Ne dites pas à Raphaël Glucksmann qu'il est déjà hors jeu pour la présidentielle française de 2027! L'intéressé, député européen après avoir conduit la liste socialiste aux élections pour le Parlement de Strasbourg en juin 2024 (13,8 % des voix), croit encore à ses chances. «Assez!» a-t-il ordonné sur les réseaux sociaux, au vu de l'émotion suscitée par la divulgation d'une note interne à son mouvement «Place publique».
«Assez», car «ce document est volé» et «la France m'habite, pas des bouts de France», a-t-il écrit avec rage mercredi 13 mai, en réponse à la polémique naissante. Soit! Mais il ne suffit pas d'un message sur X pour redresser la situation. Surtout quand tout va mal à un an de l'élection qui décidera, en avril-mai 2027, du sort politique du pays, dans une France où tout remonte, peu ou prou, au président de la République.
Hors jeu pour une note politique interne, qui recommande au futur candidat Glucksmann, supposé incarner la social-démocratie, de négliger l'électorat populaire et les régions où le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) et La France insoumise (LFI, gauche radicale) sont aujourd'hui solidement enracinés? Hors jeu parce que l'eurodéputé, passionné par la défense de l'Ukraine face à la Russie, démontre ainsi que lui et son entourage sont loin des problèmes quotidiens des électeurs français de gauche? Hors jeu parce que d'autres candidats, bien plus vétérans, comme l'ancien président socialiste François Hollande ou l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, issu lui aussi du PS, entendent bien occuper le terrain et lorgnent vers l'Elysée?
Conquérir «les libéraux»
Non. La publication de la note en question, qui préconise, entre autres, de conquérir les «libéraux» et d'éviter les «banlieues», n'est que la révélation d'un malaise plus profond. Aussi populaire soit-il (10 à 12 % selon l'institut de sondage IFOP, à l'égal de Jean-Luc Mélenchon, déjà candidat déclaré pour LFI), Raphaël Glucksmann vient de prouver, avec cette note de 48 pages rédigée par l'un de ses conseillers, qu'il n'a fondamentalement pas compris les règles de la course présidentielle en France.
Pour être au second tour du scrutin et avoir une chance d'être élu, tout candidat doit fondamentalement rassembler au premier tour. C'est ce qu'a toujours fait avec succès le très radical et révolutionnaire Mélenchon, habile à se transformer en «père de la nation de gauche» à la veille du scrutin. C'est ce qu'avait réussi François Hollande en 2012 face à Nicolas Sarkozy avec sa fameuse phrase de campagne: «Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance.» Impossible d'avoir une quelconque chance, pour un candidat de gauche, sans faire l'union. Or, Raphaël Glucksmann divise. Trop parisien. Trop européen. Trop élitiste. Trop loin des Français. Trop mondialisé face à la posture anti-immigration d'un autre candidat potentiel de la gauche, François Ruffin.
Fidèle au profil du candidat
En réalité, la note en question, qui cible des profils d'électeurs comme «Romain de Romainville (région parisienne), ingénieur chez EDF», «Gérard de Guérande (Loire-Atlantique), 68 ans, retraité», est fidèle au profil du candidat. Oui, fidèle. C'est sur cette base, composée d'électeurs de la classe moyenne supérieure pro-européens lassés du basculement vers la droite et du pouvoir vertical d'Emmanuel Macron, que Raphaël Glucksmann a réussi à talonner la liste du parti présidentiel pour le Parlement de Strasbourg en juin 2024. En clair: c'est ainsi que Glucksmann est perçu. Or, face à Mélenchon, mais aussi face à un autre trublion de gauche, l'homme d'affaires Matthieu Pigasse, la partie s'annonce très difficile. Qui dit Europe, en France aujourd'hui, dit Emmanuel Macron, qui a fait de son engagement européen l'un des socles de ses deux mandats. Glucksmann, héritier du Macron de 2017 Raphaël Il n'y a qu'un pas pour le pilonner sur ce thème.
Vie privée avec Léa Salamé
L'autre problème pour Raphaël Glucksmann est sa vie privée. Bien sûr, cela ne devrait pas entrer en compte. Mais il vit avec Léa Salamé, la présentatrice du journal télévisé de 20 heures sur le service public. Plus élitiste que cela, difficile! Lui est le fils d'un intellectuel prisé des années 70-80, André Glucksmann, ancien maoïste qui a fini à droite. Elle est la fille de l'actuel ministre de la Culture au Liban, héritière d'une grande famille chrétienne de ce pays. Deux héritiers. Deux personnalités qui symbolisent le Paris des élites intellectuelles décriées.
Et quid de l'exercice des responsabilités politiques? Glucksmann n'a jamais été au pouvoir ni siégé au Parlement national. Macron, arrivé comme une comète en 2017, avait, lui, été conseiller du président François Hollande avant d'être nommé ministre de l'Economie. Le talent médiatique de l'eurodéputé, réellement sympathique et ouvert, mais aussi déterminé dans sa lutte contre le nationalisme et la gauche radicale, peut-il compenser? Pas sûr.
S'y ajoute enfin un élément que les médias français préfèrent souvent masquer. Raphaël Glucksmann est de confession juive. Son positionnement critique sur Israël et la guerre à Gaza n'empêche malheureusement pas les amalgames déplacés ou nauséabonds. Alors, toujours candidat?