Il aurait pu imiter Erdogan. En souvenir du sommet de l'OTAN (l'Alliance atlantique, dont la Suisse n'est pas membre), qui vient de s'achever à Ankara, en Turquie, Donald Trump aurait pu faire comme son homologue turc: offrir à ses alliés un revolver chargé «Made in USA». Car regardons les choses en face: sur tous les théâtres, les Européens sont en échec, y compris en Ukraine, où leur soutien à Zelensky a peu payé face à Moscou.
Frapper à sa guise
Premier échec: l'Iran. En décidant de reprendre les frappes, quitte à faire remonter les cours du pétrole et faire plonger (provisoirement) les marchés boursiers, le président des Etats-Unis a démontré que cette guerre suit désormais un seul rythme: le sien. Pragmatique et cynique à souhait, Donald Trump sait que ce conflit ne sera pas gagné et que le régime iranien ne sera pas renversé. Il sait aussi que les négociations entamées avec Téhéran, en vertu de la feuille de route signée le 17 juin, seront très compliquées. Alors il frappe quand bon lui semble, pour redire qu'il est le plus fort. Tant pis pour le détroit d'Ormuz, redevenu impraticable. Tant pis pour ses alliés dépendants du pétrole et du gaz du golfe Persique. Trump n'a même pas voulu l'aide des Européens pour sécuriser ce couloir maritime. Trop tard. Cette guerre continuera à sa guise. Et nous en paierons le prix.
Deuxième échec: l'Ukraine
Se réjouir, comme le font les Européens, du basculement pro-ukrainien de Donald Trump est aller un peu vite en besogne. Oui, le locataire de la Maison Blanche rigole désormais avec le président ukrainien. Oui, il vient d'autoriser l'Ukraine à fabriquer, sous licence, des missiles Patriot. Oui, Trump ne cherche pas à empêcher les frappes en profondeur en Russie, qui font tant de mal à Poutine. Mais, ce faisant, il encaisse et ne perd rien. Les armes américaines sont payées par Kiev avec l'argent des Européens. Les futurs Patriot sous licence seront verrouillés par Lockheed Martin et Raytheon, leurs deux producteurs. Zelensky sera plus reconnaissant que jamais envers l'Oncle Sam et répétera: «Merci, Monsieur le président.» Les Européens? Qu'ils amènent leurs carnets de chèques.
Pas de fracture, mais des factures
Troisième échec: l'OTAN. Le sommet d'Ankara, en Turquie, ne s'est donc pas achevé par une fracture. L'article 5 d'assistance mutuelle entre alliés a été réaffirmé. Mais à quel prix! Trump et ses industriels sont repartis d'Ankara avec 54 milliards de dollars de commandes militaires. Et l'idée d'un pilier européen de défense est plus que jamais évanescente. On ne le dira jamais assez à l'heure du numérique roi: s'ils ne conçoivent pas d'alternatives aux géants de l'armement «Made in USA», les Européens resteront ligotés. Même l'Espagne, que Trump a de nouveau menacée, s'est montrée conciliante. Là aussi, le refrain est: «Thank you, Mister President!»
La vérité est que Trump se moque de nous, les Européens. Avoir, en apparence, reculé sur le Groenland ne signifie pas qu'il va desserrer son étreinte sur des alliés qu'il tient aussi par la menace russe. Quoi de mieux, en effet, que de laisser la Pologne et les pays baltes affirmer que Poutine va les attaquer? Quoi de plus efficace qu'une Russie acculée, donc plus belliqueuse, pour convaincre les membres de l'OTAN de ne pas ruer dans les brancards? Trump nous tient en laisse. La neutralité de la Suisse ne nous permet même pas de desserrer l'étreinte, vue notre dépendance technologique et militaire. Nous, Européens, ne sommes pas capables, aujourd'hui, de rompre cette corde qui nous étrangle.