Vote dans les 35'000 communes
En France, les 5 premières leçons des municipales

Le premier tour des élections municipales françaises est le baromètre d'un pays politique déconcerté et inquiet. La preuve dans les urnes devrait se confirmer au fil du dépouillement, de Lille à Marseille.
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A Paris, l'ancienne ministre de la Culture Rachida Dati pourrait détrôner les socialistes.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Les Français ne se sont pas rués dans les bureaux de vote pour le premier tour des élections municipales. Il s'agit d'élire les maires et les conseillers municipaux des quelque 35'000 communes du pays, à un an de la présidentielle de mai 2027. 57,6% des électeurs se sont déplacés, un score historiquement bas à l'issue d'une campagne largement éclipsée par l'actualité internationale, alors que se profile la succession d'Emmanuel Macron, qui a voté ce dimanche au Touquet, la ville de son épouse.

Quelles leçons tirer de ce scrutin qui a, bien sûr, l'allure d'un galop d'essai avant la course à l'Elysée qui démarrera dans les prochaines semaines? En voici cinq, destinées à être complétées au fil du dépouillement des urnes. Les candidats ayant dépassé les 10% des voix peuvent se maintenir au second tour, ouvrant la perspective, dimanche 22 mars, de scrutins triangulaires, voire quadrangulaires.

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Le RN progresse encore

A l'heure d'écrire ces lignes, le seul maire sortant Rassemblement national (droite nationale populiste) d'une ville de plus de 100'000 habitants, Louis Aliot à Perpignan, serait réélu au premier tour, tout comme d'autres maires RN, comme celui de Beaucaire (Gard). Deux autres scores révélateurs: celui de Toulon (Var), où la candidate RN Laure Lavallette passe le premier tour en tête avec 42% des suffrages, bien placée pour l'emporter au second tour; et celui de Marseille où le candidat RN Franck Allisio, au coude à coude avec le maire sortant PS Benoit Payan à 35% des voix chacun. Preuve de cet optimisme du côté du parti de Marine Le Pen: son président Jordan Bardella, possible candidat à la présidentielle 2027, a été le premier leader politique national à prendre la parole. Il a lancé un appel pour une mobilisation locale maximale, meilleur terreau possible pour préparer la course à l'Elysée, et il a tendu la main «à la droite sincère». Un échec toutefois pour le RN: la réélection du maire sortant de gauche à Lens, dans le Pas-de-Calais, fief du Rassemblement national qui espérait l'emporter. Et l'espoir pour son principal allié, Eric Ciotti. A Nice, l'ancien président des «Républicains» devance de dix points le maire sortant Christioan Estrosi, dont il fut autrefois le collaborateur.

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Edouard Philippe, le retour

Le maire sortant du Havre est candidat déjà déclaré à la présidentielle de mai 2027. Cet ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron (2017-2020) avait, ces dernières semaines, entièrement consacré son énergie à sa ville portuaire. Et pour cause: cet homme de droite libérale, disciple d'Alain Juppé et désormais très critique du président de la République, a promis de ne pas se présenter à l'Elysée s'il est battu dans sa ville. Avec 43,76% des voix, il devance de dix points son adversaire communiste. Une avance qui, a priori, lui permet d'être serein pour le second tour, dimanche 22 mars. Question: Edouard Philippe reste-il le candidat du camp macroniste qui revendiquel'élection d'une centaine de maires au premier tour. A Paris, e score de son candidat Pierre-Yves Bournazel sera suivi de près.

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Les Verts, attention danger

Un premier score a de quoi inquiéter les Verts qui avaient conquis huit grandes villes en 2020 lors des dernières municipales: celui de la maire sortante de Besançon, Anne Vignot, qui arrive derrière son adversaire de droite Ludovic Fagaut. L'enjeu est crucial pour les écologistes qui dirigent depuis cinq ans des métropoles comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou Tours. La réalité est que la victoire passée des Verts reposait souvent sur des alliances de gauche qui se sont beaucoup effritées, voire disloquées. Les deux villes les plus scrutées pour les Verts seront Lyon et Strasbourg. Une mauvaise nouvelle est venue de Lille, où la liste verte passe derrière le PS et La France insoumise (gauche radicale). Bonne nouvelle en revanche à Lyon où le maire sortant écologiste Gregory Doucet devance avec 37% son adversaire Jean-Michel Aulas (35,4%). Attention, la couleur verte se fâne..

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A Paris, le suspense

Rachida Dati, l'ancienne ministre controversée de la Culture, peut-elle rafler la mairie de Paris aux socialistes qui la dirigent depuis plusieurs décennies? Cela semble mal parti pour deux raisons. La première est son score décevant de 24% face aux 36,4% du candidat PS Emmanuel Grégoire, nettement en tête. Tout va se jouer au centre de l'électorat, et sur l'aile gauche. Le candidat macroniste Pierre-Yves Bournazel obtiendrait 11,8%. La candidate LFI Sophia Chikirou obtient 13%. A noter l'échec de la candidate de droite radicale Sarah Knafo, qui dépasserait de justesse les 10% nécessaires pour se maintenir au second tour. Le règne socialiste depuis 25 ans est bien parti pour durer.

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LFI, la revanche sur le PS

Dans quel état la gauche va-t-elle sortir de ces élections municipales? La question est cruciale à un an de la présidentielle et des législatives qui suivront sans doute. Elle vaut surtout pour le Parti socialiste, qui refuse désormais toute alliance nationale avec LFI, le parti de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier parti ne détenait qu'une ville avant ce premier tour. Il est désormais bien placé pour l'emporter dimanche prochain à Roubaix, l'une des villes les plus pauvres de France, où son candidat, David Guiraud, arriverait largement en tête avec 45% des voix. Que va-t-il se passer dans l'ancienne cité textile? Les autres partis politiques vont-ils s'unir contre le candidat LFI? Le parti recueille aussi de bons scores, en tête de la gauche à Limoges et Lille. Ses candidats peuvent se maintenir au second tour à Marseille et Paris. A Toulouse, la liste LFI atteint 25%. La gauche centriste perd du terrain face à la gauche radicale.

La question des alliances locales avec LFI promet dèslors d'être fort difficile à gérer pour le parti socialiste, très implanté au niveau local. Comment justifier de pactiser avec les mélenchonistes entre les deux tours des municipales, alors que Raphaël Glucksmann, figure de proue sociale-démocrate, exclut tout accord?

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