Commentaire de Richard Werly
Jean-Luc Mélenchon n'est pas un assassin

Le leader de la «France Insoumise» est attaqué de toutes parts après la mort du jeune militant Quentin Deranque, à Lyon. Ce lynchage médiatique ne répond pas aux questions posées par cette tragédie à propos de LFI estime notre journaliste Richard Werly.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il est absolument normal que la violence de l’ultragauche et des antifas soit aujourd’hui mise en accusation en France. Comme il était normal, dans d’autres circonstances, de mettre au jour les pratiques violentes condamnables de l’extrême droite.

Utiliser la mort inacceptable, à Lyon, d’un jeune militant identitaire, Quentin Deranque, 23 ans, pour ouvrir le procès public de Jean-Luc Mélenchon et de son parti «La France insoumise» est en revanche très problématique dans une République déjà malade de ses fractures et de sa polarisation croissante.

Discours radicaux

Oui, certains partis sont, par leurs discours radicaux, le réceptacle naturel de la violence politique. À droite, le Rassemblement national et la mouvance identitaire sont souvent mis en cause. À gauche, LFI a, sur ce plan, une écrasante responsabilité dans l’orchestration des clivages sociaux et dans le recours constant à un discours révolutionnaire sur le thème de la «bordellisation» salutaire du pays.

Jean-Luc Mélenchon, trotskiste de formation et vétéran de la lutte politique, est même un expert en la matière. L’homme sait mieux que quiconque se victimiser. Il théorise l’affrontement au nom de la lutte des classes. Il enracine son action dans les quartiers au nom de la défense des immigrés. Il soigne le communautarisme le plus clientéliste, fermant les yeux sur les dérives antisémites, au nom de l’égalité et de la défense des opprimés. Faut-il pour autant le traiter comme un quasi-criminel, à la veille d’une marche d’hommage au jeune tué par des antifas, prévue dans la préfecture du Rhône ce samedi? La réponse est non.

Débat national

Jean-Luc Mélenchon, 74 ans, reste à ce jour un leader politique qui a toute sa place dans le débat national, fort de ses 21,95 % et de sa troisième place au premier tour de la présidentielle 2022. Contester les idées et dénoncer le programme de LFI peut, s’il s’avère que ce parti a enfreint la loi, couvert des violences ou des collaborateurs violents, s’accompagner de plaintes et de mises en cause judiciaires. La brutalité de certains collectifs antifas est documentée. Le rôle de plusieurs élus LFI dans cette nébuleuse, dont le député lyonnais Raphaël Arnault, doit faire l’objet d’une enquête. Mais se ruer sur cette tragédie pour présenter «La France insoumise» comme un parti structurellement violent et hors du cadre de la République n’est ni juste ni approprié.

Les plus hypocrites, en la matière, sont ceux qui, à gauche, ont profité, aux législatives de juin 2024, de l’alliance avec LFI baptisée «Nouveau Front populaire». Tous ceux, des socialistes aux écologistes, qui ont présenté des candidats sous cette bannière ont assumé leur pacte avec la radicalité et le tapis (rouge) tendu au mélenchonisme. Plutôt que de miser sur ces circonstances funestes pour espérer éliminer l’ancien sénateur de l’Essonne et député de Marseille, tous ceux-là feraient donc mieux, d’urgence, de s’adresser au peuple de gauche et à tous ceux qui, dans les banlieues ou au sein de la fonction publique, par exemple, accordent encore leur confiance au tribun Mélenchon.

Travail de justice

Polémiquer sur la mort de Quentin Deranque, alors que la justice fait son travail de façon indépendante, ne peut pas faire office de plate-forme électorale par défaut. Jean-Luc Mélenchon ne doit pas être traité comme l’assassin qu’il n’est pas, mais comme l’idéologue et le démagogue qu’il est. En faisant, au passage, toute la lumière sur les zones d’ombre d’un parti constitué, d’abord, autour de sa personne et de son ambition présidentielle.

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