Ses détracteurs ont évidemment rebaptisé la ville. Pour tous ceux qui ne supportent pas l’actuel président des Etats-Unis, Washington est devenue «Trumpshington». Un surnom destiné à dénoncer la mainmise du locataire de la Maison-Blanche sur cette capitale fédérale où bat le cœur politique de son pays fondé voici 250 ans. C’est en effet le 4 juillet 1776 que fut imprimée et proclamée à Philadelphie (Pennsylvanie) la Déclaration d’indépendance des treize colonies américaines désireuses de rompre avec la Couronne britannique. Un texte signé, pour les futurs États-Unis, par 56 délégués parmi lesquels Thomas Jefferson et Benjamin Franklin. George Washington, commandant en chef de l’armée victorieuse, se trouvait lui à New York ce jour-là.
«Trumpshington», vraiment? La réponse tient en une image, qui inonde les réseaux sociaux à la veille des célébrations du 4 juillet: celle du futur Arc de Triomphe voulu par Donald Trump en clôture du «Mall», la célèbre esplanade aujourd’hui bordée par l’imposant bâtiment du Congrès et par le mémorial Lincoln, en hommage au président assassiné le 15 avril 1865 au Ford’s Theatre de Washington. Une folie architecturale? Non: la pièce maîtresse d’une transformation et d’un remodelage assumés du «District of Columbia», le territoire occupé par la capitale fédérale qui n’est pas un Etat.
L’hôtel Trump International
Pour Washington DC, où son nom n’a jamais figuré sur une tour (comme à New York ou Chicago), mais continue d’être arboré par un hôtel de luxe de Pennsylvania Avenue pourtant revendu en 2022 pour 375 millions de dollars, Donald J. Trump a des plans XXL. «Il veut laisser sa marque sur la ville, à la manière d’un monarque», remarquait récemment, sur la chaîne locale WRC-TV, l’ex-architecte en charge d’un autre projet controversé: celui de la future salle de bal de la Maison-Blanche, en partie sur l’emplacement de l’ancien «Rose Garden» (la roseraie créée par Jackie Kennedy).
La liste des projets de Trump pour cette ville dans laquelle il a, dès les premiers mois de son mandat, ordonné le déploiement de la Garde nationale pour «ramener la sécurité» dans les rues et y traquer les migrants illégaux? D’abord l’Arc de Triomphe bien sûr, cette «imposante arche triomphale de 250 pieds de haut – environ 76 mètres – ornée d’or, avec un bassin réfléchissant teinté d’un bleu foncé, plus des fontaines décoratives disséminées dans la capitale, dont la rénovation a coûté des dizaines de millions de dollars», selon le New York Times.
Doutes sur l’Arc de Triomphe
Pour l’heure, les badauds du 250e anniversaire doivent se contenter d’une réplique. Verra-t-il le jour? Pas si sûr, car une polémique historique s’est immiscée dans le processus. Construire une arche victorieuse à cet endroit est, selon les historiens, en rupture totale avec ce que signifie le «Mall» et le Lincoln Memorial: «Construire une arche de 250 pieds de haut à une extrémité du pont commémoratif d’Arlington, qui relie le Lincoln Memorial à Washington au mémorial de Robert E. Lee à Arlington, en Virginie, est une hérésie», poursuit le quotidien new-yorkais.
Ce pont a en effet été conçu et construit pour commémorer la réunification du Nord et du Sud après la guerre de Sécession. Pire: l’argument brandi par les trumpistes selon lequel il y aurait eu, avant la guerre de Sécession, une volonté de construire une arche… est simplement faux: «Les arches en granit de l’époque sont celles qui soutiennent le pont d’Arlington sur le Potomac», réplique Bob Dover, géologue et auteur d’un ouvrage sur l’histoire de DC. Mais rien n’y fait: bien que contesté devant les tribunaux, les premières études de terrain ont commencé.
Des façades «Made in Trump»
Autre initiative de l’administration Trump, connue pour avoir fermé dès son entrée en fonction plusieurs administrations fédérales, comme l’agence humanitaire USAID? L’habillage des façades officielles par d’immenses bannières à l’effigie du 47e président. Le commanditaire de ces déploiements de drapeaux et de banderoles? Le comité Freedom 250, créé par l’exécutif pour concurrencer le comité officiel «America 250», financé, lui, par le Congrès. Résultat: au Département de l’Intérieur, le portrait du chef de l’Etat élu le 6 novembre 2024 figure aux côtés de celui de George Washington sur des banderoles proclamant à la fois «America’s First» et «America First».
Le visage de Donald Trump domine également la façade historique du ministère de la Justice. Tandis que son nom a orné, un temps, la façade du Centre culturel John F. Kennedy, avant d’être supprimé le 13 juin 2026, à la suite d’une décision de justice. Motif: seul le Congrès (qui supervise les finances du District de Columbia) dispose de l’autorité pour changer les noms et l’affectation des bâtiments publics fédéraux. Ce qui n’a pas empêché «POTUS» (l’acronyme anglais de President of the United States) de rebaptiser le siège de l’Institut américain de la paix (United States Institute of Peace) en Trump Institute of Peace!
Une salle de bal immense
Direction la Maison Blanche, cœur de la puissance des Etats-Unis. Aucune visite de Washington ne serait complète sans un passage devant le 1600 Pennsylvania Avenue, son adresse officielle. Et là, que voient les visiteurs habitués jusqu’à ces derniers mois à travers la «Black Lives Matter Plaza», un espace urbain dominé par les affiches en faveur du mouvement de défense des Afro-Américains créé en 2013? Cette place fétiche des activistes a finalement été démantelée en mars 2025 sur décision de Muriel Bowser, la maire de Washington DC, après les menaces du Congrès de réduire les financements accordés à sa ville.
Depuis, le regard des visiteurs est happé par le chantier de l’immense salle de bal présidentielle, dont la légalité est toujours contestée en justice. Selon l’administration Trump, les 400 millions de dollars nécessaires à la construction seraient financés par des donateurs privés. Sauf que sa sécurisation devrait coûter autour d’un milliard de dollars, et que ce bâtiment, à lui seul, sera plus grand que la résidence présidentielle.
Trump contre les algues
Dernier chantier enfin: la rénovation du bassin du Lincoln Memorial, pour 14,7 millions de dollars. Objectif: donner à ce miroir d’eau une finition «bleu drapeau américain» pour les festivités de ce week-end. Le chantier, attribué sans appel d’offres, a rapidement rencontré des problèmes. La peinture s’est écaillée. Une prolifération d’algues est apparue. L’eau a viré au vert, provoquant l’envoi par Trump en personne d’une mission de réhabilitation et de «décoloration».
Des équipes de maintenance ont été déployées pour verser du peroxyde d’hydrogène dans le bassin et mettre en œuvre une technologie de nanobulles (nanobubbler technology) afin de traiter la décoloration de l’eau et de limiter la croissance des algues.
A «Trumpshington», même la nature doit se plier aux désirs de Donald Ier.
Prochain épisode: Le 4 juillet, jour de la débacle de l'Empereur Trump?