C’est le mot qui résume, en français, toutes les ambiguïtés européennes: «Garanties». Que veut dire ce terme que l’entourage du président français brandit comme indispensable avant de décider une intervention maritime dans le détroit d’Ormuz?
Utilisé la semaine dernière lors d’un échange d'une source élyséenne avec les journalistes, le mot «garanties» signifie, concrètement, que les Européens pourraient envoyer une force navale dans le détroit d’Ormuz sans un cessez-le-feu en bonne et due forme, et surtout sans un accord de paix entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël. Il leur suffirait en théorie que les Iraniens et les Américains s’engagent à ne pas mettre en danger les navires battant pavillon européen. Possible alors que Téhéran a directement menaçé Paris et Londres, qui organisent à nouveau ce mardi 12 mai au Royaume uni une conférence en vue d'un tel déploiement?
L’exemple de la mer Rouge
La réalité est que les Européens ont déjà les plans d’une intervention maritime pour sécuriser le passage du détroit d’Ormuz. Leur modèle est celui de l’opération Aspides, menée depuis 2024 par l’Union européenne en mer Rouge, pour escorter les navires marchands à portée de tirs des Houthis, la milice chiite pro-iranienne qui contrôle une partie du Yémen. Le plan est simple: il s’agit d’offrir aux tankers et aux porte-conteneurs désireux de traverser le détroit de Bab el-Mandeb en toute sécurité une protection militaire.
Aujourd’hui, vu le déploiement de l’armada aéronavale américaine dans la région, cette opération Aspides a perdu son sens. Mais le savoir-faire est là. Il est possible de la rééditer dans le détroit d’Ormuz.
Un blocus mal en point
L’autre évidence est que les pays européens auront beaucoup de mal à supporter, sur le plan économique et énergétique, un blocage durable de ce détroit que l’US Navy bloque, sans parvenir à faire passer les navires en provenance et à destination des pays du Golfe. Leurs économies sont menaçées par la «stagflation», une stagnation des échanges commerciaux doublée d'une inflation des prix, dopés par les tarifs de l'énergie. Et s'ils ne font rien, le statu-quo peut devenir économiquement très dangereux.
Lorsque Donald Trump a décidé, le 13 avril, d’un blocus naval de l’Iran, ce qui a conduit à l’interception et à l’arraisonnement d’une soixantaine de navires depuis lors, l’idée était en effet celle d’un barrage filtrant.
Tous les bateaux en provenance ou en direction des ports iraniens devaient être stoppés, tandis que les autres pouvaient passer, afin de redonner de l’oxygène économique aux pays asphyxiés comme le Qatar, les Emirats arabes unis ou Bahreïn. Le projet américain était aussi de «libérer» les 20'000 marins bloqués sur leurs navires à l’ancre au large des pays du Golfe depuis le 28 février.
Echec! Lorsque des destroyers américains pourtant lourdement armés ont essayé d’escorter des navires marchands ces derniers jours, les tirs iraniens les ont vite dissuadés. Le contre-blocus de Téhéran ruine le blocus de Trump, même si l’Iran en subit de graves conséquences économiques.
Résultat: la France et le Royaume-Uni, qui prendraient la tête d’une opération maritime de sécurisation du détroit d’Ormuz, ont besoin d’agir. Or une résolution des Nations unies pourrait ouvrir la voie dans les prochains jours à une telle opération. Le 7 mai, Bahreïn et les Etats-Unis ont mis sur la table un nouveau texte (un premier avait été rejeté en avril) appelant l’Iran à cesser ses attaques dans le détroit d’Ormuz. Il est soutenu par le Koweït, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis.
Résolution 2817
Il s’appuie sur la résolution 2817 du Conseil de sécurité, adoptée le 11 mars 2026. Celle-ci condamnait «les frappes menées par l’Iran contre ces pays; estimait que ces actes constituaient une violation du droit international ainsi qu’une grave menace pour la paix et la sécurité internationales; déplorait que des infrastructures civiles aient été visées et que les attaques aient causé des victimes civiles; et exigeait que l’Iran cesse immédiatement ses attaques contre ces pays et respecte pleinement ses obligations en vertu du droit international».
Le texte condamnait aussi «toute action ou menace de l’Iran visant à fermer ou entraver la navigation internationale à travers le détroit d’Ormuz».
Le nouveau texte qui circule à l’ONU demande à l’Iran «de cesser immédiatement toutes les attaques et menaces contre les navires marchands et commerciaux dans le détroit d’Ormuz, d’abandonner la pose de mines et tout projet de perception illégale de péages» dans ce passage maritime critique.
S’il est adopté – sorte de monnaie d’échange pour Téhéran dans le cadre de l’avancée des pourparlers avec les Etats-Unis avant la visite officielle de Donald Trump en Chine les 14 et 15 mai – une brèche serait donc ouverte dans la bataille du détroit. Les Européens pourraient en tirer les conséquences et proposer alors une mise en œuvre de ce nouveau texte onusien.
Il ne s’agirait plus d’une intervention militaire hostile, mais d’un accompagnement du processus en cours, avec l’accord mutuel des Iraniens et des Américains. Ce qui n’enlèverait rien aux dangers de l’opération navale.
Des péages futurs ? Possible
L’Iran pourrait accepter cette nouvelle donne. Elle n’est pas incompatible avec le lancement d’une «Persian Gulf Strait Authority» (PGSA), apparemment destinée à administrer à l’avenir ce point de passage maritime stratégique, que le régime revendique désormais comme étant sous son contrôle.
L’intervention européenne serait justifiée par l’évacuation des centaines de navires bloqués avec leurs équipages. La question d’un futur péage, que les Européens rejettent, se reposerait ensuite, au fil de négociations entre belligérants.