Le Rassemblement national (RN) est le premier parti de France. Ses candidats pour la présidentielle 2027, Marine Le Pen et Jordan Bardella (prêt à la remplacer si elle est déclarée inéligible le 7 juillet, à l’issue de son procès en appel pour «détournement de fonds publics»), sont en tête des sondages sur les préférences de vote des Français. Reste un échelon à conquérir: celui de la base, des responsabilités locales, des conseils municipaux. La France compte environ 35'000 communes, dont 42 villes de plus de 100'000 habitants. Parmi ces dernières, une seule, Perpignan, est dirigée par le RN depuis 2020.
Alors, ces élections municipales, les 15 et 22 mars, consacreront-elles la montée en puissance locale du parti national-populiste? Oui, si ces 5 atouts se confirment dans les urnes.
Le dégagisme
C’est l’atout numéro un du RN, au niveau local comme au niveau national. Le Rassemblement national est le parti que beaucoup de Français n’ont jamais vu diriger, ni le pays ni les communes. Un bon argument à l’heure du doute généralisé envers «les élites». Plusieurs grandes villes, à commencer par Marseille, pourraient bien être submergées par cette vague dégagiste. Dehors les sortants! Le jeune âge de Jordan Bardella, et sa popularité au sein de sa génération, peuvent aussi faire la différence. Oubliée l’extrême droite, ses slogans xénophobes et son programme économique très discutable. Place à la nouveauté municipale!
L’ordre
C’est le mot que Franck Allisio, tête de liste du Rassemblement national à Marseille, a choisi de mettre en avant. L’ordre plutôt que la sécurité ou l’autorité, car cela ratisse plus large. Partout, les programmes des candidats RN sont rédigés sur le même modèle: plus de police municipale, plus de caméras de surveillance, plus d’uniformes dans les rues. Sauf que la police nationale et la justice ne dépendent pas des municipalités, et que tous les partis, gauche incluse, défendent maintenant les polices municipales. L’ordre est donc un slogan moins performant qu’on le pense.
La présidentielle
Cet atout est celui sur lequel misent la plupart des candidats. Tous, au RN, se cachent derrière la popularité de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Lequel est même en avance sur la patronne du parti, avec 41 % des intentions de vote contre environ 35%. Problème: les élections locales n’ont rien à voir avec la présidentielle, même si, dans les trois premières métropoles de France (Paris, Lyon, Marseille), le maire de la ville sera élu directement, et non via les arrondissements. Il y aura donc bien un effet national qui planera sur les urnes. Mais les candidats RN n’ont pas de bilan. Or, souvent, les électeurs jugent sur ce qui a été fait durant le dernier mandat (2020-2025).
L’union des droites
Un homme incarne plus que tout cette alliance sur laquelle misent les candidats RN pour gagner les communes dans lesquelles ils se présentent. Selon le parti, 716 listes estampillées Rassemblement national sont en lice (le ministère de l’Intérieur en compte environ 400). C’est peu au regard des 35'000 communes, mais cela démontre la volonté du parti national-populiste de cibler les villes importantes. Qui est cet homme? Éric Ciotti, candidat à la mairie de Nice, allié du RN depuis les législatives de juin 2024. Ciotti veut que les droites fusionnent. Il est le vassal de Marine Le Pen. Objectif de sa démarche: convaincre les conservateurs traditionnels de se détacher des «Républicains», son ancien parti.
L’anti-LFI-sme
Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France insoumise (LFI, gauche radicale), est aujourd’hui l’une des personnalités les plus clivantes du pays. Et, paradoxalement, cela permet au RN de sortir de son statut de parti-ghetto de l’extrême droite, malgré les nombreuses tares de ses candidats relevées par les médias (antisémitisme, racisme, comportements violents, etc.). Le RN peut donc espérer, au second tour, profiter de son opposition frontale à LFI. Difficulté: le parti mélenchoniste a très peu d’élus sortants. Il risque, dans de nombreuses communes, de disparaître au 1er tour, dès ce 15 mars.