Le commentaire de Richard Werly
RN-Insoumis,le duel qui refait la France

A droite comme à gauche, la radicalité politique a déferlé sur le premier tour des élections municipales françaises. Ce duel RN-Insoumis mérite toutefois bien plus que des clichés. Car il redéfinit le paysage politique à un an de la présidentielle.
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

La droite traditionnelle française l'assène à l'issue du premier tour des municipales : elle est en tête dans la moitié des villes de plus de 10'000 habitants et n'est donc pas en situation d'échec. Vraiment? La réalité est évidemment bien plus nuançée

Tout comme le centre et la gauche sociale-démocrate, le camp conservateur sort assommé de ce scrutin marqué à la fois par une abstention historique et par la progression de la droite nationale-populiste et de la gauche radicale. Dans de nombreuses communes, en particulier les plus grandes, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont marqué de sérieux points à un an de la présidentielle de mai 2027.

La première victoire, attendue, revient au parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, dont les maires sortants emblématiques (à Perpignan, Fréjus, Beaucaire, Hayange ou Hénin-Beaumont) ont été réélus dès le 15 mars. Preuve que l'enracinement local et la crédibilité gestionnaire de ce parti, hier protestataire, sont des arguments durables. Ce qui pèsera à coup sûr au second tour dans des municipalités emblématiques comme Marseille, Toulon ou Nice, où le meilleur allié du RN venu de la droite, Eric Ciotti, est très bien placé pour l'emporter. Et ce, malgré une difficulté persistante dans les autres grandes villes.

Erreur des sondages

Le deuxième succès, que les sondages n'avaient pas vu venir, est celui engrangé par La France insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon, habilement resté discret dimanche soir, a engrangé dans les métropoles les fruits de la colère sociale et du refus de nombreux électeurs de gauche d'être mis au ban par les «partis de gouvernement» et les médias. 

Son programme municipal, centré sur l'accès au logement, sur la gratuité des transports urbains, sur des référendums citoyens au niveau local, mais aussi, sans doute, son soutien controversé à la cause palestinienne et ses liens avec la gauche radicale américaine anti-Trump (illustrée par le succès de Zohran Mamdani à New York), ont séduit la jeunesse et les quartiers populaires. La preuve à Saint-Denis, au nord de Paris, le fief des Jeux olympiques d'été de Paris 2024, où le candidat LFI est élu au premier tour.

La leçon de cet acte 1 des municipales est qu'une partie croissante des électeurs français assument leur volonté de rupture. Le consensus centriste et l'idée selon laquelle les extrêmes sont par essence dangereux ont beaucoup moins le vent en poupe dans les urnes. 

Résultat: la droite est assurée de se fracturer entre les tenants de l'union au second tour avec le RN (ou le parti Reconquête d'Éric Zemmour à Paris), tandis que le Parti socialiste se retrouve écartelé, incapable de tenir sa promesse de rompre partout avec les Insoumis.

Une autre France

Il ne faut pas oublier qu'il existe une autre France, en particulier dans les zones rurale, éprise de consensus et de compromis pour la défense des intérêts communaux, incarnée par une liste municipale unique. Il faut aussi nuancer ces résultats par les campagnes de terrain réussies des sortants, comme à Lyon, où l'élu écologiste Grégory Doucet a créé la surprise en arrivant en tête. 

Mais le message sorti, ce dimanche 15 mars, des urnes municipales est que les interdits de principe ne tiennent pas face à la volonté de dégagisme, au poids des préoccupations sociales ou sécuritaires, et au refus de se laisser dicter un vote «acceptable» au nom de grands principes.

Le duel RN-LFI est en train de refaire la France. Il alimente un volcan politique national qui, à quelques semaines du lancement de la course vers l'Elysée, est très loin d'être éteint.

Articles les plus lus