Second tour ce dimanche
Ces cinq duels municipaux prouvent que la France change

Les électeurs français ont désigné plus de 33'000 maires au premier tour des municipales. Environ 2000 restent à élire lors du second tour ce dimanche, en particulier dans les métropoles. Parmi ceux-ci, trois duels illustrent les bouleversements politiques nationaux.
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A Paris, trois candidats demeurent en lice pour le second tour, mais le duel aura lieu entre Rachida Dati et le socialiste Emmanuel Gregoire.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils sont encore environ deux mille à attendre le vote des Français. Deux mille candidats au poste de maire, cette fonction à la fois synonyme de ce qui marche bien en France et de ce qui ne va plus. Pour 76% de la population, selon un récent sondage, le maire reste la figure politique la plus populaire du pays. Mais il est aussi l’élu qui est le plus souvent «à portée de baffes», cible directe d’incivilités et de reproches.

Autre caractéristique de cette élection municipale, dont le second tour se tient dimanche 22 mars: ses résultats définitifs démontreront l’ampleur du changement politique dans le pays, après la poussée au premier tour des deux forces les plus radicales: le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) et La France insoumise (LFI, gauche radicale). Portrait de cette nouvelle France qui peut sortir des urnes à partir de cinq duels emblématiques.

À Paris, le duel et le procès

La capitale française aura-t-elle pour maire, au soir du dimanche 22 mars, une ancienne ministre d’origine marocaine déjà convoquée par la justice en septembre pour un procès assuré de faire la «une» des médias internationaux? Du 16 au 23 septembre, Rachida Dati (60 ans) sera jugée pour «corruption et trafic d’influence passifs, recel d’abus de pouvoir et de confiance» dans l’affaire des 900 000 euros reçus du groupe automobile Renault-Nissan alors qu’elle siégeait au Parlement européen. Au soir du premier tour, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, héritier de la maire sortante Anne Hidalgo, semblait très bien placé. Mais «Rachida», comme on la surnomme en France, a renversé la table en concluant une alliance avec la liste du centre pro-Macron et en obtenant le retrait de la liste d’extrême droite de Sarah Knafo. Paris libéré du PS, qui règne depuis 25 ans? Peut-être. Mais Paris se retrouvera au tribunal très vite…

À Nice, le duel fratricide

Il y a la dimension politique nationale. S’il l’emporte dimanche dans la capitale de la Côte d’Azur, Éric Ciotti (60 ans) aura réussi à ancrer l’idée d’une «union des droites», à savoir l’alliance entre la droite traditionnelle et l’extrême droite, sur le modèle italien voisin de Giorgia Meloni. Mais l’on retiendra surtout de ce duel niçois son aspect fratricide, digne d’une tragédie grecque. Ciotti était le collaborateur le plus proche de Christian Estrosi, ce maire en poste depuis 2008, ex-conservateur rallié à Emmanuel Macron. Sans Estrosi, Ciotti n’aurait jamais gravi les marches de la politique. Puis le dauphin a sorti son poignard. Le meurtre semble consommé puisqu’au premier tour, Éric Ciotti disposait d’une avance conséquente avec 43% des voix contre 30,9% à son adversaire.

À Strasbourg, la revanche ou la retraite

Catherine Trautmann (75 ans) tente son ultime retour. L’ancienne maire socialiste de Strasbourg (1989-2001) n’a jamais accepté de perdre la capitale alsacienne. La voici donc en lice pour battre l’élue écologiste Jeanne Barseghian, alliée aux Insoumis, avec lesquels le PS national avait promis de rompre. Arrivée en tête au premier tour avec 26,4% des voix, Catherine Trautmann, ancienne députée européenne, a choisi pour sa part une alliance au centre, comme l’a fait le PS national en permettant l’adoption du budget 2026 et le maintien du gouvernement de centre droit de Sébastien Lecornu. Sauf que son parti ne l’accepte pas et qu’il lui a retiré son investiture. Allez comprendre! Si elle l’emporte, l’ancienne maire aura vaincu à la fois les démons strasbourgeois et ceux de sa formation politique.

À Toulon, duel en haute mer

Toulon est un symbole. Le grand port militaire français, où stationne le porte-avions Charles-de-Gaulle, a dans le passé été la première grande ville de France gérée par l’extrême droite entre 1995 et 2001. Bis repetita ce dimanche? Possible si Laure Lavallette (49 ans), candidate du Rassemblement national, l’emporte au second tour. Pour le parti de Marine Le Pen, qui a vu ses maires sortants confirmés dans presque toutes leurs villes, à commencer par la plus grande, Perpignan, cette victoire serait la preuve d’un enracinement porteur pour la prochaine présidentielle de mai 2027. Avec Toulon sous la coupe du RN et Nice remportée par Éric Ciotti, le sud de la France serait plus que jamais un bastion du RN. Imaginez donc ce qui se passerait si, en plus, Marseille tombait aux mains du candidat RN Franck Allisio, pour l’heure donné perdant…

À Lille, le duel à gauche

La capitale nordiste est une forteresse socialiste. Lille est gérée par le PS depuis plus de 70 ans, avec deux maires emblématiques successifs: Pierre Mauroy et Martine Aubry, la fille du défunt président de la Commission européenne Jacques Delors. Lille est aussi voisine d’une autre ville nordiste où l’enjeu sera énorme pour la gauche ce dimanche: Roubaix, ancienne capitale du textile (devenue l’une des villes les plus pauvres de France), où l’Insoumis David Guiraud peut l’emporter. Mais revenons à Lille: la bataille y opposera Arnaud Deslandes, du PS, successeur de Martine Aubry, et Lahouaria Addouche, de La France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon. Alors que, dans la région des «Hauts-de-France» (Nord), l’extrême droite domine dans la plupart des territoires autrefois contrôlés par le Parti communiste.

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