Ils ne le lâcheront plus. Alors que Donald Trump réunissait, mercredi 27 mai, les membres de son administration à la Maison-Blanche, les dirigeants iraniens ont répété qu’ils ne desserreraient pas leur étreinte sur le détroit d’Ormuz. Leur projet: maintenir une forme de tutelle sur ce passage maritime crucial pour l’approvisionnement pétrolier et énergétique mondial, même après la fin de la guerre en cours.
La preuve que le président des Etats-Unis maîtrise de moins en moins la situation, malgré la puissance de son armada aéronavale. Comme si celle-ci, articulée autour de ses trois porte-avions, avait explosé sur des mines non détectées.
L’explosion énergétique
Donald Trump n’a pas seulement déclenché cette guerre contre l’Iran pour venir à bout du programme nucléaire militaire de la République islamique. Son objectif était aussi – et demeure – de mettre la main sur les immenses réserves pétrolières de l’Iran, ce pays qui exporte 80 % de son pétrole vers la Chine.
Mieux : Trump pensait également que la crise, après avoir fait remonter le prix du baril– 97 dollars américains à l’heure où ces lignes sont écrites – profiterait aux Etats-Unis, riches en pétrole et en gaz. Or rien ne s’est passé comme prévu. La Chine a, pour le moment, réussi à satisfaire sa demande intérieure grâce à ses réserves stratégiques. Les Européens ne se sont pas rués vers les géants pétroliers américains. Et le prix du gallon (3,7 litres) a presque doublé outre-Atlantique. La bombe Ormuz a explosé dans les mains du locataire de la Maison-Blanche.
L’explosion commerciale
Cette explosion-là n’est pas forcément pour déplaire à Donald Trump. Le président américain est un protectionniste qui rêve de reprendre le contrôle complet du canal de Panama, d’où il a déjà en partie expulsé les compagnies chinoises. L’idée d’imposer un péage à Ormuz – ce qui constituerait un sérieux frein à la mondialisation des échanges maritimes – ne le choque sans doute pas à titre personnel.
Problème: c’est l’Iran qui en a pris l’initiative et qui propose désormais d’y associer Oman. La réalité est que cette guerre a transformé un détroit où les navires circulaient librement en un passage qui pourrait demain être verrouillé par les Gardiens de la révolution iraniens. Sacrée déflagration!
L’explosion stratégique
Même les Emirats arabes unis, alliés d’Israël et déterminés ces dernières semaines à en finir avec la République islamique, semblent aujourd’hui changer de cap. Motif: la parole de leur protecteur Donald Trump est démonétisée.
Dubaï comme Abou Dhabi savent que leur avenir économique les obligera à coopérer avec l’Iran. Ils constatent aussi que le Qatar semble prêt à débloquer une partie des avoirs iraniens déposés dans ses coffres, estimés à 25 milliards de dollars. Tous les pays du Golfe persique ont compris que la présence de bases militaires américaines sur leur sol les transforme en cibles. Et si, demain, les Etats-Unis perdaient le soutien de leurs alliés arabes ?
L’explosion sous-marine
C’est l’autre grand risque. Le détroit d’Ormuz est aussi le lieu de passage de câbles sous-marins essentiels au fonctionnement de l’internet mondial. Les pays du Golfe persique le savent et agissent en conséquence. Ils savent aussi que l’Iran a les moyens de couper leur approvisionnement vital en données, eux qui misent énormément sur l’intelligence artificielle pour assurer leur prospérité future.
Le paradoxe est que Donald Trump, ce président soutenu par les géants américains de la tech, a rendu ces derniers otages du détroit d’Ormuz. Le projet Stargate AI d’Abou Dhabi en est l’incarnation emblématique. Peut-il fonctionner si le détroit d’Ormuz reste fermé ? La réponse est négative.
L’explosion israélienne
Israël a convaincu Donald Trump de se lancer dans cette guerre aérienne contre l’Iran afin de venir à bout, une bonne fois pour toutes, du programme nucléaire militaire de la République islamique. Sauf qu’une autre arme de destruction massive est apparue encore plus puissante à la faveur de ce conflit: le contrôle d’Ormuz, grâce aux missiles que l’Iran conservera.
Le démantèlement du programme balistique iranien n’est d’ailleurs presque jamais évoqué ces derniers temps. Israël peut se réjouir de son accord militaire avec les Emirats arabes unis. L’Etat hébreu peut aussi se satisfaire de l’insistance mise par Trump sur l’extension des Accords d’Abraham à l’ensemble du Golfe persique. Mais que pèsent encore ces déclarations face à la fermeture effective du détroit?