Il sera candidat
En France, Retailleau lance la guerre à droite pour l'Elysée

Bruno Retailleau sera candidat à l'élection présidentielle française de mai 2027. Le patron du parti de droite «Les Républicains» a été investi par 73,8% des militants. Sa campagne va donc ouvrir la guerre au sein de la droite.
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Bruno Retailleau a obtenu un vote massif de son parti pour se lancer dans la campagne présidentielle 2027.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

C'est parti, et il y aura des morts et des blessés. La guerre de la droite française pour l'élection présidentielle de 2027 est déclarée. Celui qui a déterré la hache de guerre est l'ancien ministre de l'Intérieur (septembre 2024-octobre 2025), Bruno Retailleau (65 ans). Ce dernier, investi comme candidat pour l'Elysée ce dimanche par 73,8% des adhérents de son parti «Les Républicains», devra en effet barrer la route aux autres personnalités conservatrices résolues à être, elles aussi, sur la ligne de départ. Et il y a foule…

L'objectif du sénateur de la Vendée, ce département très catholique de l'ouest de la France, était de griller ses concurrents et d'avoir la légitimité d'un vote pour se lancer dans la campagne. Il voulait aussi couper court à une éventuelle primaire qui, sur le modèle de ce qui se passe aux Etats-Unis et comme cela avait eu lieu en France en 2016, permettrait à différents candidats de s'affronter.

C'est chose faite. Désormais, Bruno Retailleau peut refuser toute primaire. Il peut aussi se présenter comme le candidat légitime du parti créé le 30 mai 2015 par Nicolas Sarkozy sur les décombres de l'UMP, lui-même successeur du RPR gaulliste de Jacques Chirac. En théorie, les autres candidats potentiels membres de ce parti, comme l'ancien Premier ministre savoyard Michel Barnier ou l'ex-président de la région Rhône-Alpes-Auvergne Laurent Wauquiez, devraient même se retirer. Impossible pour «Les Républicains» d'investir une autre personnalité. L'affaire est verrouillée.

Pas la même partition

Le problème est que Bruno Retailleau ne joue pas la même partition que ses adversaires potentiels à droite, tous désireux de représenter le camp conservateur et de proposer une alternative, sur ce pan de l'échiquier politique, à Marine Le Pen ou Jordan Bardella, les deux candidats potentiels du Rassemblement national (droite nationale-populiste). Les exemples les plus frappants sont Edouard Philippe, Michel Barnier et David Lisnard.

Le premier est issu des «Républicains», qu'il a désertés en 2017 pour rejoindre Emmanuel Macron et prendre la tête du premier gouvernement de sa présidence. Edouard Philippe, réélu maire du Havre en avril, avait même mené la campagne de celui qui semblait alors être le favori du parti pour la présidentielle: Alain Juppé, battu au second tour de la primaire par François Fillon, lequel échouera au premier tour face à Macron et Le Pen en avril 2017. Or Edouard Philippe veut ratisser large. Il mise sur l'électorat macroniste, sur les conservateurs et sur une partie du vote de gauche, qu'il veut attirer avec des propositions de «droite sociale». Un objectif tenable si personne, à droite, ne se présente face à lui.

Le second candidat possible, Michel Barnier, mise pour sa part sur l'héritage gaulliste. Barnier est toujours resté membre du parti «Les Républicains», dont il est aujourd'hui l'un des députés parisiens. Son âge, 75 ans, est un désavantage. Mais il a pour lui la fidélité et la connaissance du pays. Il peut aussi rassembler. Une primaire à droite pourrait lui permettre de battre ses concurrents sur le fil.

Le dissident David Lisnard

Troisième adversaire de Retailleau: le dissident David Lisnard, maire de l'opulente ville de Cannes. Ce dernier a claqué la porte des «Républicains». Mais il a un programme. Il est presque le seul, en France, à défendre une vision libérale de l'économie. Il est le président de l'influente Association des maires de France. Attention : il peut, s'il se présente ou s'il rallie un adversaire de Retailleau, peser lourd dans la balance.

Le pire, pour Bruno Retailleau, est enfin que la France oscille entre deux tentations peu favorables à sa candidature partisane. La première est celle de l'union des droites, qui verrait toutes les forces conservatrices faire alliance avec le RN, comme le défend le nouveau maire de Nice, Éric Ciotti, ancien patron des «Républicains». La seconde est celle d'un rassemblement au centre, à la mode Macron, pour faire barrage aux extrêmes. Cette stratégie sera sans doute celle du jeune ex-Premier ministre Gabriel Attal, qui se prépare aussi. En clair: la droite française est dispersée «façon puzzle», pour reprendre une expression du film «Les Tontons flingueurs».

Et le RN gagne...

Qui gagne pendant ce temps? Incontestablement le Rassemblement national, dont le jeune président Jordan Bardella doit déjeuner ce lundi 20 avril avec une délégation du patronat français. Mais aussi le candidat potentiel de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, dont l'objectif est d'empêcher une candidature sérieuse issue de la gauche sociale-démocrate, pour occuper le terrain avec pour objectif de se qualifier pour ce second tour qu'il a raté de peu en 2022 (environ 500'000 voix). Or voilà qu'un autre candidat approche de la ligne de départ: l'ancien président socialiste François Hollande (2012-2017). Sérieux? Possible, car plus la droite va exploser et plus l'extrême droite et la gauche radicale vont avancer leurs pions, plus une candidature expérimentée et centriste, rassurante dans un monde en proie aux pires convulsions, peut espérer recueillir in extremis l'assentiment d'une majiorité d'électeurs Français.

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