Tout se résume à cette scène, photographiée et filmée ces dernières heures: des flammes qui s'échappent du porte-conteneurs M/V GFS Galaxy, battant pavillon chypriote. Parti du port de Jebel Ali, aux Emirats arabes unis, ce navire avait emprunté le «rail» maritime proche des côtes du Sultanat d'Oman, pour sortir sa cargaison du détroit d'Ormuz. Les Iraniens ne l'ont pas accepté. Résultat: un tir ciblé et le feu dans sa salle des machines. Un acte de guerre auquel les Etats-Unis ont immédiatement choisi de répliquer, en frappant plus de 200 cibles en Iran durant le week-end.
Le problème, pour Donald Trump, est que toutes les cibles iraniennes ne se ressemblent pas. Et que toutes n'ont pas le même effet sur la capacité de la République islamique à continuer, ou non, d'imposer sa loi sur le détroit d'Ormuz. Le président des Etats-Unis a besoin, s'il veut faire plier l'Iran et rouvrir pour de bon ce couloir maritime crucial pour le commerce mondial d'hydrocarbures et d'engrais, d'une efficacité maximale de ses frappes. Par exemple, en tapant les infrastructures militaires critiques encore fonctionnelles des Gardiens de la révolution. Voici ce que Trump, pour avoir gain de cause, doit impérativement réussir.
Lanceurs de missiles
Première cible que les avions et les missiles américains doivent éliminer: les lanceurs de missiles à moyenne portée qui permettent à l'Iran de frapper, en riposte, les pays voisins du golfe Persique. Depuis trois jours, le Koweït, le Bahreïn, mais aussi les Emirats arabes unis et même le Qatar (pourtant médiateur des négociations en cours avec le Pakistan) sont touchés par des missiles iraniens. Comment est-ce possible?
Parce que l'Iran, contrairement aux affirmations de l'état-major américain, a conservé des stocks de missiles et des lanceurs, souvent enfouis dans le sol. A l'évidence, les Iraniens ont pu, comme ils l'affirment, reconstituer leurs forces balistiques depuis la trêve qui avait démarré le 8 avril. S'ils n'éliminent pas ces lanceurs, les Américains exposeront de plus en plus leurs alliés régionaux, et leurs bases militaires dans le Golfe, aux tirs dévastateurs de Téhéran.
Seconde catégorie de cibles que l'armada aéronavale doit neutraliser: les bases côtières iraniennes, disséminées le long du détroit d'Ormuz, sur plus de 200 kilomètres. Les Iraniens ont l'avantage du relief montagneux. Souvent, les falaises tombent à pic dans le détroit d'Ormuz. Les montagnes qui surplombent le «rail» maritime iranien, jusqu'à l'île de Kish, sont un terrain propice pour des caches souterraines et des tunnels qui débouchent directement dans la mer d'Arabie.
Si ce chapelet de bases ou de sanctuaires militaires iraniens demeure, le détroit d'Ormuz pourra, à tout moment, se retrouver sous le feu de Téhéran. Mais comment croire que les Américains auront plus de succès en la matière, alors qu'ils ont échoué à neutraliser ces bases lors de la première phase de frappes, entre le 28 février et le 8 avril 2026?
Infrastructures pétrolières
Troisième catégorie de cibles: les infrastructures pétrolières iraniennes. On a beaucoup parlé de l'île de Kharg, où débouchent les oléoducs iraniens et où accostent les tankers qui viennent se ravitailler en pétrole brut. Donald Trump avait même promis de s'en emparer.
Or, pour l'heure, le complexe pétrolier iranien continue de fonctionner, alors que ceux de ses voisins ont été endommagés par des frappes de Téhéran. Dimanche, une plate-forme pétrolière offshore koweïtienne a ainsi été visée et touchée.
Si Trump laisse le pétrole iranien continuer de s'écouler, la crise va perdurer. Deux solutions s'offrent à lui: soit la destruction d'une partie de ces infrastructures portuaires et énergétiques iraniennes, soit la prise de contrôle effective de l'île de Kharg par l'armée américaine. Ce qui supposerait le déploiement – tant redouté à Washington – de troupes au sol.
Dirigeants iraniens
Quatrième cible enfin, que Donald Trump doit atteindre s'il veut faire plier l'Iran: le nouveau leadership de la République islamique. Pour ce faire, les Etats-Unis auront sans doute besoin de l'aide des Israéliens, qui rongent leur frein depuis la signature du «Memorandum» du 17 juin, suivie par les premières négociations au Bürgenstock, en Suisse centrale.
Une nouvelle phase de «décapitation» du régime iranien, à l'image des frappes du 28 février qui ont tué le Guide suprême Ali Khamenei, ou celles du 17 mars qui ont liquidé le chef du Conseil suprême de sécurité Ali Larijani, devra avoir lieu. Le premier sur la liste des officiels à éliminer est sans doute Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la révolution, qui est réapparu en public lors des funérailles de Khamenei.
Autre cible prioritaire: le nouveau Guide suprême (désigné en mars), Mojtaba Khamenei, resté invisible durant les funérailles de son père. Reste la question: comment continuer de négocier en tuant les uns après les autres ses interlocuteurs? Donald Trump, qui estime avoir fait émerger un nouveau régime, se pose la question. Nous aussi.