Ils se préparent à l'affrontement. Ou, au minimum, à une explication qui s'annonce orageuse. Au lendemain des 80 ans de Donald Trump, célébrés le 14 juin à la Maison Blanche par un combat de MMA, les dirigeants européens se retrouveront les 15 et 16 juin à Evian, pour le sommet du G7, avec un président américain avec lequel ils n'ont que des différends. Mais encore faudrait-il le formuler clairement. Ce qui présente des risques, alors que la guerre au Moyen-Orient se poursuit et que le blocus du détroit d'Ormuz demeure…
Le plus probable dans ce contexte? Un silence poli. Ou, au pire, une répétition de ce qu'Emmanuel Macron a dit depuis le début du conflit: «Cette guerre contre l'Iran n'est pas celle de l'Europe.» Sauf que même dire cela, au moment où un accord entre Washington et Téhéran est toujours officiellement en cours de négociation, peut être très mal vécu par un chef de l'Etat américain en campagne pour les élections législatives de mi-mandat, le 3 novembre prochain.
Comme au Canada?
Alors, place au communiqué final dénué de tout vrai contenu, comme le fut celui du sommet éclair de Kananaskis? Il y a un an, les leaders des pays les plus riches avaient conclu leurs discussions par ces phrases: «Nous, dirigeants du G7, réaffirmons notre engagement en faveur de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient. Dans ce contexte, nous affirmons qu’Israël a le droit de se défendre. Nous réitérons notre soutien à la sécurité d’Israël. L’Iran est la principale source d’instabilité régionale et de terrorisme. Nous avons toujours été clairs sur ce point: l’Iran ne doit jamais disposer de l’arme nucléaire. Nous appelons à ce que la résolution de la crise iranienne conduise à une désescalade plus large des hostilités au Moyen-Orient, y compris à un cessez-le-feu à Gaza. Nous resterons vigilants quant aux conséquences pour les marchés internationaux de l’énergie et nous nous tenons prêts à coordonner nos actions, notamment avec nos partenaires partageant les mêmes vues, afin de préserver la stabilité des marchés.» On connaît la suite…
L'autre problème que les Européens n'oseront sans doute pas aborder de front avec Trump est celui de la Russie et de l'Ukraine. Depuis que les Etats-Unis ont allégé, en mars, leurs sanctions sur le commerce du pétrole russe, Bruxelles ne décolère pas. «Du point de vue de l’Union européenne, nous ne pensons pas que ce soit le moment d’alléger la pression sur la Russie», a encore répété Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Economie, lors de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris, le 19 mai.
La Russie et son pétrole
«En réalité, la Russie est celle qui profite de la guerre en Iran et de la hausse des prix des énergies fossiles», avait-il ajouté. «En conséquence, s’il faut faire quelque chose, c’est au contraire renforcer cette pression.» Or, pour l'heure, Washington n'entend pas changer de politique. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, estime toujours que cette mesure «contribuera à stabiliser le marché physique du pétrole brut et à garantir que le pétrole parvienne aux pays les plus vulnérables sur le plan énergétique».
Selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), un groupe de réflexion finlandais, les recettes russes tirées des exportations d’énergies fossiles atteignent 733 millions d’euros par jour, leur niveau le plus élevé depuis deux ans et demi. Le cours du baril d'or noir est aujourd'hui de 92 dollars, contre 64 dollars avant les frappes aériennes du 28 février.
Ce silence sera-t-il payant? Peu probable. Les diplomates européens s'attendent ainsi à des réprobations publiques de Trump, dont on ne sait toujours pas combien de temps il restera sur place à Evian. Avec un sujet de contentieux en particulier: leur refus d'intervenir militairement, sous leurs bannières ou sous celle de l'OTAN, pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Après plusieurs réunions de coordination, les dirigeants européens campent toujours sur la même ligne: le 12 mai, les ministres de la Défense de l'UE ont confirmé la possible extension de l'opération navale européenne en mer Rouge, «Eunavfor Aspides», pour assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, une fois le conflit au Moyen-Orient terminé.
«Cela ne nécessite qu'une modification du plan opérationnel, car son mandat (prorogé jusqu'au 28 février 2027) le permet déjà», a expliqué la diplomate en chef de l'Union, Kaja Kallas. La ligne politique demeure donc inchangée: pas de navire militaire européen dans le détroit d'Ormuz sans «garantie» donnée par les belligérants.
La question d'Israël
Reste enfin le dossier le plus épineux: Israël. Une question portée à l'agenda du G7 par la guerre menée contre l'Iran et par les hostilités au sud du Liban, mais aussi en raison de l'organisation par la France, ce vendredi 12 juin à Paris, d'une réunion internationale consacrée à la solution de paix «à deux Etats» au conflit israélo-palestinien.
Faute d’accord au niveau européen, la France et cinq autres pays (Royaume-Uni, Norvège, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) ont annoncé, mardi 9 juin, le placement sous sanctions du ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich pour son soutien à l’annexion des territoires palestiniens et les «terribles violences» commises contre les civils palestiniens. Avant cela, ces cinq pays avaient déjà annoncé, le 10 juin 2025, interdire leur territoire aux ministres Ben Gvir et Smotrich, une décision jugée «scandaleuse» par le gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Emmanuel Macron, hôte du sommet d'Evian, ainsi que les présidents du Conseil européen et de la Commission évoqueront-ils enfin l'initiative citoyenne pour la suspension de l'accord UE-Israël, qui dépasse un million de signatures depuis la mi-avril? Lancée à la mi-janvier dans tous les pays de l'Union, cette initiative, qui oblige la Commission européenne à se saisir du sujet, a recueilli plus de 400'000 signatures en France, devant l'Italie (plus de 250'000) et l'Espagne (plus de 130'000). De quoi justifier un forcing auprès de Trump, en colère ces jours-ci contre Benjamin Netanyahu.