Rachida Dati a échoué à conquérir Paris. Les socialistes Emmanuel Grégoire et Benoit Payan l'emportent respectivement dans la capitale et à Marseille. Le sortant écologiste Gregory Doucet l'emporterait à Lyon. L'union de la gauche a échoué dans de nombreuses villes. Le Rassemblement national fait une poussée remarquable dans les villes moyennes. Et l'ancien premier ministre François Bayrou perd sa ville de Pau, après l'échec de son passage à la tête du gouvernement.
Impossible de ne pas voir dans cette nouvelle donne politique locale une avant-première de la présidentielle de mai 2027. La preuve: l'un des gagnants de cette soirée sera candidat dans un an pour l'Élysée. Il s'agit de l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, maire sortant du Havre, réélu confortablement avec près de 48% des voix.
Il avait promis de ne pas se présenter en 2027 s'il était battu dans le grand port normand. Pari gagné. Le camp conservateur et macroniste devra compter, dans les mois qui viennent, avec un Édouard Philippe conquérant. La preuve? Il s'est, ce soir, exprimé le premier pour imposer son récit, afin que personne ne doute de son retour sur la scène politique nationale. Avec l'axe d'un futur programme présidentiel: «Des raisons d'espérer».
Echec du RN à Toulon
Le Rassemblement national échoue à Marseille. Mais il confirme son enracinement local, en l'emportant dans plus de 50 ville. L'enracinement du RN noté lors du premier tour le 15 mars est confirmée, ternie toutefois par la défaite de sa candidate Laure Lavalette dans le grand port de Toulon, où la maire sortante LR est réélue. La victoire d'Eric Ciotti, chantre de l'union des droites, à Nice, parachève ce tableau.
Cinq victoires symboliques vont peser lourd pour le RN et lui permettre de se présenter comme la force dominante du pays réel: le parti présidé par Jordan Bardella, après avoir obtenu la réélection de 21 maires au premier tour, remporte en effet Orange (une ville qu'il gérait dans le passé), Carcassonne, Carpentras et La Flèche et Vierzon, ancien fief communiste du centre de la France. La droite, de son côté, conserve Toulon et l'emporte à Besançon, où la maire sortante écologiste est battue. Le camp conservateur a, dans ces villes, profité de la mobilisation des électeurs centristes contre des listes où le PS, les Verts et LFI s'étaient alliés.
La ville de Tulle en Corrèze, fief de l'ancien président socialiste François Hollande, bascule à droite. Clermond-Ferrand, ancien bastion socialiste, tombe dans les mains des «Républicains». Une défaite, en revanche, sera difficile à avaler pour le camp conservateur: celle subie à Nîmes, seule ville de plus de 150'000 habitants gérée jusque-là par la droite.
La gauche unie à la peine
Union de la gauche gagnante? Eh bien non! Elle semble plutôt, au soir de ce second tour, se profiler comme la grande perdante. Le plus beau coup est celui remporté par Emmanuel Grégoire à Paris, avec 53% des voix malgré le maintien de la candidate LFI Sophia Chikirou. La grande ville nordiste de Roubaix tombe largement dans les mains de David Guiraud, député LFI, mais dans plusieurs métropoles, le PS parvient à l'emporter lorsqu'il est resté à distance du parti de Jean-Luc Mélenchon. Rennes, la capitale bretonne, demeure ainsi aux mains de la maire sortante PS, qui avait refusé l'alliance avec les Insoumis.
Idem à Lille, la métropole nordiste où le maire sortant PS avait choisi de ne pas faire alliance avec LFI. L'accord entre le PS et LFI n'a pas non plus permis à la gauche de conserver Tulle, ou de l'emporter contre la droite à Limoges. L'échec le plus dur à digérer pour le parti dirigé par Jean-Luc Mélenchon est celui de Toulouse où, sur le papier, la liste d'union de la gauche dirigée par l'Insoumis François Piquemal semblait, à l'issue du premier tour, bien placée pour l'emporter. Erreur. le maire centriste sortant Jean-Luc Moudenc conserve sa mairie.
Viennent enfin les grands perdants de la soirée: les Verts. Ironie des images, la parade à vélo du maire élu socialiste de Paris était diffusée sur les écrans français alors que les annonces des défaites écologistes se multipliaient. Heureusement que Lyon, leur plus belle prise de 2020, semble avoir résisté à l'assaut de l'entrepreneur Jean-Michel Aulas! Les écolos perdent Bordeaux, Besançon, Poitiers et Strasbourg, Annecy. Ils conservent Montpellier et Tours. Le reflux de la vague verte de 2020 est confirmé dans les urnes. Le camp macroniste peut s'enorgueillir d'une victoire: celle d'Antoine Armand à Annecy.