En bref
- Mathilde Marendaz, députée vaudoise d'Ensemble à Gauche, a été interpellée le 14 juin à Genève lors d'une nasse policière mise en place après la manifestation contre le sommet du G7. Elle dénonce un dispositif de sécurité «ahurissant et ridicule», ayant conduit à la rétention de 300 personnes jusque tard dans la nuit et jusqu'au matin pour certaines.
- La députée affirme avoir été menottée et retenue malgré sa coopération et son statut connu des forces de l'ordre. Elle critique une gestion policière inefficace, marquée par des malaises et un manque d'eau pour les personnes nassées.
- Sur les 300 personnes bloquées, seules trois arrestations ont été effectuées. Mathilde Marendaz va probablement porter plainte pour séquestration et violation des droits, dénonçant un gaspillage des ressources publiques et une tentative d'intimidation des manifestants.
La vidéo dans laquelle Mathilde Marendaz, députée vaudoise d'Ensemble à Gauche (EàG), exhorte un policier visiblement agacé de lui expliquer les raisons de la mise en place d'une nasse, a pris d'assaut les réseaux sociaux. Dans le sillage de l'immense manifestation organisée le 14 juin à Genève, en signe de protestation face au sommet du G7, l'élue de 28 ans s'est retrouvée dans la nasse ayant retenu des centaines personnes au coeur de la nuit. Menottée, puis emmenée au poste de la Gravère, elle a finalement pu rentrer chez elle, épuisée et scandalisée par un dispositif de sécurité qu'elle estime «ahurrissant et ridicule».
Après le cortège autorisé, la Vaudoise s'était installée dans le parc de la Perle du lac avec des amis, dans l'idée de terminer la journée de manière conviviale, les pieds dans l'eau. Vers 19h30, le groupe décide de rentrer et se dirige tranquillement vers l'endroit où est garée leur voiture. Or, à ce moment-là, il n'est déjà plus possible de quitter les lieux: «Les policiers laissaient partir les gens au compte-goutte, en les sélectionnant de manière aléatoire, à la tête du client, raconte Mathilde Marendaz. Ils nous ont indiqué qu’il fallait descendre vers le sud du parc, mais tout y était encerclé et bloqué. Certaines personnes ont réussi à partir en longeant les quais, mais tout l’espace était presque totalement bouclé.»
Une fois dans la nasse, la députée constate qu'elle est entourée de personnes qui ne participaient plus ou n'avaient jamais participé à la manifestation, dont des touristes, des baigneurs et l'équipe d'une buvette voisine... «Il aurait été possible de nous contrôler rapidement, puisque tout le monde coopérait», s'étonne-t-elle. Or, la mise en place de la nasse s'étend jusqu'au milieu de la nuit. Et bien au-delà, pour certaines personnes, finalement libérées aux alentours de 8h du matin.
«Plusieurs personnes faisaient des malaises»
«Nous avons passé quatre ou cinq heures sans eau, déplore Mathilde Marendaz. A minuit, six bouteilles devaient être partagées entre environ 300 personnes. Des gens faisaient des malaises. Mes proches et moi-même avons pu quitter la nasse vers 3h30 du matin, mais le processus était incroyablement lent. Je suis sortie parmi les premiers pour réaliser un contrôle d'identité.»
Or, ayant perdu sa carte d’identité, la Vaudoise n'est en mesure de présenter que sa carte de députée au Grand Conseil. «Les agents ont laissé partir mes amis, avant de m’annoncer que je devais aller en rétention, poursuit-elle. Connaissant bien les droits de la manifestation, j’ai immédiatement demandé aux agents de me notifier la base légale justifiant ce que je considérais comme une détention arbitraire. On m’a vaguement expliqué qu'il s'agissait d'une question de vérification de mon identité, alors que l’un des agents de police m’avait reconnue et affirmé qu'il savait qui j’étais. J’ai aussi été menottée dans le fourgon, alors que j’étais tout à fait coopérante.»
Une fois au poste de la Gravière, la députée est soumise à un contrôle basique, avec réalisation d’empreintes, avant d'être libérée après 20 minutes. «La policière qui a réalisé ce contrôle était stupéfaite de cette procédure et ne comprenait pas qu'on m'avait emmenée là, alors que j'étais tout à fait identifiable», observe-t-elle.
«Le procureur n'a pas supporté que la manifestation ait lieu»
Pour notre intervenante, le dispositif de sécurité semblait non-professionnel et hautement inefficace, puisque seules trois arrestations ont été réalisées, sur des centaines de personnes nassées. «Tout ce dispositif juste pour emmener une députée au poste et nasser les organisateurs qui avaient négocié le tracé de la manifestation? s'insurge-t-elle. Pour moi, nous avons assisté à une démonstration de force du procureur général, Olivier Jornot, qui a tenté de décrédibiliser une manifestation historique, venue contester un sommet perçu comme un ordre injuste de violences et de guerres. Le procureur n’a pas supporté que, malgré des mois d’intimidation, nous ayons tout de même été des dizaines de milliers à porter l’espoir d’un monde plus juste.»
Contacté, le Ministère public renvoie à la communication de la police genevoise. Dans un message adressé aux médias, la commandante Monica Bonfanti confirme que le procureur général Olivier Jornot a effectivement validé «les modalités» des contrôles d’identité des manifestants pris dans la nasse.
Par ailleurs, Mathilde Marendaz s'interroge sur le gaspillage du temps des agents de police et «sur la manière dont l’argent public est utilisé pour des opérations aussi inefficaces et mal menées». La députée a prévu de donner suite à cette affaire et va probablement porter plainte pour séquestration, violation massive des droits et atteinte arbitraire aux droits de personnes innocentes.