De Paris à Vierzon
Ces cinq leçons municipales disent la nouvelle France politique

La France de 2026 est trés différente de celle qui, il y a cinq ans, élisait ses maires en pleine pandémie de Covid 19. Paris reste socialiste, comme Marseille. Les Verts refluent. Le Rassemblement national devient un parti dominant des villes moyennes.
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Emmanuel Grégoire a largement triomphé dans la capitale.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Paris reste à gauche. Les Verts refluent dans les grandes villes. Lyon n'a pas été conquise par l'ex-président de son club de foot, qui a néanmoins déposé un recours. Et Nice a voté pour l'union des droites en élisant Éric Ciotti. Ces vérités des urnes dessinent le nouveau paysage politique français, marqué par la forte progression du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) dans les villes moyennes. Une nouvelle France politique après ces municipales sous haute tension, à un an de la présidentielle de 2027 , dans un pays de nouveau marqué par l'abstention, avec 60% de votants? Oui, et voici pourquoi en cinq leçons.

Partout, des villes RN

C'est un fait nouveau et majeur. Le Rassemblement national, qui a échoué à remporter Marseille ou Toulon, devient le parti des villes moyennes. Une cinquantaine de ces villes de 20'000 à 70'000 habitants auront désormais des maires issus du parti national-populiste. Lequel avait conservé, au premier tour, sa seule métropole de plus de 100'000 habitants: Perpignan.

Le RN, déjà vainqueur le 15 mars à Fréjus, Hénin-Beaumont ou Beaucaire, l'emporte à Orange, Carcassonne, Vierzon ou La Flèche. Ces deux dernières villes, respectivement fiefs communistes et socialistes, montrent la normalisation du parti national-populiste dirigé par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Impossible, dès lors, d'exclure l'élection, en 2027, d'un président de la République RN pour succéder à Emmanuel Macron. On saura, lors du prononcé du jugement dans le procès Le Pen, le 7 juillet, qui sera le candidat du parti pour l'Élysée.

Le duel PS-Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a perdu et gagné son pari. La formule est ambiguë, mais elle correspond à ce qui est sorti des urnes. Le leader de La France insoumise (LFI, gauche radicale) s'était réjoui de la progression du nombre d'élus locaux de son parti, et de l'obligation faite au PS de s'allier avec lui. Erreur. Le PS s'en sort mieux, au second tour, dans les villes où ses candidats avaient refusé cette alliance. À commencer par Paris, où le socialiste Emmanuel Grégoire gagne malgré le maintien de Sophia Chikirou. Le PS conserve, de cette façon, des bastions comme Marseille, Lille ou Rennes.

À Nantes, où la maire socialiste est réélue avec LFI, l'alliance a toutefois payé. On pourrait parler de match nul entre les deux forces de gauche. Avantage pour ceux qui, au PS, ne veulent pas de pacte avec LFI: les électeurs de droite et centristes sont prêts à voter socialiste pour faire barrage aux Insoumis ou au RN. On pense en particulier à ce qui s'est passé à Marseille, où Benoît Payan est réélu contre le RN Franck Allisio. Bon point pour LFI en revanche: ses victoires à Roubaix, Vénissieux ou la Courneuve. La France des banlieues est son atout.

L'union des droites, feu vert

Cette union porte un nom: celui d'Éric Ciotti, vainqueur à Nice du duel avec son ancien mentor, Christian Estrosi. Ciotti n'avait pas été désavoué par le patron des Républicains, Bruno Retailleau, qui lui avait succédé à ce poste. Dans le sud de la France, cette formule apparaît gagnante. Va-t-elle se propager d'ici la présidentielle? On peut le penser. La droitisation de la France, confirmée par ces municipales, est un terreau favorable.

Vu la poussée du RN dans les villes moyennes, le camp conservateur, ancré dans les territoires, va en effet devoir de plus en plus composer avec le parti de Marine Le Pen. D'autant que celui-ci, fort de ses élus, va monnayer son soutien pour les prochaines élections sénatoriales, en septembre.

Les Verts, feu orange

Ce n'est pas un feu rouge, mais presque. Contestée par Jean-Michel Aulas, la réélection de Grégory Doucet à Lyon leur évite une défaite massive. Reste une évidence: les écologistes ne séduisent plus, alors que le maire socialiste élu à Paris, Emmanuel Grégoire, a, devant les caméras, fait une grande balade à vélo pour fêter sa victoire face à Rachida Dati.

Les Verts étaient les grands vainqueurs des municipales de 2020, en pleine pandémie de Covid-19. Ils finissent essorés, après avoir perdu Besançon, Bordeaux, Poitiers et Strasbourg. Ils conservent Montpellier, Tours et Grenoble. Feu orange.

Demain, la présidentielle

Emmanuel Macron est toujours plus seul. Son parti engrange quelques rares victoires, notamment celle d'Antoine Armand à Annecy, près de la Suisse et à Bordeaux avec thomas Cazenave. Son ancien Premier ministre, François Bayrou, est battu à Pau. Mais un autre ex-chef du gouvernement sort, en revanche, renforcé de ces municipales: Édouard Philippe, réélu au Havre.

Premier à s'exprimer après sa réélection, ce dernier a prononcé un discours très «droite sociale», la preuve, sans doute, du chemin qu'il compte prendre pour la course à l'Élysée. Il avait promis de se lancer s'il était réélu dans le premier port de France. C'est fait!

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