que des négociations ont bel et bien lieu.
Cet accord resterait provisoire
Donald Trump est allé très loin dans ses annonces. Le président des États-Unis a parlé d'un accord imminent qui pourrait être signé ce week-end en Europe par son vice-président, JD Vance. Vraiment?
L'hypothèse la plus probable est celle d'un nouvel accord de cessez-le-feu – on parle de soixante jours – qui entraînerait un arrêt des frappes et ouvrirait une période de négociations intenses, en particulier sur le nucléaire militaire iranien.
Ce type d'accord conviendrait à Trump comme aux Gardiens de la Révolution. Sommes-nous, avec ces discussions, revenus au point de départ ou presque du 8 avril, date de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu? Oui, à une différence près : la réouverture du détroit d'Ormuz.
Si Trump l'obtient, il criera victoire. Alors même que ce détroit était ouvert avant le début de la guerre.