Un guide intransigeant
L'Iran prépare les funérailles de l'ayatollah Ali Khamenei

L'Iran s'apprête à célébrer samedi les funérailles nationales de l'ayatollah Ali Khamenei. Le guide suprême a été tué à l'âge de 86 ans lors d'une frappe israélo-américaine.
Après la mort d'Ali Khamenei, son fils Mojtaba a secrètement repris les rênes du pouvoir à Téhéran.
Photo: keystone-sda.ch
Post carré.png
AFP Agence France-Presse

L'ayatollah Ali Khamenei, dont les funérailles nationales débutent samedi, a incarné durant presque quatre décennies une République islamique qui a durement réprimé toute contestation sur fond de confrontation avec les Etats-Unis. C'est finalement une frappe menée par son ennemi juré avec Israël qui lui aura coûté la vie à 86 ans le 28 février, emportant également un gendre, sa fille, une belle-fille et une petite-fille, au premier jour de la guerre.

Mais la page Khamenei semble loin d'être tournée. Car son fils Mojtaba a pris le relais même s'il n'a pas été vu en public depuis sa désignation en mars. De plus, ses comptes sur X ou Telegram continuent de diffuser certaines de ses anciennes déclarations. Sans parler des nombreux portraits de celui qui est désormais qualifié d'"imam martyr Khamenei» qui ornent les rues d'Iran, aux côtés de ceux de son fils et de Rouhollah Khomeini, le fondateur de la République islamique en 1979.

En treillis

Né à Machhad, Ali Khamenei commence par étudier dans les principaux centres de l'islam chiite: Najaf en Irak et Qom en Iran. Son activisme politique contre le chah, Reza Pahlavi, soutenu par les Etats-Unis, lui vaut de passer une grande partie des années 1960 et 1970 en prison.

Sa fidélité à Khomeini, dont il avait suivi les enseignements depuis 1958, est récompensée en 1980, lorsqu'il se voit confier le rôle-clé de diriger les prières du vendredi à Téhéran. En juin 1989, il va avoir 50 ans lorsqu'il est nommé guide suprême à vie.

Arborant le turban noir des «seyyed», les descendants du prophète Mahomet, barbe blanche touffue et lunettes, il devient alors une importante figure religieuse chiite et l'homme fort de la République islamique. Il avait déjà assis son pouvoir en occupant la présidence durant huit années, marquées par une guerre dévastatrice avec l'Irak (1980-1988). Ses fréquentes visites en treillis sur le front avaient d'ailleurs largement contribué à façonner son image. Tout comme son bras inerte, qu'il laissait toujours apparaître, après une tentative d'assassinat en 1981.

Répressions

Ses trois décennies en tant que guide suprême ont été marquées par une succession de crises mêlant répression et fermeté, des manifestations étudiantes de 1999 au mouvement «Femme, Vie, Liberté» de 2022-2023, déclenché par la mort en détention de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour infraction au strict code vestimentaire.

Début 2026, il avait aussi été confronté à des manifestations monstre contre le pouvoir et le marasme économique, dont la répression a fait des milliers de morts, selon des organisations de défense des droits humains. Placé sous haute sécurité, Khamenei a très rarement voyagé hors d'Iran. Président, il avait néanmoins fait un déplacement remarqué aux Etats-Unis pour un discours à la tribune de l'ONU en 1987. Il habitait à Téhéran une résidence relativement modeste, dans laquelle il a péri.

Au pouvoir, Khamenei a transformé la maison du guide en une institution équivalant à un Etat dans l'Etat. Il a chapeauté six présidents, allant des modérés Mohammad Khatami et Hassan Rohani aux conservateurs Mahmoud Ahmadinejad et Ebrahim Raïssi.

Sous sa direction, le corps des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a étendu son emprise et a accru son influence à l'étranger, notamment au Liban, en Irak et en Syrie. Mais cet «axe de la résistance» a été fragilisé sous les coups d'Israël à la suite de l'attaque lancée par le mouvement islamiste palestinien Hamas en octobre 2023.

Dans ses pas

Coutumier d'une rhétorique martiale, Ali Khamenei incarnait la confrontation idéologique avec le «Grand Satan» américain. En 2018, il avait aussi décrit Israël comme une «tumeur maligne» au Moyen-Orient qui devait être «retirée». Quelques années plus tôt, il avait qualifié de «mythe» l'extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Sous son égide, l'Iran a plongé dans le marasme économique, étranglé par les sanctions internationales – malgré un léger rebond dans les années 1990 et surtout l'accord international de 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien.

Parmi ses six enfants, Mojtaba a été nommé troisième guide suprême de la République islamique. Et il semble s'inscrire dans son sillage. En déclarant mi-juin soutenir l'accord avec les Etats-Unis tout en ayant une «opinion différente», il se montre «étrangement fidèle à la tradition de son père», qui consistait à se tenir au-dessus de la mêlée pour garder l'équilibre entre les différentes factions, analyse Arash Azizi, enseignant à l'Université Yale.


Articles les plus lus