Cap sur l'Elysée pour le PS
Ces socialistes français sont des as: ils débordent de candidats!

François Hollande et Bernard Cazeneuve sont sur la ligne de départ. Raphaël Glucksmann, proche du PS, réfléchit. Le député Jérome Guedj est lançé. Olivier Faure y croit. N'en jetez plus! Le PS français se voit déjà de retour à l'Elysée.
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François Hollande se prépare à une possible campagne présidentielle. En 2016, il avait choisi de ne pas se représenter pour un second mandat.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

1,75% des voix au premier tour! Avoir subi une telle raclée électorale à la présidentielle d’avril 2022 ne décourage en rien les candidats socialistes français pour la prochaine course à l’Elysée. Impossible, pensent-ils sans doute, que la catastrophe Anne Hidalgo se répète en mai 2027, lorsque s’achèvera le second mandat d’Emmanuel Macron, à l’issue duquel l’actuel chef de l’Etat ne peut pas se représenter. 

Oui, impossible! Et tant pis si toutes les personnalités aux avant-postes des sondages pour la prochaine présidentielle sont de droite, selon l’institut IFOP: Jordan Bardella (entre 35 et 41 %), Marine Le Pen (entre 33 et 36 %), Edouard Philippe (autour de 16 %), Gabriel Attal (centriste, il est vrai, venu du Parti socialiste, avec environ 11 %), Gérald Darmanin (8 %) ou Sébastien Lecornu (6 %).

La vérité est que le Parti socialiste est aujourd’hui l’écurie présidentielle la plus fournie en chevaux politiques prêts à se lancer sur la piste. Et pas n’importe qui. L’ancien président François Hollande (2012-2017) prépare son retour dans le marathon élyséen alors qu’il avait choisi de ne pas se représenter pour un second mandat en décembre 2016. 

L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve (décembre 2016-mai 2017) vient d’officialiser sa candidature. Un député socialiste de la région parisienne, Jérôme Guedj, a lui déjà franchi la ligne de départ. Et un autre homme est régulièrement cité dans les médias comme un possible recours: le député européen de «Place publique», son mouvement proche du PS, Raphaël Glucksmann, crédité dans les enquêtes d’opinion de 10 à 12 % des voix. De quoi donner le tournis à celui qui, en théorie, devrait avoir (au moins) son mot à dire: le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Frénésie de candidatures

Pourquoi une telle frénésie de candidatures, alors que le paysage électoral penche à droite, comme vient de le prouver la nette progression du Rassemblement national (droite nationale populiste) et de ses alliés aux municipales de mars dernier? Comment convaincre une majorité de Français de voter au centre gauche, pour un programme social-démocrate, alors que cette famille politique est en repli dans la plupart des pays européens? Comment espérer faire passer un message raisonnable sur les dépenses publiques et l’immigration alors que, selon l’institut Elabe, 44 % des Français veulent en priorité plus de pouvoir d’achat, 31 % plus de sécurité, 30 % plus d’assurance santé, 28 % moins de dette publique et d’immigration, et 21 % un redressement de l’éducation?

La réponse tient aux personnalités et aux circonstances. François Hollande (71 ans), réélu député de Corrèze en 2024, est convaincu que sa capacité à parler aux Français et son expérience d’ancien président peuvent faire de lui le recours, sorte de «sage» de la République indispensable en temps de crise. Bernard Cazeneuve (62 ans) pense incarner la réconciliation de l’autorité et du social. Raphaël Glucksmann, qui n’est pour l’heure pas candidat, est porté par sa popularité et le beau score de sa liste aux européennes de juin 2024 (13,8 %).

C’est la théorie du «trou de souris», alors que les candidats de droite se feront concurrence puisque trois au moins sont déclarés: Marine Le Pen ou Jordan Bardella pour le RN, Bruno Retailleau pour Les Républicains et l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. «En 2027, les Français penseront élire un nouveau Bonaparte, mais ils auront un René Coty», persifle le politologue Benjamin Morel, auteur de «Crise politique, crise de régime» (éd. Odile Jacob). Une référence au dernier président de la IVe République, avant le retour du général de Gaulle en mai 1958.

Problème de majorité

Complication, pour Benjamin Morel, cité par «L’Express»: «La gauche peut très difficilement envisager d’obtenir une majorité, car démographiquement elle ne représente que 30 à 35 % des voix, et elle souffre d’une géographie électorale défavorable, concentrée dans les centres-villes et les banlieues. Or, pour avoir une majorité absolue, il faut 51 % dans un maximum de circonscriptions, pas 80 % dans quelques fiefs.» 

Ajoutez-y l’obstacle Jean-Luc Mélenchon, le candidat quasi assuré de la gauche radicale, pourfendeur en chef du Parti socialiste dont il fut longtemps membre: «Entre un électeur macroniste issu du centre gauche ou du centre droit et un électeur mélenchoniste, il n’y a pas le début d’un atome crochu!» poursuit le politologue. «Même en neutralisant le facteur Mélenchon, je ne crois pas que ces gens-là seraient en mesure de représenter une alternative à un pôle d’union des droites.»

Seul avantage, peut-être, pour ces figures connues du centre gauche: leurs profils. Selon l’institut Ifop, le facteur humain va jouer un grand rôle dans la course à l’Elysée. Les électeurs français veulent que le prétendant à la fonction suprême soit honnête (76 %), à l’écoute et proche du peuple (55 %) et courageux (48 %). Ils ne sont en revanche que 19 % à considérer que ce profil correspond à une personnalité de gauche. Le marathon, pour ces socialistes pressés, ne fait que commencer.

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