Un pétrolier a réussi à passer le détroit d'Ormuz
Un négociant suisse de matières premières réalise une méga-affaire

La société genevoise Lytton a fait passer clandestinement du pétrole irakien par le détroit d'Ormuz. L'opération lui a permis de réaliser un bénéfice de 60 millions de dollars.
1/2
Le transit de navires par le détroit d'Ormuz est actuellement très dangereux.
Photo: Getty Images
RMS_Portrait_AUTOR_243.JPG
Michael Hotz

Une société suisse vient de réaliser l'affaire du siècle grâce à ses bonnes relations commerciales avec l'Irak. Le négociant en matières premières Lytton SA, basé à Genève, a apparemment joué un rôle clé dans le transit d'un pétrolier à travers le dangereux détroit d'Ormuz, rapporte Bloomberg, qui se réfère à des sources proches du dossier. 

Selon ces informations, l'entreprise fondée en 2024 a pris en charge le périlleux voyage de l'Agios Fanourios I, qui transportait près de 2 millions de barils de pétrole brut irakien vers le Vietnam.

Le supertanker a d'abord été immobilisé par l'Iran, puis par les Etats-Unis. Il a finalement été autorisé à poursuivre sa route après l'intervention de la compagnie pétrolière nationale vietnamienne PetroVietnam. Bloomberg indique que Lytton a acheté l'or noir dans le port irakien de Bassorah avec une décote de 18 dollars par baril par rapport aux prix de référence. Cette opération se solderait donc sur un bénéfice de quelque 60 millions de dollars (près de 50 millions de francs) pour la société genevoise, compte tenu des primes versées pour le pétrole hors du golfe Persique.

Les marges ont fortement augmenté

Ce cas illustre à quel point le bras de fer entre les Etats-Unis et l'Iran concernant le détroit d'Ormuz perturbe le commerce au Moyen-Orient, car les pétroliers ne peuvent plus emprunter la route traditionnelle. Une situation qui représente une aubaine pour les petits négociants comme Lytton, s'ils prennent le risque de faire passer une cargaison de pétrole d'une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars par cette voie maritime dangereuse.

Le chaos au détroit d'Ormuz a engendré une explosion des marges commerciales pour le transport de pétrole par ce passage stratégique, atteignant 20 à 30 dollars le baril. A titre de comparaison, avant le déclenchement de la guerre, ces marges n'étaient que de quelques centimes. C'est ainsi que les traders qui prennent des risques peuvent accumuler des profits mirobolants, se chiffrant en dizaines de millions.

Dans le même temps, l'Iran a découvert un modèle économique très lucratif grâce au détroit d'Ormuz: les mollahs guident les navires à travers les eaux iraniennes et demandent en échange des sommes considérables qui financent l'effort de guerre de Téhéran. Les Iraniens perçoivent en effet environ deux millions de dollars par navire, payables en yuans chinois ou en cryptomonnaies pour contourner les sanctions occidentales.

Trump souhaite endiguer ce commerce par le blocus américain et, simultanément, trouver un accord pour mettre fin à la guerre. Mais la situation reste très floue à cet égard. Et tant qu'aucun accord n'est conclu entre les Etats-Unis et l'Iran, les petits négociants en matières premières peuvent continuer de s'en mettre plein les poches.

Articles les plus lus