Sa campagne démarre en France
Edouard Philippe peut-il vraiment être élu président?

L'ancien Premier ministre, réélu maire du Havre, est en position de force. Son objectif: s'imposer comme le successeur naturel d'Emmanuel Macron pour séduire l'électorat centriste. Possible? Pas si simple pour celui qui provoqua la crise des Gilets jaunes.
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L'ancien Premier ministre français a déjà annoncé sa candidature à la présidentielle 2027.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Vive les sondages! Après les avoir redoutés ces dernières semaines, Edouard Philippe est désormais réconcilié avec les enquêtes d’opinion. Jugez plutôt: l’ancien Premier ministre français (2017-2020), tout juste réélu maire de sa ville du Havre au second tour, le 22 mars, est aujourd’hui le seul candidat assuré de l’emporter face à un adversaire du Rassemblement national lors de la présidentielle de 2027. Un retour en force pour celui que beaucoup considèrent toujours en France comme le grand responsable de cette cassure sociale, économique et politique que fut, durant l’hiver 2018-2019, la crise des «gilets jaunes».

Les sondages en question permettent enfin à Edouard Philippe (55 ans) de sortir de ce qui commençait à ressembler à un tunnel politique sans issue. Accusé par son camp centriste macroniste d’avoir trahi le président pour avoir invité, fin octobre 2025, Emmanuel Macron à une démission anticipée, l’ex-chef du gouvernement paraissait plombé par son manque de popularité

Or, selon l’institut Elabe, Edouard Philippe s’impose comme le candidat le plus solide du bloc central au premier tour de la prochaine présidentielle, qui aura lieu entre avril et mai 2027, crédité entre 20,5% et 25,5% des intentions de vote. Mieux, dans un paysage éclaté, il serait aussi le seul à pouvoir battre le Rassemblement national au second tour.

Les sondages et les urnes

Le problème est évidemment que les enquêtes d’opinion ne font pas l’élection, et que les candidats issus du macronisme finissant se pressent au portillon. Si le maire du Havre a pris tout le monde de court en se déclarant candidat à la présidentielle dès l’an dernier, et en liant cette candidature à sa réélection au Havre (ce qui est chose faite), il est en revanche loin d’avoir plié le match. 

Dans son camp politique, au moins trois adversaires de taille sont presque sur la ligne de départ, même s’ils ne sont pas encore entrés dans la course: l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, chef du parti Renaissance; le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui entretient le suspense; et l’actuel chef du gouvernement Sébastien Lecornu, même s’il jure qu’il ne se présentera pas devant les Français. Beaucoup d’observateurs estiment en effet que le Premier ministre nommé en septembre 2025 garde en réserve un joker: une volte-face de dernière minute qui lui permettrait, in extremis, au printemps 2027, de se présenter comme le meilleur héritier d’Emmanuel Macron.

Plus compliqué encore pour Edouard Philippe, pur produit de la technocratie française puisqu’il est membre du Conseil d’Etat (la plus haute juridiction administrative): son parcours politique, que ses adversaires ne manqueront pas de lui rappeler. Comme Gérald Darmanin, l’homme vient de la droite. Il était, en 2016, le directeur de la campagne présidentielle ratée d’Alain Juppé, qui avait échoué face à François Fillon lors de la primaire de la droite. 

Puis il a déserté sa famille conservatrice et gaulliste pour rejoindre Emmanuel Macron, qui l’a nommé à la tête du gouvernement avec pour mission de réformer la France. Avec le résultat que l’on sait fin 2018 : une augmentation fatale du prix du diesel et une proposition de limitation de la vitesse à 80km/h sur les routes départementales. Ce qui a mis le feu aux poudres et engendré la crise des «gilets jaunes».

L'héritage du Covid

Edouard Philippe a ensuite gouverné jusqu’à la pandémie de Covid. Ce germanophone, éduqué en partie en Allemagne, où son père était enseignant, a tenté de réformer le système français de retraite, préconisant un système «à points» comme dans les pays scandinaves. En vain. L’homme qui entend proposer demain des «sacrifices» aux Français pour sortir le pays de l’ornière des déficits et du surendettement public est celui qui a accepté le «quoi qu’il en coûte». Cette injection massive de subventions (près de 250 milliards d’euros) dans l’économie durant la pandémie…

Quel programme, dès lors, pour Edouard Philippe, dont le début de campagne est annoncé pour le mois de mai, pile un an avant l’expiration du second mandat présidentiel d’Emmanuel Macron, qui ne peut pas se représenter? Un programme de droite «sociale», susceptible de lui rallier les électeurs du centre gauche, voire les socialistes qui ont permis l’adoption du budget 2026 du gouvernement Lecornu?

Ou un programme de droite libérale et sécuritaire pour contrer la candidature de Bruno Retailleau, le président des «Républicains», qui veut récupérer l’héritage de François Fillon et de Nicolas Sarkozy? La réponse est formulée dans les sondages d’opinion: Edouard Philippe a un potentiel de rassembleur, mais il ne convainc pas ceux qu’il doit rassembler. Jusqu’à quand ce grand flou peut-il persister?

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