Ce terme si controversé deviendra peut-être son slogan de campagne. Sitôt après avoir confirmé sa quatrième candidature à l’élection présidentielle au journal de 20 heures de TF1, Jean-Luc Mélenchon a expliqué en long et en large pourquoi «la nouvelle France» qu’il défend n’est pas synonyme de communautarisme et de portes ouvertes à l'immigration massive. Le leader de La France insoumise (LFI, gauche radicale) a, au contraire, voulu déminer ce terrain, expliquant qu’il n’est pas l’homme du «grand remplacement», comme l’accusent ses adversaires. À 74 ans, Jean-Luc Mélenchon, aujourd'hui crédité dans les sondages d'un malheureux 12% d'intentions de vote, se présente au contraire comme le candidat du renouvellement des générations, lui qui a déjà brigué le suffrage universel en 2012, 2017 et 2022.
En France, la nouvelle de sa candidature présidentielle n’a surpris personne. Depuis cinq ans, l’ancien ténor du Parti socialiste – qu’il a quitté avec fracas en 2005 – ne fait que se préparer à cette échéance, en vue de parvenir au second tour, raté de 440 000 voix en 2022. « Méluche », comme on le surnomme, était alors arrivé troisième du scrutin présidentiel avec 21,95% des voix, contre 23,15% pour Marine Le Pen et 27,84% pour Emmanuel Macron. Le président alors sortant l’avait ensuite emporté contre la candidate du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) avec 58,55% contre 41,45%. Impossible, en revanche, pour l’actuel chef de l’État de se représenter l’an prochain pour un troisième mandat: la Constitution française interdit plus de deux quinquennats successifs.
Une candidature attendue
Pourquoi la candidature de Mélenchon ne surprend-elle personne ? Parce que l’intéressé ne vit que pour cette échéance politique. Il a, pour cela, renoncé à tous ses mandats en 2022. Pas question de se représenter au siège de député du Vieux-Port de Marseille, qu’il a occupé entre 2017 et 2022, avant de le laisser au coordinateur de son parti, Manuel Bompard. Jean-Luc Mélenchon a donc, depuis quatre ans, bétonné le soutien de sa formation, dont il a écarté les voix dissidentes, comme les députés Alexis Corbière, Clémentine Autain ou François Ruffin.
Résultat : un parti aux ordres, qui ne communique pas son nombre d’adhérents, mais qui vient d’étendre son influence locale après les municipales de mars 2026. LFI a en effet gagné plusieurs villes, comme Saint-Denis (nord de Paris), mais aussi Roubaix, Creil, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Saint-Fons ou La Courneuve. Autre certitude : la corrélation entre le niveau de vie de la population, la présence d’importantes communautés issues de l’immigration et le vote LFI : «À l’exception de Roubaix (Nord), conquise sur le centre, c’est la gauche, le PC comme le PS, qui a fait les frais de la progression de LFI», note le politologue Simon Ronai dans un article de la revue en ligne Telos.
«Toutes ces communes ont un taux de logements sociaux voisin ou supérieur à 40%, soit plus du double des moyennes nationales. Les niveaux de pauvreté, de chômage et de précarité, très élevés, y sont beaucoup plus forts que les moyennes régionales et nationales. Le taux de pauvreté oscille ainsi entre 33% (Vaulx-en-Velin) et 46% (Roubaix), contre 15% de moyenne française.»
La «Nouvelle France», jusqu’où?
Que compte proposer Jean-Luc Mélenchon aux Français pour qu’ils se sentent concernés par sa «nouvelle France»? Le site internet du candidat, aussitôt mis en ligne après son annonce de candidature, liste les sujets. Premier chapitre: «Faire la révolution citoyenne». Second chapitre: «L’harmonie des êtres humains entre eux», avec des propositions sur le partage des richesses et la formule «Travailler tous, travailler moins, travailler mieux». Chapitre trois: «L’harmonie des êtres humains avec la nature», portée par la planification écologique. Dernier chapitre, enfin: «Ordonner le monde», grâce à une «diplomatie altermondialiste pour la paix» et à de «nouvelles frontières de l’humanité».
Ces propositions pourront–elles faire oublier les polémiques et les divisions à gauche? C’est très peu probable. Jusque–là, Jean–Luc Mélenchon a toujours commencé par diviser, avant de jouer les rassembleurs populaires durant la campagne. Et cela lui a valu une forte progression des voix: 11,1% en 2012, l’année qui vit le socialiste François Hollande battre le conservateur Nicolas Sarkozy; 19,58% en 2017, l’année du couronnement de l’inconnu Macron; puis 21,95% en 2022. Sauf que deux sujets de fracture sont, depuis, passés par là.
Le premier est le conflit à Gaza, sur lequel les positions pro–palestiniennes de LFI ont suscité une levée de boucliers contre ce parti et sa porte–parole sur la question: l’eurodéputée Rima Hassan. Le second est le refus du Parti socialiste d’accepter désormais l’unité à gauche. Le PS a permis, en janvier dernier, l’adoption du budget 2026 présenté par le gouvernement de centre droit de Sébastien Lecornu. Le parti social–démocrate croule en outre sous les candidatures présidentielles: François Hollande, l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve ou le député Jérôme Guedj se sont déclarés partants, tandis que le patron du PS Olivier Faure et sa tête de liste européenne Raphaël Glucksmann se préparent…
Incarner la gauche
La stratégie mélenchoniste, dans ce contexte, est limpide: partir très tôt pour espérer incarner la gauche plus que les autres, auprès d’un électorat toujours demandeur d’union; accuser les socialistes d’être le strapontin de la droite avec laquelle ils ont négocié; et tout miser sur la lutte contre une possible victoire présidentielle du Rassemblement national, lequel sera soit représenté par Marine Le Pen (si son jugement prévu le 7 juillet dans une affaire de détournements de fonds publics le permet), soit par son dauphin Jordan Bardella.
Jean–Luc Mélenchon, longtemps trotskiste, pense que les médias sont bien plus critiques à son égard que les électeurs de gauche, demandeurs de changement et d’une politique encore plus sociale dans un pays déjà surendetté. Le fondateur de LFI pense aussi que la vague anti–Trump va le porter, et que son plaidoyer pour une Europe plus sociale, en rupture avec le libéralisme version Macron, sera entendu. Possible? Sa volonté de mettre en avant des propositions sur le logement, sur la gratuité des transports publics, sur un salaire minimum mensuel à 1500 euros, va en tout cas compliquer la tâche du Parti socialiste. Idem pour sa politique très favorable à l’immigration et à la communauté musulmane. Avec cette quatrième candidature, Jean–Luc Mélenchon va surtout mettre en relief les contradictions et les fractures françaises, avec le risque, que lui reprochent ses opposants, d’installer dans le pays un débat politique de plus en plus violent.