Tant pis pour la Suisse!
Pourquoi le choix d'Evian pour le G7 de tous les dangers?

Donald Trump sera bien présent au sommet du G7 d'Evian. Mais pourquoi Evian, comme en 2003, alors que les autres destinations possibles ne manquaient pas? La proximité de la Suisse n'y est pas pour rien.
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A Genève en 2003, le précédent sommet du G7 à Evian avait rimé avec émeutes et violences.
Photo: Keystone
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Richard WerlyJournaliste Blick

Les pilotes d'Air Force One, l'avion qui conduira le 15 juin prochain Donald Trump au sommet d'Evia, via l'aéroport de Genève, pourront reprendre le plan de vol de leurs lointains prédécesseurs, vieux de 23 ans! Maintenant que la participation du président des Etats-Unis vient d'être confirmée par la Maison-Blanche, le branle-bas de combat sécuritaire et aérien peut en effet commencer au dessus du Lac Léman. Avec, pour les autorités suisses et pour la population de Genève, transformée en capitale anti-G7, une question en forme de casse-tête: mais pourquoi avoir opté pour Evian, au risque de rééditer les violences et la casse du sommet de juin 2003?

Impossible, vraiment, de trouver une autre ville d’accueil pour le sommet français du G7, les 15 et 16 juin 2026? Impossible pour la France, première destination touristique mondiale, de réunir les dirigeants des pays les plus riches du monde (Etats-Unis, Italie, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, plus l’Union européenne) ailleurs que dans la même ville thermale choisie en 2003: Evian, en Haute-Savoie?

Qui peut croire à l’absence de solution alternative? Pourquoi Emmanuel Macron, par exemple, n’a-t-il pas opté pour les Antilles françaises comme l’avait fait son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, lorsqu’il avait convié pour la première fois ses homologues allemand, américain et britannique en Guadeloupe, du 4 au 7 janvier 1979?

Les Suisses, qui redoutent de payer les pots cassés de ce sommet après la triste expérience de 2003, n’ont pas fini de s’interroger. Or, la réponse tient en une formule simple: le fait du prince. En France, cette République si monarchique dans sa pratique, l’Elysée décide sans consulter, ou presque. Or, lorsqu’il annonce, en juin 2025, à l’issue du sommet du G7 de Kananaskis (Alberta, Canada), le choix inattendu d’Evian, Emmanuel Macron surprend. En 2019, le précédent sommet du G7 «made in France» s’était tenu à Biarritz. En 2011, Nicolas Sarkozy avait accueilli ses invités à Deauville. En 1996, Jacques Chirac avait opté pour Lyon. Jamais, jusque-là, une destination n’avait été choisie deux fois. Alors pourquoi?

Réponse évasive

La réponse n’est jamais formulée côté français. Nous l’avons pourtant posée en «on» et en «off» au ministère français des Affaires étrangères. Résultat: que des poncifs sur les infrastructures adéquates de la ville située au bord du lac Léman et au pied du mont Blanc. La vérité, nous avons pu le recouper, est sans doute plus prosaïque.

Evian permettait de réduire les coûts, dans un pays à bout de souffle financièrement. A Biarritz, le grand raout mondialisé avait mobilisé un budget de 35 millions d’euros, dont 16,7 millions avaient au final été dépensés, dont 14,2 pour le sommet de Biarritz en lui-même. Evian? L’objectif est de passer sous la barre des dix millions d’euros, en profitant justement du fait que la Suisse assumera une partie des dépenses de sécurité liées aux manifestations attendues et au contre-sommet.

Emmanuel Macron, lui, voit les choses autrement. Et son argument mérite d’être entendu. Accueillir les dirigeants du G7 à Evian après les avoir fait transiter par Genève permet de cocher deux cases qui lui sont chères avant la fin de son second mandat présidentiel: la lutte contre le réchauffement climatique (merci les glaciers des Alpes) et le multilatéralisme (merci Genève, seconde capitale de l’Organisation des Nations unies).

S’en prendre à Evian est donc, selon nos interlocuteurs français, une hérésie de la part de la Suisse, qui a, au contraire, tout à gagner à la réussite de ce sommet. «Franchement, c’est un cadeau diplomatique que l’on vous fait. Ne l’écrivez pas comme ça, mais ce sommet est, pour la Confédération, une belle opportunité aussi», nous a signifié un diplomate, évidemment soucieux de garder l’anonymat.

Autre explication

Une autre explication est avancée, plus discrètement. La proximité de la Suisse neutre pourrait permettre de faire venir certaines délégations «à hauts risques». Exemple? L’Iran, invité en 2019 à Biarritz en la personne de son ministre des Affaires étrangères. L’année précédente, Donald Trump avait déchiré l’accord sur le nucléaire négocié en 2015, le fameux JCPOA.

Et si Emmanuel Macron préparait, en coulisses, un coup politique et diplomatique? La Suisse, pour rappel, avait joué un rôle crucial lors des négociations d’Évian (justement) sur l’indépendance de l’Algérie au début de l’année 1962. La délégation algérienne résidait au Signal de Bougy, près de Lausanne. Or, Macron aime l’histoire. Une semaine pile après le G7 d’Evian, il présidera d’ailleurs l’entrée de l’historien Marc Bloch au Panthéon, à Paris.

Attention donc à de possibles surprises. D’abord du côté américain, car Donald Trump, qui fêtera son anniversaire le 14 juin à Washington, pourrait fort bien décider de ne pas venir au dernier moment. C’est en tout cas une crainte réelle au Quai d’Orsay. Mais Évian pourrait aussi être le théâtre d’autres surprises. «Je pense que la symbolique est belle et que Genève devrait se saisir de cette opportunité de relancer un dialogue multilatéral», s’est félicitée par avance la ministre déléguée franco-suisse Eléonore Caroit. Est-ce à dire qu’une initiative d’Evian sera lancée pour défendre le multilatéralisme? Alors que Donald Trump menace de reprendre ses frappes aériennes sur l’Iran, cela semble peu probable. Mais…

L’autre raison incontournable est la sécurité. Evian présente l’avantage stratégique d’être relativement facile à sécuriser du fait de sa situation géographique: «Nous avons le lac d’un côté, la montagne de l’autre, la frontière suisse avec Saint-Gingolph et puis, entre Thonon et Évian, une rivière qui s’appelle la Dranse avec un pont», expliquait récemment à France Bleu Josiane Lei, la maire de la ville.

Avec, en plus, un parc hôtelier important. C’est à l’Hôtel Royal, prestigieux palace alpin cinq étoiles, que logeront les chefs d’Etat et de gouvernement et que se dérouleront les réunions politiques. Son directeur, François Dussart, franco-suisse, sera aux manettes du dialogue des deux cotés du lac. Rendez-vous le 14 juin au soir, avec l'arrivée des premiers helicoptères en provenance de l'aéroport de Genève-Cointrin.

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