En bref
- Donald Trump veut faire des célébrations du 4 juillet 2026 le pinnacle de sa présidence, marquant sa volonté de laisser une empreinte durable sur l'histoire américaine
- Malgré les critiques sur sa gestion de la guerre en Iran, le locataire de la Maison-Blanche reste soutenu par sa base électorale MAGA
- Trump, à 80 ans, veut maintenant se concentrer sur l'économie, notamment grâce à la baisse des prix du pétrole et les investissements en intelligence artificielle pour consolider son pouvoir avant les législatives de novembre 2026
Ce 4 juillet 2026 restera sans doute, dans l'histoire contemporaine des Etats-Unis, comme la date d'une célébration qui oppose les Américains, au lieu de les réunir. Impossible, en effet, d'imaginer que les détracteurs de Donald Trump, épuisés et dégoûtés par sa présidence, se reconnaissent dans cette commémoration où le nom du locataire de la Maison-Blanche se retrouve partout.
Le «Mall», cette fameuse esplanade de la capitale fédérale ponctuée, au bord du Potomac, par le Lincoln Memorial? L'avenue Trump. La pelouse sud de la résidence présidentielle? Un espace entièrement dédié à la gloire de Trump, où le 47e président des Etats-Unis a pour l'instant conservé la cage bâtie pour le tournoi de MMA (Mixed Martial Arts) organisé le 14 juin pour ses 80 ans. La liste est longue. Insupportable pour beaucoup de citoyens américains: «Ce 4 juillet ne peut plus être une fête. Nous n'y sommes pas associés», a plusieurs fois déploré dans ses éditoriaux la «columnist» (éditorialiste) du New York Times, Maureen Dowd.
Pas de nouveau cap
Et pourtant: Donald J. Trump n'entend pas changer de cap. C'est ce qui sidère la planète entière et les cohortes de journalistes qui, chaque jour à travers le monde, commentent ses faits et gestes dès son réveil et ses premiers messages postés sur son réseau «Truth Social». Trump va continuer de faire du Trump. Il l'a montré le 17 juin en fin de journée, lors de sa conférence de presse de clôture au sommet du G7 d'Evian.
En théorie, la présidence tournante clôt ses réunions informelles entre dirigeants des pays les plus riches. Pas cette fois. Emmanuel Macron a dû laisser la place, pour le show final, à celui qu'il s'était employé à câliner durant les trois jours de sommet, avant de le convier à dîner au château de Versailles. Et Trump a eu son show: une heure d'affirmations souvent fausses sur la fin de la guerre en Iran et sur le protocole d'accord dont la mise en œuvre a commencé dans la foulée au Bürgenstock, le palace de Suisse centrale, lors du «Lake Lucerne Summit», avant de déboucher sur une seconde session de négociations au Qatar.
Qu'importent les menaces de péage de l'Iran et d'Oman sur le détroit d'Ormuz. Qu'importent les funérailles du guide suprême iranien Ali Khamenei prévues le 7 juillet à Téhéran. L'Empereur américain continue de croire à sa bonne étoile. La preuve, selon ses propres termes: les cours du pétrole plongent et ceux de la Bourse montent toujours plus haut «comme une fusée».
Le feuilleton du G7
En théorie, Trump devrait, pour ce 250e anniversaire, apparaître affaibli, voire démonétisé aux yeux du monde après avoir beaucoup cédé à la République islamique d'Iran, que son opération militaire «Epic Fury» menée avec Israël n'a pas réussi à renverser. En théorie, oui... Mais regardez bien les sondages aux Etats-Unis. Prenez soin de distinguer les opinions de son électorat MAGA (Make America Great Again) du reste des Américains interrogés. L'évidence saute aux yeux, mal comprise en Europe. Donald J. Trump garde le soutien de sa base.
Le patriotisme chevillé au corps des Américains a servi de rempart. La colère de ses électeurs, auxquels il avait promis de ne pas replonger la première puissance mondiale dans une nouvelle «guerre sans fin», version Vietnam, Irak ou Afghanistan, s'est dissipée face à la nécessité de défendre l'armada aéronavale de l'US Navy déployée dans le golfe Persique.
Même l'influenceur Joe Rogan, ancien catcheur reconverti en commentateur à succès, a fait demi-tour. Il déteste cette guerre. Il l'a dit. Mais il était bien là, le 14 juin, pour le tournoi de MMA de POTUS (President of the United States, l'acronyme officiel). Et il sera de nouveau là pour le feu d'artifice géant à Washington, ce 4 juillet.
L'Empereur est nu, mais...
Trump n'est pas cramé. Certes, sa force militaire ne s'est pas imposée sans coup férir au Moyen-Orient, même si ses navires peuvent à tout moment reprendre leur blocus naval de l'Iran. Mais gare: Trump est déjà remonté sur un autre ring à la veille de ce 4 juillet 2026 durant lequel il entend imprimer sa marque dans les livres d'histoire. Ce ring est économique. Donald Trump avait promis, lors de sa campagne victorieuse de 2024, d'enrichir les Américains. Bingo?
Michel Santi est un économiste suisse, fin connaisseur des Etats-Unis et auteur de Splendeur et misère du libéralisme. Il vit une partie de l'année à Miami, en Floride, à une centaine de kilomètres de Palm Beach et de Mar-a-Lago, le golf présidentiel. «Il faut faire la différence entre le panier de la ménagère américaine, dont le prix a nettement augmenté, et l'épargne des familles placées en Bourse, qui a encore plus progressé.
Trump a fait grossir le portefeuille d'actions des Américains.» Vrai? Oui. Grâce à l'arrêt de la guerre en Iran, juste avant de plonger l'économie mondiale dans une crise sans retour. Et surtout grâce au rush d'investissements sur l'intelligence artificielle.
Besoin de troupes
Un Empereur a besoin de troupes pour asseoir son pouvoir. Il a aussi besoin d'un récit. Trump est, après une année et demie de présidence, fragilisé sur ces deux terrains. Son armée, purgée des généraux qui lui étaient politiquement hostiles, renâcle à poursuivre cette guerre expéditionnaire dans le Golfe, que l'état-major avait déconseillé de mener. Son récit est entaché de ce surnom géopolitique qu'il déteste entendre: TACO, pour «Trump always chicken out» (Trump se dégonfle toujours).
L'ancien promoteur immobilier new-yorkais, cet homme qui a toujours professé son admiration pour les «winners», a frôlé la débâcle en Iran. L'opinion publique américaine estime majoritairement que son administration a été manipulée par Israël et son Premier ministre, Benjamin Netanyahu.
Alors, débâcle ou pas? Chroniqueur à «The Free Press» et ancien éditorialiste au «Washington Post», Charles Lane nuance: «Trump a fait le bon virage au bon moment à propos de l'Iran. Il a fait savoir qu'il avait, à plusieurs reprises, engueulé Netanyahu. Il défend son 'mémorandum of understanding' avec Téhéran au motif qu'il sauve l'économie mondiale du précipice. Franchement, c'est pas mal joué.»
Éviter les crises politiques
L'enjeu, maintenant, est de ne plus s'aventurer dans des opérations géopolitiques ingérables. A 80 ans, Donald Trump doit donc, après le 4 juillet et les commémorations «America 250» – un autre comité, géré par son clan, se nomme «Freedom 25 » – revenir à ses fondamentaux pour espérer faire gagner son camp républicain aux élections législatives de mi-mandat le 3 novembre, et surtout pour éviter d'apparaître dès le lendemain du scrutin comme un « lame duck », un canard boiteux sans pouvoir. Son retour à la prudence et à l'isolationnisme est dès lors programmé, avec peut-être en ligne de mire un blocus de Cuba, qui lui vaudrait le soutien potentiel des Latinos.
«Tout va maintenant être à l'aune du slogan America First», juge l'ancien ambassadeur français aux Etats-Unis François Bujon de l'Estang. On résume. Trump va beaucoup parler d'économie. Il va répéter que le cours du pétrole, en baissant massivement, va faire retomber l'inflation. Il va chanter la gloire des milliardaires de la tech, qui peuvent sauver son mandat à coups de dizaines de milliards d'investissements.
Il espère profiter du rebond de l'industrie de défense, dont les usines tournent à plein pour remplacer les stocks de missiles tirés sur l'Iran. Il mise enfin sur le statu quo en Europe. Son obsession est que les Européens payent: qu'ils achètent des armes et de l'or noir, ou du gaz liquéfié «Made in USA». Qu'ils continuent de lui faire des câlins. Sa prochaine colère, programmée, aura lieu cette semaine, du 6 au 8 juillet, au sommet de l'Otan, l'Alliance atlantique, à Ankara, en Turquie. Après? Trump parlera en priorité à ses électeurs MAGA qui continuent de l'aduler.
Pas de convictions
La force de ce président des Etats-Unis décidément pas comme les autres est qu'il n'a guère de convictions. Il veut gagner, point. Et s'il ne gagne pas, il affirme être vainqueur, pour impressionner les marchés financiers. Sa stratégie est celle d'un Empereur qui, au fond, a compris le déclin programmé de son empire, même s'il affirme en permanence le contraire.
Donald Trump sait que la Chine ne lâchera pas prise. Il a conscience que la révolution de l'intelligence artificielle, tout en donnant pour l'heure à son pays un énorme avantage, aura des effets dévastateurs en termes d'emplois pour les classes moyennes. Son pari est de gagner le temps qu'il lui faut, c'est-à-dire deux ans avant la fin de son second mandat non renouvelable, fin 2028, pour soigner sa légende. Quitte à multiplier les pressions discutables sur le scrutin, en particulier dans les Etats «rouges», ceux contrôlés politiquement par son parti républicain au sein duquel ses candidats continuent de dominer les investitures.
Cuba dans le viseur
Une intervention à Cuba? Pourquoi pas, car elle mobiliserait au final assez peu de ressources militaires. Mais pourquoi ne pas laisser tomber le régime cubain de lui-même? L'Ukraine de Zelensky? La voici désormais considérée comme un partenaire industriel, en raison de sa maîtrise des drones et des systèmes de défense anti-aériens.
Le président russe Vladimir Poutine a peut-être laissé passer sa chance lors de leur sommet en Alaska, le 15 août 2025. Trump n'aime pas les dirigeants qui prennent des décisions anti-économiques et qui gâchent les chances de futurs contrats sonnants et trébuchants dont son clan et sa famille auraient pu profiter.
Trump n'est pas (encore) un Empereur nu. Il a d'ailleurs choisi, avec sa salle de bal à la Maison-Blanche, de construire en quelque sorte son propre mausolée, ou sa propre acropole. Trump tient bon parce qu'il ne regarde que dans une direction: celle du miroir déformant qui lui renvoie l'image de ses réussites. Il est vrai qu'en presque deux ans de pouvoir, à force de s'en prendre aux médias «fake news», tous les autres miroirs ont été cassés, brisés ou durablement fêlés.
Notre épisode précédent: Washington à l'heure Trump: c'est révolutionnaire!
Episode 3: Ces Suisses qui ont fait l'Amérique de Trump