Ce qu'il faut retenir
Dans les municipalités françaises, déjà la présidentielle 2027?

L'élection des maires ne peut pas être comparée à la présidentielle de mai 2027. Mais à l'issue du premier tour des municipales, le paysage politique français ressemble à cela.
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Jean-Luc Mélenchon a assumé de «conflictualiser» ces élections municipales. Pari gagnant à l'issue du premier tour.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Attention, ces deux scrutins n'ont rien à voir. Entre les élections municipales françaises, dont le premier tour s'est tenu le 15 mars, et la présidentielle de mai 2027, les différences sont énormes. Impossible de comparer les enjeux entre la désignation des maires des 35'000 communes de France et celle du locataire de l'Elysée. Et pourtant, le scrutin qui vient de se dérouler, dernière consultation électorale avant la présidentielle, permet de mieux comprendre les enjeux politiques à venir. La preuve.

La première leçon présidentielle de ce premier tour municipal est l'existence de deux France électorales. Ce n'est pas une surprise, mais il faut le redire, et cela devrait se confirmer au second tour, dimanche 22 mars: la France rurale est plutôt favorable au compromis, surtout pour l'élection des maires, car dans de nombreuses localités, une seule liste était en lice.

Radicalité dominante

A l'inverse, les clivages politiques sont beaucoup plus saillants dans les métropoles, où deux partis sortent vainqueurs à l'issue du premier tour: le Rassemblement national (RN), de plus en plus ancré localement, et La France insoumise (LFI), qui a profité du côté protestataire et de la colère sociale. Ce duel RN-LFI va peser lourd pour la présidentielle de 2027, où il devrait s'incarner autour des candidats déjà connus: Marine Le Pen ou Jordan Bardella pour le RN (en fonction du jugement du 7 juillet pour Marine Le Pen, dans l'affaire de détournement de fonds publics du Parlement européen) et Jean-Luc Mélenchon pour LFI.

La seconde leçon est le dilemme du camp macroniste élargi, c'est-à-dire des partis du «socle commun» qui ont permis, en début d'année, l'adoption aux forceps du budget 2026 et le maintien du gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu. La droite traditionnelle, très bien représentée dans les petites et moyennes communes, est à la peine dans les grandes villes, où ses élus devront, pour l'emporter, s'allier à la droite nationale-populiste. Les deux cas les plus emblématiques sont Paris, où Rachida Dati aura besoin des voix de Sarah Knafo, et Marseille, où la présidente de la Métropole, Martine Vassal, arrivée troisième, pourrait faire alliance avec le RN Franck Allisio.

Inquiétude macroniste

Les macronistes, qui avaient moins de sortants, se retrouvent sans surprise écartelés entre la droite et la gauche, mais avec une lueur d'espoir: la victoire annoncée de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe au Havre, ce qui lui permettra de se lancer dans la course à l'Elysée. Le casse-tête est en revanche celui des socialistes, qui viennent de subir un dur rappel: pour gagner, la gauche doit être unie.

Cela conduit au principal enseignement de ce premier tour. Il concerne trois candidatures déjà déclarées pour 2027: celle de Marine Le Pen / Jordan Bardella, celle de Jean-Luc Mélenchon et celle de Bruno Retailleau.

Les deux premiers, qui représenteront le RN en fonction des décisions de la justice, confirment qu'ils ont le vent en poupe. Selon le nombre de maires RN qui seront élus au second tour, ils bénéficieront de soutiens locaux croissants lors de la campagne à venir.

Mélenchon, le retour

Jean-Luc Mélenchon, lui, vient de faire mentir les sondages et les médias. Ses déclarations controversées, ses provocations, son soutien à la cause palestinienne ne l'ont pas éliminé, bien au contraire. Dans les métropoles, au sein des quartiers populaires où se trouve un fort électorat issu de l'immigration, mais aussi au sein d'une jeunesse désireuse de changement social, le programme des Insoumis imprime. Sa candidature pour 2027, pas encore confirmée, semble acquise. Question: une union sacrée anti-Mélenchon va-t-elle voir le jour? Début de réponse dimanche prochain.

Le conservateur Bruno Retailleau se trouve, lui, en difficulté, car l'appel à «l'union des droites», incarné par son prédécesseur à la tête des «Républicains», Eric Ciotti, est en train de s'imposer. Ce dernier, bien parti pour être élu à Nice, va lui compliquer la tâche et poursuivre son travail de ralliement au Rassemblement national, sur le modèle de la coalition italienne de Giorgia Meloni.

Solitude socialiste

Reste enfin la grande solitude des socialistes. Ils pensaient avoir, grâce aux concessions budgétaires accordées par l'actuel gouvernement et à la suspension de la réforme des retraites, engrangé un soutien à gauche pour se dissocier de LFI. Erreur. 

Presque partout, seule l'union de la gauche et des écologistes peut leur permettre de l'emporter au second tour. L'ancien président François Hollande, qui rêve d'un retour en coalisant les forces centristes, a du plomb dans l'aile. Le patron du PS, Olivier Faure, qui défend des alliances municipales et pas une alliance nationale avec La France insoumise, entretient le flou. Raphaël Glucksmann, qui dit non à Mélenchon, risque d'être marginalisé. Le PS français risque de sortir essoré de cette lessiveuse municipale.

A un an de la présidentielle de 2027, et sous réserve des résultats du second tour dimanche 22 mars, le Rassemblement national a une rampe de lancement encore meilleure pour la présidentielle; LFI et Mélenchon reviennent dans le jeu, tandis que les conservateurs, le PS et les macronistes sont sur une pente très glissante.

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