Donald Trump avait qualifié l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama de l’un des pires de l’histoire américaine. A ses yeux, le texte de 2015 était trop faible: il aurait rapporté des milliards à Téhéran et n’aurait fait que retarder le développement d’armes nucléaires, au lieu de l’empêcher. Aujourd’hui, le président américain risque pourtant de se retrouver dans une situation très similaire à celle de son prédécesseur, onze ans plus tôt, après avoir manifestement échoué à atteindre ses propres objectifs.
Après des mois de guerre, une crise énergétique mondiale et de graves turbulences économiques, Washington et Téhéran ont annoncé lundi soir être parvenu à un accord de principe préliminaire. Aucun document n’a toutefois encore été signé. Selon les éléments communiqués, le détroit d’Ormuz devrait être rouvert, le blocus naval américain levé et un accord global sur le programme nucléaire iranien négocié dans un délai de 60 jours. Un allègement des sanctions et le déblocage de fonds iraniens gelés seraient également à l’étude.
Le problème, pour Donald Trump, est que ces concessions ressemblent précisément à celles qu’il reprochait depuis des années à Barack Obama. Le milliardaire républicain présente cet accord comme un succès historique. Une paix durable entre les Etats-Unis et l’Iran constituerait certes une avancée diplomatique majeure. Mais, à ce stade, un seul résultat concret a été obtenu: la guerre a cessé. Les causes profondes du conflit, elles, restent largement irrésolues.
Quid du programme nucléaire iranien?
La question centrale demeure la même qu’avant le début de la guerre: quel avenir pour le programme nucléaire iranien? Même après l’annonce de cet accord, aucune réponse claire n’a été apportée. Les négociations sur ce point ne font que commencer. Téhéran affirme toujours ne pas vouloir se doter de l’arme nucléaire, mais continue de revendiquer son droit à l’enrichissement d’uranium. C’était déjà le principal point de désaccord de l’accord conclu sous Obama, et l’un des éléments qui avaient contribué à son échec par la suite.
Donald Trump se retrouve donc face à un dilemme politique. Plus l’accord final ressemblera à celui de 2015, plus il lui sera difficile d’expliquer pourquoi une guerre était nécessaire. Même les opposants à l’accord de l’époque reconnaissent que la situation actuelle n’est guère meilleure. L’Iran possède toujours de l’uranium enrichi.
Le régime est resté en place malgré les frappes massives américaines et israéliennes. Quant aux questions essentielles, elles n’ont pas été réglées, mais renvoyées à de nouvelles négociations. Sur CNN, le spécialiste de l’Iran Karim Sadjadpour évoque ainsi un simple retour à une forme de «guerre froide» entre Washington et Téhéran. Les dossiers les plus sensibles, eux, ont simplement été reportés.
Inquiétudes en Israël
La situation est particulièrement délicate pour Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a justifié la guerre par la volonté d’éliminer définitivement la «menace existentielle» que représenterait l’Iran. Cette menace ne concernait pas seulement le programme nucléaire iranien, mais aussi l’arsenal de missiles du pays et son soutien à des groupes alliés comme le Hezbollah, le Hamas et les rebelles houthis.
Or, ces sujets sont à peine évoqués dans les grandes lignes de l’accord connues à ce jour. De quoi susciter une vive inquiétude en Israël. Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid a évoqué un possible fiasco en matière de sécurité. L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman a, lui, qualifié les informations disponibles sur cet accord de «catastrophe».
La question du Liban
Un autre point de désaccord concerne le Liban. L'Iran et les pays médiateurs estiment que le cessez-le-feu devrait également s'appliquer aux combats entre Israël et le Hezbollah. Or, Israël ne l'a pas encore confirmé. De ce fait, beaufouc d'observateurs redoutent que de nouvelles attaques au Liban fassent capoter l'accord.
Des prix en hausse
Or, Trump a absolument besoin de résultats positifs. La guerre a fait grimper les prix du pétrole et l'inflation, mettant à rude épreuve l'économie américaine. L'ouverture du détroit d'Ormuz pourrait apaiser les marchés de l'énergie et offrir au président un répit politique sur le plan intérieur. Mais un simple soulagement économique ne suffit pas à justifier le coût politique de la guerre.
En fin de compte, Donald Trump sera jugé sur sa propre promesse: négocier un meilleur accord qu’Obama. Seulement, tout porte à croire que la différence majeure réside moins dans le contenu que dans le prix. Obama a obtenu son accord après des années de négociations.
Après la guerre, le blocus, des milliers de morts et d’énormes dégâts économiques, Trump pourrait aboutir à une solution étrangement similaire à celle de son prédécesseur tant décrié. Dès lors, au regard de ses propres objectifs, il aurait clairement échoué.