Eleonore Caroit reste diplomate. Pas question de montrer, comme d'autres le font à Paris, énervée par les réactions suisses face au G7 d'Evian. Tout comme son ministre de tutelle, le chef de la diplomatie français Jean-Noël Barrot. En charge des Français de l'étranger et des partenariats internationaux au Quai d'Orsay, cette Franco-suisse bien connue des lecteurs de Blick, refuse la caricature d'un sommet du G7 infligé aux Helvètes. Faire payer la Suisse? C'est n'importe quoi, répond-elle catégoriquement.
Eléonore Caroit, ce G7 nourrit la colère des Suisses envers la France. Vous le savez. Vous l'entendez. C'est exagéré, selon vous? Voire problématique?
J’entends les inquiétudes et je ne vais pas les balayer d'un revers de main; nous les prenons au sérieux. La Suisse est mobilisée pour un événement organisé sur le sol français, et il y a des enjeux pour les habitants de Genève et du canton de Vaud. Oui, cela mérite qu'on l'entende. Mais la coopération entre nos deux pays sur ce sommet est étroite, rigoureuse et professionnelle. Un protocole a été approuvé par le Conseil fédéral le 5 juin. Ce n'est pas une France qui impose, c’est deux pays voisins qui travaillent ensemble. Enfin, la France organise régulièrement de grands sommets internationaux, à Paris comme ailleurs sur le territoire – Lyon, Biarritz… – et il est faux de dire que le choix s’est porté sur Evian pour faire supporter une partie des coûts à la Suisse.
Vous connaissez très bien Genève et la Suisse. Le gouvernement français a-t-il sous-estimé le souvenir de 2003? On parle déjà de facture, d'additions sécuritaires... Au fait, à quoi sert le G7, et particulièrement celui-ci?
Le souvenir de 2003 est légitime et nous ne l'avons pas sous-estimé. C'est pour en tirer les leçons qu'un accord bilatéral a été conclu dès 2007 pour encadrer ce type de coopération sécuritaire. Sur l’utilité du G7: nous sommes dans un monde fracturé où le multilatéralisme est attaqué de toutes parts. Dans ce contexte, réunir les grandes puissances pour coordonner nos positions et nos actions sur le développement, le commerce et la paix est indispensable. Genève, qui est la capitale mondiale du multilatéralisme, le sait mieux que quiconque et peut peut-être aussi y trouver son intérêt.
La Suisse a, de plus en plus souvent, l'impression d'être malmenée par la France et ses voisins européens. Comment l'éviter?
Cette impression, je ne souhaite pas qu’elle s’installe, car je suis attachée à la relation entre nos deux pays, étant moi-même de nationalité française et suisse et ayant vécu longtemps à Genève! Toutefois, elle dit quelque chose de vrai : tout pays ressent les décisions de ses voisins. Et sur ce point, je peux entendre l’inquiétude. La bonne façon d'éviter ces frictions, c'est le dialogue, systématique, à tous les niveaux. C'est ce que nous faisons. La France et la Suisse partagent trop d'histoire, de valeurs et d'intérêts pour se laisser abîmer par des questions de méthode.
Emmanuel Macron a réussi sa visite en Suisse en 2023. Quelque chose s'est-il cassé depuis?
Je ne le crois pas. La visite de 2023 a renforcé notre relation bilatérale. Cette relation est toujours solide: le président de la République et le président de la Confédération se sont encore parlé en Arménie, en marge du Sommet de la Communauté politique européenne. Guy Parmelin est aussi invité à une partie du sommet du G7. Mais, vous savez, je pense que la confiance entre Etats ne se décrète jamais une fois pour toutes: elle se construit à chaque décision, à chaque geste. Le choix d'Evian était ambitieux et a suscité des remises en question. Il faut maintenant, ensemble, le faire rayonner. Ce G7, s’il est bien organisé, peut y contribuer.
Il reste une année avant l'élection présidentielle de 2027. Faut-il accroître le dialogue entre les deux pays?
Oui, sans hésitation et indépendamment de toute échéance électorale, d'ailleurs. La France et la Suisse sont liées par une géographie, une histoire et des valeurs qui dépassent les agendas politiques. Ce qui se joue en ce moment autour du G7 montre que les mécanismes de consultation entre nos deux pays doivent être renforcés et rendus plus réguliers. Je suis attachée à cette amitié et je refuse la posture de l'indifférence. Nous nous parlons en permanence et il faut que cela continue. A fortiori dans les moments de doute. Restons raisonnables: les caricatures et les raccourcis ne servent pas les bonnes relations indispensables entre nos deux pays.