En bref
- Le sommet du G7 se tiendra à Evian-les-Bains, en France, du 15 au 17 juin 2026, mais la Suisse, notamment les cantons de Genève, Vaud et Valais, sera en première ligne pour assurer la sécurité, mobilisant environ 4000 militaires et des forces policières supplémentaires.
- Les cantons touchés ont donné les premières estimations des coûts sécuritaires. La Confédération devrait couvrir les frais dans ce domaine jusqu'à 80%.
- L'impact économique pourrait dépasser les estimations, Genève ayant déjà alloué 6 millions de francs pour indemniser d'éventuels dégâts liés au sommet.
Le G7 d’Evian-les-Bains approche à grands pas, et la facture s’annonce très salée pour la Suisse. Du 15 au 17 juin prochain, les dirigeants les plus puissants de la planète se réuniront à quelques kilomètres seulement de la frontière helvétique. Officiellement, le sommet se tiendra en France. Mais sur le terrain, la Suisse sera elle aussi en première ligne durant une dizaine de jours.
Genève, Vaud et le Valais se préparent donc à un dispositif hors norme: contrôles renforcés aux frontières, mobilisation policière, appui intercantonal, engagement prévu d’environ 4000 militaires. Autour de cette grand-messe diplomatique, la sécurité s’annonce XXL.
Et elle aura un coût... et pas des moindres. Entre 24 et 25 millions de francs, rien que pour la sécurité des trois cantons concernés, selon leurs premières estimations. Un montant déjà conséquent, qui pourrait encore grimper et devrait pour l'heure être assumé par les contribuables suisses. Car comme vous le rapportait Blick la semaine dernière, Emmanuel Macron aurait décidé d’organiser le G7 à Evian-les-Bains sans avertir en amont les autorités suisses. Et pour l’heure, Paris ne semble pas décidé à mettre la main au porte-monnaie pour les frais engagés côté suisse.
Tous les Suisses passeront à la caisse
Mais que comprend réellement cette facture? D’abord, la présence de la police et le renfort des forces venues d’autres cantons dans le cadre d’IKAPOL, le dispositif intercantonal d’appui policier. Genève devrait supporter la plus grosse part de la douloureuse, avec environ 17,5 millions de francs. Le canton de Vaud suivrait avec 5 millions, tandis que le Valais devrait assumer environ 1 million.
Les trois cantons ne paieront toutefois pas seuls. La Confédération a décidé de venir à leur rescousse pour éviter qu’ils ne supportent l’intégralité des coûts sécuritaires liés à ce sommet exceptionnel organisé par la France.
Le Conseil fédéral a en effet qualifié le G7 «d’événement extraordinaire au sens de la législation sur la sûreté intérieure», rappelle le canton de Genève. Concrètement, Berne prendra en charge jusqu’à 80% des coûts de sécurité. Les 20% restants resteront à la charge des cantons.
L'armée en première ligne
Durant le G7, l’armée suisse jouera aussi un rôle central. Elle ne se contentera pas d’envoyer des militaires en renfort. Elle reprendra plusieurs missions très concrètes, à commencer par la protection de l’espace aérien. Surveillance du ciel, police des airs, sécurité aérienne et dispositifs anti-drones.
L’armée assumera également certaines missions de protection de sites sensibles, notamment les missions diplomatiques, les consulats et certaines infrastructures importantes. En temps normal, ces tâches relèvent du canton. Mais dans ce contexte exceptionnel, elles pourront être temporairement reprises par l’armée. A cela s’ajoutent la sécurité lacustre, la cybersécurité, la protection des infrastructures critiques, la communication, l’image de l’Etat ainsi que le renforcement des frontières via l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières.
Mais combien coûtera ce dispositif militaire? Pas grand-chose de plus que d’habitude, assure l’Armée suisse. Interrogé par Blick, Stefan Hofer, son porte-parole, parle de «frais supplémentaires marginaux». En clair: les militaires mobilisés auraient de toute façon accompli leur cours de répétition annuel. Cette fois, ils le feront en partie entre Genève, Vaud et le Valais.
La facture grimpe
Reste que les montants articulés par les cantons ne couvrent pas tout. L’estimation de 24 à 25 millions de francs concerne uniquement le volet sécuritaire. A Genève, le canton a déjà décidé de débloquer une enveloppe de 6 millions de francs pour soutenir les commerçants qui subiraient des déprédations entre le 12 et le 18 juin en lien avec le sommet du G7.
Il semblerait que le traumatisme de 2003 refait surface. Cette année-là, le G8 d’Evian avait laissé des traces côté suisse, avec des vitrines brisées, des scènes de pillage et des dégâts importants pour certains commerces. Le Conseil d’Etat genevois ne veut pas revivre le même scénario sans réclamer des comptes. Sur son site internet, il appelle la France à «assumer sa part de responsabilité» et annonce qu’il demandera le remboursement des montants versés par l’Etat aux entreprises. Pour cela, Genève entend agir de concert avec la Confédération.
Mais cette enveloppe de 6 millions ne couvre pas tout non plus. Elle ne comprend pas le manque à gagner des entreprises, ni les frais engagés en prévention, comme l’installation de barricades ou de protections temporaires. Pour certaines enseignes, la facture peut rapidement dépasser les 10’000 francs.
Difficile de dire aujourd’hui si le montant débloqué par le canton sera suffisant. Et s’il ne l’est pas, qui couvrira la différence? Le contribuable genevois? Les assurances? Les commerçants eux-mêmes? La France? Pour l’heure, la question reste ouverte.
Encore de nombreuses zones d’ombre
A ce stade, il reste donc difficile d’établir le coût total que devra supporter la Suisse. L’exercice est d’autant plus délicat que plusieurs services contactés se renvoient la balle ou restent évasifs aux questions posées par Blick.
Parmi les inconnues figure aussi le coût des canons à eau prêtés par l’Allemagne à la Suisse. Leur présence aura, elle aussi, un prix. Autre question: des policiers allemands viendront-ils prêter main-forte aux forces suisses, comme en 2003? Il y a 23 ans, ils étaient environ un millier à intervenir, avec une quinzaine de canons à eau. Coût de l’opération à l’époque: 4 millions de francs.
Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) se tiennent également prêts. Ils multiplient les préparatifs pour gérer un éventuel afflux de patients en cas de crise.
Macron se «gargarise» de son dernier G7
A titre de comparaison, le dernier G7 organisé en France, à Biarritz en 2019, avait coûté 36,4 millions d’euros, soit environ 33,4 millions de francs suisses. Un montant très inférieur à celui des sommets précédents. L’année d’avant, le sommet organisé par le Canada aurait coûté 270 millions d’euros, selon des sources diplomatiques. «Devant des journalistes, [...] Emmanuel Macron s’en est d’ailleurs gargarisé, expliquant que la France avait réussi à faire mieux avec 'un facteur dix'», écrivait «Le Monde» en 2019.
Fin octobre 2025, l’organisation du G7 d’Evian était budgétée à 20 millions d’euros par l’Etat français. «Ce budget comprend l’ensemble des dépenses afférentes à son organisation logistique, aux réunions diplomatiques préparatoires et aux actions de communication associées à la tenue de cet évènement international», lit-on dans le projet de loi de finances 2026. Reste à savoir si Paris parviendra à respecter cette enveloppe.
A quelques jours du sommet, une chose est déjà claire: même organisé en France, le G7 d’Evian aura un impact très concret en Suisse. Un impact qui se chiffrera en dizaines de millions de francs. Pour les contribuables helvétiques, l’addition pourrait donc être plus lourde qu’annoncée.