«Une ville en état de siège»
G7: Genève cède-t-elle à la psychose des barricades?

A Genève, les barricades se multiplient avant la manifestation anti-G7 de dimanche. Mauro Poggia dénonce une «psychose ambiante», tandis que le Conseil d’Etat défend des mesures de protection ciblées.
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Des bâtiments de l'administration cantonale se barricadent contre le cortège No-G7 prévu dimanche.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

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  • Genève se prépare à accueillir une grande manifestation anti-G7 le 14 juin, avec d'importantes mesures de sécurité mises en place par la police, l'armée et les autorités locales. Les vitrines et bâtiments sensibles sont protégés, créant une impression de ville en état de siège.
  • Mauro Poggia critique ces mesures, les qualifiant de «dérive psychotique» et de symbole d'un manque de confiance dans les forces de l'ordre. Il appelle à éviter de stigmatiser les manifestants pacifiques, tout en reconnaissant le risque de débordements.
  • Le Conseil d’Etat genevois défend ces précautions en invoquant la protection du patrimoine et des bâtiments sensibles. Quelque 4000 militaires et des renforts policiers d'autres cantons sont mobilisés pour garantir la sécurité, bien que l'absence totale de violence ne puisse être assurée.
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Solène MonneyJournaliste Blick

A mesure que le G7 approche, Genève se barricade. A quelques jours de la grande manifestation anti-G7 prévue dimanche 14 juin, les protections se multiplient devant les vitrines, les bâtiments publics et les institutions. Ce qui surprend, cette fois, ce n’est pas seulement la réaction des commerçants: l’Etat aussi s’y met, du Canton à la Ville.

La scène étonne d’autant plus qu’un dispositif sécuritaire XXL a déjà été déployé. Police genevoise renforcée par des agents venus de toute la Suisse, mobilisation de l’armée avec quelque 4000 militaires, camions à eau, policiers allemands et contrôles très stricts aux frontières: Genève se prépare à un week-end sous haute tension.

Cette atmosphère n’a pas manqué de faire réagir Mauro Poggia. Sur LinkedIn, le conseiller aux Etats MCG a dénoncé «une dérive psychotique», photo à l’appui: celle d’un bâtiment cantonal dont les fenêtres, et même la porte, ont été condamnées. «L’image que l’on donne de notre ville en état de siège est peu rassurante, non seulement pour les habitants, mais aussi pour la démocratie elle-même», confie-t-il à Blick.

Incapable de protéger?

«Cela entretient une anxiété ambiante, fondée certes sur une expérience passée, mais aussi sur un manque de confiance inquiétant dans la capacité de nos forces de l’ordre à protéger les personnes et les biens», estime Mauro Poggia. L’élu dit comprendre que des protections soient installées le long du parcours de la contre-manifestation du 14 juin. Mais, selon lui, la logique ne tient plus pour les bâtiments qui ne s’y trouvent pas. «Ailleurs, nous devons faire confiance à nos forces de l’ordre. Nous n’avons pas à nous barricader.»

A ses yeux, la Ville et le Canton de Genève devraient montrer l’exemple, plutôt que de participer à ce qu’il perçoit comme «l’expression d’une crainte». «Le signal donné à la population, c’est: 'Même nous, qui devons vous protéger, avons peur de ne pas pouvoir le faire.' Ce n'est ni rassurant, ni judicieux.»

Mais après le traumatisme du G8 de 2003, marqué par des vitrines brisées et des scènes de pillage, ces précautions ne sont-elles pas compréhensibles? Mauro Poggia ne nie pas le risque. Il conteste surtout le symbole. «En Vieille-Ville, qui est le cœur du pouvoir de l’Etat, là où se trouvent l’administration et le gouvernement, se barricader donne l’impression que l’on pense ne pas être capable de protéger notre ville.»

L’ancien conseiller d’Etat dénonce aussi le coût et l’image renvoyée par ces protections. «Avec la police, les renforts des autres cantons et l’armée, venir en plus se barricader, c’est totalement disproportionné. C’est une psychose ambiante.» Et d’ajouter: «Le préjudice est déjà énorme. Ce n’est pas seulement le coût de ces barricades, c’est aussi le préjudice d’image que l’on se cause à nous-mêmes.»

Le Conseil d'Etat réagit

Interrogé à ce sujet lors de sa conférence de presse du mercredi 10 juin, le Conseil d’Etat rejette l’idée d’un manque de confiance envers le dispositif sécuritaire. «Ce n’est pas une absence de confiance dans le rôle de l’Etat, mais ce sont des bâtiments sensibles», ont défendu les autorités genevoises.

Le Canton justifie ces mesures par la nécessité de protéger le patrimoine, notamment certaines «portes anciennes» et des bureaux qui auraient pu être «accessibles en cas de bris». Les autorités réaffirment toutefois leur confiance dans le dispositif: «Il y a énormément de bâtiments de l’Hôtel de Ville qui restent sans rien. Le but n’est pas de se barricader.» Malgré ce dispositif hors norme, le Conseil d’Etat avait déjà rappelé qu’il n’était pas possible de garantir l’absence totale de dégradations, même si tout était mis en œuvre pour les éviter.

Quand les réseaux sociaux s'en mêlent

Ces derniers jours, les images de bâtiments barricadés se multiplient sur les réseaux sociaux. Filmées au centre-ville, avec en fond des musiques aux airs inquiétants, elles donnent l’impression d’une Genève en état de siège. De quoi accentuer encore l’anxiété générale, selon Mauro Poggia. «On a l’impression que Genève est une ville morte», souffle-t-il.

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Plusieurs élus de droite ont également relayé des photos de bâtiments protégés pour dénoncer la tenue de la contre-manifestation et le risque de violences. Mais Mauro Poggia refuse de réduire les manifestants à des casseurs. «Les organisateurs et la grande majorité des manifestants ne sont pas des voyous. Il faut arrêter de mettre tout le monde dans le même panier», insiste-t-il.

«On devrait tous être de gauche»

L’élu dit même partager certaines critiques portées par les manifestants pacifiques. «Si venir demander un monde plus juste et qu’un type comme Trump cesse de diriger et d’écraser le monde, c’est être de gauche, alors on devrait tous être de gauche», lâche-t-il. Mais il reste convaincu que des casseurs tenteront de s’infiltrer dans le cortège. Et, selon lui, le service d’ordre interne de la coalition No-G7 ne suffira pas à les contenir. «C’est pour cela qu’il faut des forces de l’ordre, la police et aussi l’armée, en espérant que l’effet de dissuasion sera suffisant.»

De là à rejoindre le cortège dimanche? «Non, certainement pas. Je ne veux pas être la caution de potentiels de casseurs», répond Mauro Poggia. Avant de nuancer: «La majorité des personnes qui se déplacent le font par conviction. Ce sont des gens avec qui je pourrais parfaitement boire un verre. Mais me trouver au milieu d’une manifestation, et donner une caution à ce qui pourrait dégénérer, je ne le ferai pas.»

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