Ce jeudi 11 juin, les autorités suisses avaient donné rendez-vous à la presse à l’aéroport de Genève pour présenter, en grandes pompes, le dispositif sécuritaire prévu en marge du sommet du G7 à Evian-les-Bains. Mais derrière la démonstration de force, un peu bancale, et les discours appuyés sur la collaboration presque parfaite entre les différentes autorités, un autre message s’est imposé. Et celui-ci était clairement adressé à Paris.
La France refuse pour l'heure de verser le moindre centime à la Suisse, alors même que l’organisation du sommet débordera largement de ce côté-ci de la frontière. Une situation que les autorités suisses ont manifestement du mal à avaler.
Une présentation râtée, mais...
Dès l’arrivée à l’aéroport de Genève, le décor est posé. Une nuée de journalistes suisses et internationaux a répondu à l’invitation de la police genevoise, venue présenter le «contexte général, les préparatifs, les enjeux sécuritaires, la mise en place des dispositifs et les informations nécessaires». Sur le papier, l’exercice devait être millimétré. Dans les faits, il l’a été un peu moins.
Après avoir d’abord été dirigés au mauvais endroit, les médias sont finalement accueillis dans une salle vide, sans tables ni chaises. Seul un pupitre trône dans un coin de la pièce, devant lequel les autorités cantonales et fédérales se succèdent en rang serré. Leurs prises de parole sont régulièrement couvertes par le grondement des avions au décollage ou à l’atterrissage. Pour l’organisation, on repassera. Mais la symbolique de l’aéroport a visiblement primé sur le confort minimal.
Reste que ces flottements logistiques passent vite au second plan. Très rapidement, le ton se durcit à l’égard du gouvernement français. Les autorités ont souligné que le manque de collaboration financière a créé des tensions entre les deux pays.
Une décision irrévocable?
«Nous avions demandé deux choses à la France: la participation aux frais et qu’elle accepte la responsabilité de son choix en permettant d’accueillir un lieu d’expression sur son territoire. Force est de constater, après six mois de discussion, qu’au niveau de ces deux attentes, nous restons sur notre faim. C’est un regret de ne pas avoir réussi à atteindre un tel niveau de collaboration avec la France», martèle la conseillère d’Etat genevoise Carole-Anne Kast, chargée de la sécurité.
Juste avant elle, Alain Gaschen, délégué du Conseil fédéral pour le G7, avait déjà rappelé la position suisse. «Nous avons demandé à la France qu’elle assume son rôle d’hôte au niveau financier.» L’ambassadeur souligne toutefois que la collaboration opérationnelle se passe très bien avec nos voisins. Mais sur la répartition des coûts, aucun accord n’a été trouvé à ce jour.
Et la porte semble désormais fermée. Selon Alain Gaschen, la décision française est irrévocable, rapportent nos confrères de 20 minutes. «Il n’y aura pas de négociations ultérieures à ce sujet», lâche-t-il. Une déclaration qui tranche avec les propos tenus fin mai par Guy Parmelin. Le président de la Confédération affirmait alors que les discussions se poursuivaient et se disait convaincu qu’une solution serait trouvée.
Les miettes pour Parmelin
Peut-être pourra-t-il tout de même glisser quelques mots à Emmanuel Macron pendant le sommet. Car si la France refuse toute participation financière, elle a, dans un geste magnanime, accepté que Guy Parmelin participe à «quelques segments» du G7.
Certains y verront le strict minimum. D’autres estimeront que la place est chère payée, au vu des montants engagés par la Suisse pour sécuriser l’événement, alors même que l'événement lui a été imposé sans concertation en amont. Rien que pour l'aspect sécuritaire des cantons de Genève, Vaud et Valais, les premières estimations évoquent une facture comprise entre 24 et 25 millions de francs. Ces cantons ne devraient toutefois pas assumer seuls cette lourde charge. La Confédération les soutiendra financièrement à hauteur de 80%.
La facture risque de grimper
Ce montant ne comprend pas la mobilisation de 4000 militaires. Interrogée par Blick, l’armée assure toutefois que «les frais supplémentaires seront marginaux». La police genevoise aura aussi recours à du renfort venu d’Allemagne, avec la location de camions à eau et l’appui de policiers. Pour des raisons de sécurité, elle n’a pas souhaité communiquer davantage de chiffres à ce stade.
A cela s’ajoute une autre inconnue: les éventuelles dégradations liées aux mobilisations anti-G7. A Genève, le canton a déjà décidé de débloquer une enveloppe de 6 millions de francs pour soutenir les commerçants qui subiraient des dégâts entre le 12 et le 18 juin en lien avec le sommet.
Paris a toutefois pris une décision susceptible de limiter la pression sécuritaire côté suisse. Toutes les délégations dormiront sur sol français. De quoi ne pas ajouter un poids à la facture déjà élevée.
Reste une image, au fond, assez parlante: celle d’un sommet organisé en France, mais dont une partie du poids sécuritaire repose sur les épaules suisses. A Genève, les avions décolleront, les délégations transiteront, les policiers patrouilleront et les commerçants retiendront leur souffle. Paris, elle, ne sortira pas le carnet de chèques. De quoi laisser, côté suisse, un goût amer au moment même où les autorités assurent que la coopération transfrontalière fonctionne à plein régime.