Le commentaire de Richard Werly
Les Français n'aiment plus leurs maires

Le second tour des municipales aura lieu ce 22 mars. Environ 2000 communes sur 35'000 doivent encore élire leurs maires et leurs conseils municipaux. Avant, ces élus étaient les plus populaires. En 2026, ils ne sont plus «qu'à portée de baffes», estime Richard Werly.
Près de 2000 communes organisent un second tour ce 22 mars.
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Richard WerlyJournaliste Blick

C’est fini. Ou presque. Si la participation électorale, déjà faible au premier tour des municipales françaises le 15 mars, pique à nouveau du nez ce dimanche, la rupture sera consommée.

Fini, le mythe du maire placé au pinacle de la République. Oublié, le lien présumé unique entre les élus municipaux et leurs concitoyens. Les maires des 35’000 communes de France, dont environ 33’000 ont été désignés la semaine dernière, sont en passe de devenir des politiciens comme les autres.

Ils ne sont plus «indéboulonnables» après plusieurs mandats. Ils sont touchés, eux aussi, par le «dégagisme ambiant», notamment au profit du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste). Et ils doivent leur victoire, comme les autres, aux manœuvres et aux arrangements de ces partis politiques dont Emmanuel Macron avait, à tort, pronostiqué la disparition.

Participation en baisse

57% des électeurs, dimanche dernier, se sont déplacés pour voter, soit le chiffre le plus bas jamais enregistré pour ce scrutin, d’ordinaire le plus populaire après la présidentielle. Une défaite politique dans un pays fracturé, où la radicalité domine et où l’absence de majorité à l’Assemblée nationale oblige le gouvernement de Sébastien Lecornu à procrastiner? Non, un changement structurel.

Les Français ont compris que leur maire, aussi dynamique et populaire soit-il, dispose au final de bien peu de leviers. Souvent, sa ville est partie prenante d’une intercommunalité, agglomération ou métropole qui, dans les faits, mène la danse sur le plan des infrastructures. Plus souvent encore, le maire, une fois élu, se retrouve en butte aux prérogatives de l’Etat (police, justice, fiscalité…) qui, depuis Paris, impose ses règles sans jamais tenir compte de cette réalité «du terrain» que les présidents louangent sans cesse. Résultat: la mairie devient une «boîte à baffes».

Le maire prend les coups que ses concitoyens rêvent de donner à d’autres. Il (ou elle) est «à portée de gifles, au sens propre comme au sens figuré». Il (ou elle) lui reste les mariages et les commémorations. On le (la) voit sur les marchés. Son bureau est davantage celui des pleurs que des ambitions et des transformations.

Le macronisme finissant

Fort heureusement, car la politique demeure une affaire de personnes et de leadership, le scrutin de dimanche se jouera aussi sur le charisme des uns et des autres. Le bilan des maires sortants joue aussi un rôle, positif ou négatif. On le verra, en particulier, du côté des villes conquises en 2020 par les Verts (Strasbourg, Besançon, Tours, Poitiers, Lyon…), aujourd’hui chahutés.

Sauf que d’autres facteurs jouent à pleine puissance. Le macronisme finissant — du fait du départ annoncé d’Emmanuel Macron en mai 2027 — naufrage ceux qui ont embarqué avec le président depuis 2017. Le vent de l’union des droites, incarné par Éric Ciotti à Nice, met K.O. la droite traditionnelle. Le socialisme municipal est une tambouille à géométrie variable, indexée sur la force locale de La France insoumise, parfois alliée locale et toujours ennemie nationale.

Amour municipal

Les Français n’aiment plus leurs maires parce qu’ils ne se sentent plus aimés. Plus considérés. Plus choyés. Les élus locaux de 2026 sont le produit de listes de candidats qu’il n’est même plus possible, dans les petites communes, de panacher ou de rayer. L’idée selon laquelle, face au sentiment d’insécurité croissant, le maire peut «tenir» sa ville ne convainc plus personne, malgré la prolifération des polices municipales.

Les maires sont devenus des élus comme les autres, emportés par la désaffection généralisée, à l’heure des réseaux sociaux qui amplifient les colères et les revendications des individus et des lobbies envers l’échelon le plus proche de la démocratie représentative.

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