L'Iran est bien placé pour sortir gagnant du très stratégique bras de fer engagé avec les Etats-Unis dans le détroit d'Ormuz. Cette affirmation est souvent reprise, y compris par Blick. Elle correspond à une analyse lucide des rapports de force, compte tenu de la capacité iranienne à bloquer ce détroit maritime crucial et à plonger le monde entier dans une crise économique sans précédent.
Mais si l'on essayait de renverser le raisonnement? Et si l'on considérait les facteurs positifs pour Donald Trump, de plus en plus résolu à poursuivre ses frappes aériennes et à en étendre la portée, avec dans son viseur la destruction d'infrastructures civiles comme les ponts ou les tours de contrôle des ports et des aéroports?
Cette théorie «renversée» pose une question: et si Donald Trump et l'état-major du CENTCOM (Centre de commandement américain pour le Proche et le Moyen-Orient) avaient tendu un piège à l'Iran avec le protocole d'accord du 17 juin, signé à Versailles par le président des Etats-Unis? La réponse est en partie dans les faits.
L'article 5 du mémorandum
Certes, l'Iran a démontré, en frappant des navires marchands qui ne transitaient pas par «sa» route maritime, sa capacité à prendre le contrôle d'Ormuz. Certes, l'article 5 du Memorandum of Understanding – base de travail pour les premières négociations américano-iraniennes de la fin juin au Bürgenstock en Suisse centrale – est mal rédigé. En effet, il demande à l'Iran de «prendre toutes les dispositions nécessaires et mettre tout en œuvre pour assurer, pendant une période limitée à 60 jours, le passage en toute sécurité des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d'Oman, dans les deux sens, sans qu'aucun droit de passage ne soit exigé».
Reste une réalité: ce flou a déclenché, en Iran, une forme d'hubris (sentiment de supériorité), décuplée par les funérailles nationales du Guide suprême Ali Khamenei, qui se sont achevées le 7 juillet. Téhéran a pris le risque de tirer le premier, ce qui donne à Trump un argument en or pour reprendre les hostilités et justifier ses frappes.
Possible piège trumpiste
Deuxième argument en faveur d'un possible piège tendu par Donald Trump: le calendrier. Lorsqu'il signe le fameux mémorandum au château de Versailles le 17 juin, le locataire de la Maison-Blanche a impérativement besoin d'un répit. Il s'apprête à célébrer le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance de son pays, le 4 juillet. Il est également pressé par la FIFA, la Fédération internationale de football, dirigée par son grand ami Gianni Infantino, de laisser la Coupe du monde se dérouler dans les meilleures conditions possibles aux Etats-Unis, mais aussi au Mexique et au Canada.
Aujourd'hui, tout cela est derrière Trump, qui assistera à la finale entre l'Espagne et l'Argentine à New York le 19 juillet. Il peut de nouveau affronter une guerre, à une condition jusque-là respectée: que celle-ci ne fasse pas de victimes américaines. Or c'est le cas: les pertes humaines de la première puissance mondiale depuis le 28 février s'élèvent à (seulement) treize soldats tués.
Le cours du Brent
Troisième carte dans les mains de Trump: le pétrole et les marchés boursiers. En ce 17 juillet, après une nouvelle nuit de frappes, le cours du Brent est de 86 dollars le baril, soit beaucoup plus qu'il y a un mois, mais très loin des 150 dollars atteints au mois de mai.
Or, à 86 dollars le baril, Trump jubile. Son gaz de schiste est rentable. Les Etats-Unis tirent profit de la crise énergétique, même si le risque inflationniste est réel. Et la Russie, pays exportateur, peut elle aussi en profiter. La crise d'Ormuz peut donc constituer un instrument de puissance pour les Etats-Unis dans la région.
La Chine, grande perdante?
Dernier élément: la Chine. A plusieurs reprises, les autorités chinoises se sont alarmées de la reprise des frappes aériennes, ce qui prouve qu'elles leur posent problème, car elles dérèglent le commerce mondial.
Au fond, la guerre que Trump a décidé de reprendre n'est plus seulement une guerre contre l'Iran, mais un conflit destiné à asseoir, sans pertes humaines américaines, la suprématie des Etats-Unis dans cette région essentielle pour la géopolitique mondiale.