Entre guerre et humiliation
L’Iran défie Donald Trump avec une stratégie qui pourrait le piéger

La destruction d’un hélicoptère américain ne ressemble pas à un simple incident de plus au Moyen-Orient. Pour Téhéran, il s’agit aussi de tester les limites de Donald Trump et de voir jusqu’où Washington est prêt à aller.
Le président américain Donald Trump est sous pression.
Photo: IMAGO/Bonnie Cash - Pool via CNP
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Chiara Schlenz

La destruction d’un hélicoptère Apache américain dans la nuit de mardi à mercredi a infligé un camouflet à Donald Trump. Le président américain a réagi en ordonnant des frappes aériennes contre des cibles iraniennes. Mais, à Téhéran, le message a sans doute été interprété autrement. Même après des mois d’escalade, Washington semble toujours chercher à éviter à tout prix une guerre de grande ampleur. Et c’est précisément cette retenue qui offre aujourd’hui à l’Iran l’une de ses armes les plus efficaces.

Pendant des décennies, la République islamique a évité l’affrontement direct avec les Etats-Unis. Elle a préféré agir par alliés interposés, en s’appuyant notamment sur le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen ou les milices chiites en Irak. Une confrontation frontale avec Washington était jugée trop risquée. Mais cette prudence semble aujourd’hui laisser place à une ligne plus offensive.

L'Iran mise sur l'usure

Le tir contre l’hélicoptère s’inscrit dans une série d’actions par lesquelles Téhéran défie désormais plus directement ses adversaires. Attaques contre Israël, frappes visant des intérêts américains dans la région du Golfe, provocations pendant les négociations en cours. Ces derniers mois, l’Iran a pris des risques qui auraient encore été difficilement imaginables il y a quelques années, voire il y a quelques mois.

Des observateurs, comme ceux du Center for Strategic and International Studies (CSIS) américain, évoquent l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs iraniens. Au lieu de miser sur la patience stratégique, ces responsables privilégient une escalade maîtrisée. Leur but n’est pas de vaincre militairement les Etats-Unis. Une telle ambition serait vouée à l’échec.

Téhéran cherche plutôt à rendre l’engagement de ses adversaires toujours plus coûteux. Chaque attaque vise à rappeler que les actions menées contre l’Iran ou ses alliés auront des conséquences. L’ancien rapport de force, dans lequel Israël et les Etats-Unis pouvaient frapper sans craindre de riposte directe iranienne, ne doit plus tenir. Aucune attaque ne suffit, à elle seule, à déclencher une guerre majeure. Mais leur accumulation augmente la pression.

Les mollahs pensent avoir cerné Trump

La question centrale n’est donc pas seulement de savoir pourquoi l’Iran attaque. Elle est aussi de comprendre pourquoi Téhéran pense pouvoir le faire sans en payer un prix trop élevé. La réponse se trouve en grande partie aux Etats-Unis. Donald Trump a commencé l’année en misant sur une pression maximale. Aux côtés d’Israël, il a fait bombarder des cibles iraniennes et a menacé à plusieurs reprises Téhéran de représailles massives. Dans le même temps, il a continué à affirmer qu’une solution diplomatique restait à portée de main.

Ces dernières semaines encore, le président américain a répété qu’un accord avec l’Iran était imminent. Mais pendant que Washington parlait de négociations, les dirigeants iraniens ont durci le ton. Les forces iraniennes ont attaqué des intérêts américains dans la région du Golfe, provoqué de nouveaux incidents et, selon les services de renseignement occidentaux, posé de nouvelles mines marines alors que les discussions se poursuivaient. Les efforts diplomatiques américains se sont ainsi heurtés à une démonstration de force.

Aux yeux des dirigeants iraniens, le message est clair. Donald Trump veut éviter la guerre et préfère arracher un accord. L’ancien négociateur américain pour le Moyen-Orient Aaron David Miller l’a résumé ainsi sur CNN: «Les Iraniens ont acculé les Etats-Unis et Israël.» Selon lui, les dirigeants iraniens seraient aujourd’hui «plus enclins à prendre des risques». Ils estiment avoir l’avantage et ne voient aucune raison de changer de cap.

Donald Trump pris au piège

Aux Etats-Unis, la stratégie de Donald Trump face à l’Iran suscite aussi de plus en plus de doutes. Selon un récent sondage Economist/YouGov, 67% des Américains jugent le président inefficace dans ses négociations avec Téhéran. Seul un tiers d’entre eux lui attribue un bilan positif. Pour les mollahs, c’est un signe supplémentaire que Donald Trump subit une forte pression intérieure. Les sondages montrent aussi qu’une nette majorité d’Américains souhaite la fin du conflit.

Dans le même temps, Washington ne peut pas laisser les attaques sans réponse lorsque des soldats américains, des bases militaires ou des alliés sont visés. Chaque offensive iranienne place donc Donald Trump face au même dilemme. S’il réagit trop durement, il risque de provoquer précisément la guerre qu’il veut éviter. S’il répond trop prudemment, il conforte Téhéran dans l’idée que les Etats-Unis finiront par reculer.

Pour Téhéran, l’enjeu dépasse désormais largement les frappes aériennes et les représailles ponctuelles. Le CSIS évoque une possible «nouvelle normalité» au Moyen-Orient. Dans cette perspective, la destruction de l’hélicoptère Apache ne serait pas un simple incident. Elle s’inscrirait dans une tentative plus large de changer les règles du jeu dans la région.

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