La Suisse revient sur le devant de la scène internationale à propos de la guerre en Iran. La Confédération, qui représente depuis 1980 les intérêts des Etats-Unis auprès de la République islamique, pourrait devenir la puissance garante du futur accord susceptible d'être signé sur son territoire le 19 juin.
Attention: rien n'est fait. L'annonce d'une signature vendredi prochain a jusque-là été seulement annoncée par Donald Trump. Pour le reste, tout est flou. Il pourrait s'agir d'une signature électronique, ce qui éviterait un contact direct entre les signataires. Pourquoi la Suisse alors? Parce que la plateforme électronique utilisée serait mise à disposition par les autorités helvétiques. Son signataire, côté américain, devrait être le vice-président JD Vance. Ce dernier succéderait, sur le territoire suisse, à Donald Trump, qui transitera par Genève ce lundi 15 juin pour se rendre au sommet du G7 d'Evian, via l'aéroport de Cointrin.
Ce retour au premier plan de la Suisse est, a priori, une victoire diplomatique. Il devrait entraîner, pendant soixante jours, des pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis afin de mettre en œuvre cet accord de principe dont le but est avant tout de mettre fin aux hostilités entamées le 28 février par les Etats-Unis et Israël. Cela ramènera la cité de Calvin à ce qu'elle a connu dans les années 1990 sur les Balkans, pour mettre fin au conflit dans l'ex-Yougoslavie: d'interminables discussions entre belligérants.
Le rôle historique de Genève
Autre rappel: c'est également à Genève et à Lausanne que fut négocié, entre 2013 et 2015, un accord préliminaire sur le programme nucléaire iranien. Une première conférence s'était tenue en 2013 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Allemagne (dits les «P5+1»), d'autre part. Une autre rencontre avait eu lieu à Lausanne en avril 2015. Ces discussions avaient pavé la voie à la rencontre de Vienne, conclue par un accord «historique» entre l’Iran et les P5+1 pour encadrer le programme nucléaire de la République islamique : le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action). Accord dénoncé le 8 mai 2018 par Donald Trump, élu président pour la première fois en 2016.
La Suisse, qui remplit depuis 1980 sa mission de bons offices, jouerait en quelque sorte le rôle de gardien et de garant de ce futur accord de principe dont les modalités et le texte exact n'ont pas encore été communiqués. C'est à Genève, ironie du calendrier, que se déroulaient les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis, à l'invitation du sultanat d'Oman, lorsque les premières frappes ont eu lieu le 28 février.
Ormuz, ce verrou
Un point crucial de cet accord sera discuté ce mardi 16 juin à Evian, lors du sommet du G7 : le déblocage du détroit d'Ormuz, où les pays européens devraient déployer une opération de sécurisation maritime, comme ils s'y sont engagés s'ils obtiennent des «garanties» de non-reprise des hostilités. La discussion sur ce sujet devrait avoir lieu en présence de Guy Parmelin, président de la Confédération, invité exceptionnellement aux échanges avec plusieurs grands pays du golfe Persique conviés au sommet. Israël, en revanche, sera absent de ce G7, qui acte l'isolement de l'Etat hébreu, confronté à un cessez-le-feu que le gouvernement de Benjamin Netanyahu se retrouve forcé d'accepter.