G7 d'Evian
Les dix questions casse-tête pour les Suisses

Dans moins d'un mois, les dirigeants des sept pays les plus riches du monde se retrouveront à Evian, à la frontière de la Suisse. Donald Trump sera présent. Et pour la Confédération, les maux de tête sont garantis. La preuve..
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En juin 2025, c'est au Canada que le G7 s'est réuni, en présence de Trump, venu quelques heures.
Photo: IMAGO/dts Nachrichtenagentur
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Richard WerlyJournaliste Blick

C'est «Le Canard enchaîné» qui vient de le révéler, dans son édition du mercredi 20 mai. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, a fait part, dans une lettre privée à Emmanuel Macron, de tous ses griefs envers le G7. Organisé à Évian-les-Bains les 15 et 16 juin, ce sommet sera en effet un casse-tête pour la Suisse. Et pas seulement sur le plan logistique et sécuritaire. Ces dix questions le prouvent.

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Un sommet à risques

Guy Parmelin n'a pas envie que la Suisse fasse les frais d'une quelconque urgence sécuritaire liée à ce sommet sous haute tension. Et pour cause: le G7 d'Évian risque de se tenir alors que la guerre en Iran ne sera pas terminée. Or, les Iraniens ont à plusieurs reprises fait savoir aux Européens que leur territoire pourrait devenir une cible s'ils se retrouvaient partie prenante dans ce conflit. Rappelons que la France est, de facto, impliquée dans cette guerre aérienne par son accord de défense avec les Émirats arabes unis. Et qu'une opération maritime européenne de réouverture du détroit d'Ormuz est étudiée depuis des semaines.

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Un G7 détesté

Prononcez le mot «G7» et toute la galaxie des militants altermondialistes se met en branle et éructe de colère. Organisés chaque année, les sommets du G7 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Japon, Canada, Allemagne, plus l'Union européenne) sont toujours des points de fixation pour la colère anticapitaliste et antimondialisation. Genève a gardé le souvenir amer des manifestations anti-G7 de 2003, déjà pour le sommet d'Évian. Et depuis, la détestation a encore augmenté.

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Une Suisse ignorée

Guy Parmelin n'a pas rendu publique la lettre qu'il a adressée à Emmanuel Macron. Mais le fait de prendre sa plume pour écrire personnellement au président français démontre la colère du Conseil fédéral. Motif: la Suisse, qui devra assumer une part de la sécurité, a été ignorée. Évian est à ses portes. L'aéroport franco-suisse de Genève sera le point de transit des dirigeants du G7. Le 8 mai, les ministres Jean-Noël Barrot et Ignazio Cassis se sont rencontrés à Genève pour aplanir leurs différences. Mais cela ne change rien. Berne a été mise devant le fait accompli.

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L'Helvétie boudée

Ne pas avoir informé ou consulté la Suisse sur la tenue du G7 à Évian est une chose. La bouder diplomatiquement en est une autre. À ce jour, le G7 va se tenir à ses portes sans que la Confédération soit en aucune manière associée à ce grand raout diplomatique et économique, alors que le monde est au bord d'une crise énergétique majeure. Lorsqu'ils se retrouveront pour la traditionnelle photo de famille, au pied des Alpes, les dirigeants du G7 verront la Suisse. Elle sera devant eux. Et c'est tout !

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Trump déjà fâché

La Maison-Blanche refuse de communiquer sur l'agenda de Donald Trump, qui a confirmé sa venue. Mais il est très probable que le président des États-Unis, qui aura fêté à Washington son anniversaire le 14 juin, ne fasse qu'une apparition rapide à ce G7, où l'attendent des dirigeants qui refusent de le suivre dans sa guerre contre l'Iran. Il n'est même pas sûr que le locataire de la Maison-Blanche accorde quelques minutes, à l'aéroport de Genève, aux autorités helvétiques et cantonales. On sait que, pour lui, la Suisse doit d'abord payer. Point.

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Des manifestants en colère

Qui croit encore que le G7 peut régler les problèmes du monde? Qui croit à la complicité entre ses chefs d'État ou de gouvernement lors de cette rencontre « informelle » que son initiateur, Valéry Giscard d’Estaing, comparait à une «réunion de famille»? Le premier sommet des pays les plus riches s'est tenu à la Guadeloupe, en 1979. Y participaient, en janvier, les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne de l'Ouest. Tous finirent dans la piscine! Dans trois semaines, assisterons-nous à une baignade dans le lac, au moment où la colère s'exprimera dans les rues de Genève?

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Genève, le piège

La Suisse n'aime pas ça. La discrétion helvétique sied mieux à la ville de Calvin que les manifestations en mondovision. À la veille du sommet, le 14 juin, la deuxième capitale des Nations unies sera pourtant le théâtre de la principale manifestation anti-G7, à 45 kilomètres d'Évian et de son Hôtel Royal, où séjourneront les chefs d'État ou de gouvernement. Le piège pour Genève, ville à la fois symbole du multilatéralisme piétiné par Donald Trump et de l'argent roi de la finance mondialisée. Boum!

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Sécurité : la facture

Combien coûtera la sécurité de ce sommet pour la Suisse, qui mobilisera son armée pour l'occasion? Déjà, les rumeurs battent leur plein sur les réseaux sociaux dans la région d'Évian. «C’est le choc au pays d’Évian! Donald Trump et le G7 arrivent, et la communauté de communes se retrouve avec une note salée de 200'000 euros sur les bras», peut-on lire sur Facebook. Côté helvétique, la Confédération remboursera aux cantons 80% des frais sécuritaires liés au sommet. En 2003, la France avait finalement remboursé 18 millions de francs à la Suisse, avec pas mal de retard.

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Évian, le bunker

Tout le périmètre d'Évian et du Chablais deviendra un bunker durant la semaine qui entoure le sommet du G7, avec différents périmètres selon la proximité avec l'Hôtel Royal. Les habitants de la ville devront montrer un QR code pour accéder à leur domicile. Les liaisons routières seront coupées. Tout cela est très normal pour un tel événement. Si la Suisse organisait ce G7 sur son sol, les mêmes mesures seraient prises. Mais là, le trafic frontalier sera lourdement impacté. Le bunker, pour une fois, ne sera pas helvétique.

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Et tout ça pour?

Pour quoi, oui? Ce G7 est presque organisé dans les pires conditions. Les alliés européens des États-Unis ne veulent pas venir au secours de Donald Trump dans sa guerre contre l'Iran. Les tarifs douaniers américains polluent les relations entre les pays du G7, mais empoisonnent aussi l'amitié entre les États-Unis et la Suisse. Ce sommet, comme celui de Kananaskis (Alberta) au Canada en juin 2025, est assuré d'être celui de la désunion, voire des désaccords. Tout ça pour ça?

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