L'Iran n'est pas sorti vainqueur de la guerre déclenchée le 28 février par les Etats-Unis et Israël pour éradiquer son programme nucléaire militaire. Cette évidence est celle que Washington veut démontrer au monde entier, alors que presque tous les experts pensent le contraire depuis la signature, le 17 juin, d'un «Memorandum of Understanding» (MOU) par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezechkian.
Il faut donc, pour cela, que les Etats-Unis apportent régulièrement la preuve de leur supériorité militaire incontestée dans le golfe Persique. Ce qu'ils ont fait dans la nuit du 26 au 27 juin, en frappant des sites militaires iraniens en riposte à l'attaque d'un navire marchand battant pavillon du Panama.
Démonstration de force
S'agit-il, simplement, d'une démonstration de force ponctuelle? Non. La réalité est que, sur le plan militaire, l'Iran reste pris dans un étau qui ne va pas se desserrer durant les soixante jours de négociation, dont le premier round s'est tenu du 20 au 22 juin au Bürgenstock, en Suisse centrale.
«Il faut distinguer les gains politiques de la situation militaire, estime l'amiral français Alain Oudot de Dainville. Sur le plan politique, les Gardiens de la révolution ont de facto gagné la guerre, puisqu'ils sont désormais au pouvoir à Téhéran et que la République islamique tient le pays.»
«Sur le plan militaire, l'Iran n'a plus, en revanche, qu'une arme à sa disposition: sa possibilité de bloquer le détroit d'Ormuz. Son stock de missiles, très diminué, ne lui permet plus d'exercer une menace déterminante sur ses voisins. Son programme nucléaire, dont on ne connaît toujours pas l'état actuel après des semaines de frappes, est surtout un outil diplomatique. Trump tient en joue l'Iran. Et cela lui convient.»
Même son de cloche chez les experts américains. Trump a finalement pris, selon la plupart d'entre eux, la bonne décision. Il a fait cesser les combats avant que la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz ne plonge le monde entier dans une catastrophe économique. Les prix du pétrole ont baissé de plus de trente dollars le baril, tombant de 100 à 70 dollars. Un plan d'évacuation de l'Organisation maritime internationale (OMI) a permis, depuis le 23 juin, d'évacuer 115 navires avec 2500 marins via le détroit d'Ormuz, selon le décompte de vendredi de cet organe de l'ONU chargé de la sécurité en mer.
Les 250 ans le 4 juillet
Le président des Etats-Unis, affairé à la préparation des célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance de son pays, le 4 juillet, se retrouve donc dans la situation qu'il affectionne. Il ne risque plus une défaite militaire. Il peut, à tout moment, frapper et démontrer sa puissance dans les médias. Et il peut commenter à tout va la bonne santé des marchés boursiers, qui sont repartis à la hausse.
L'Iran est dans la situation inverse. La force du régime de Téhéran est d'avoir résisté, alors que les services de renseignement israéliens étaient convaincus de sa chute programmée, après l'élimination, le 28 février, du Guide suprême Ali Khamenei. Les Gardiens de la révolution, avec les dizaines de milliards de dollars d'avoirs débloqués en provenance des pays du Golfe, vont pouvoir payer leurs miliciens, recapitaliser leurs sociétés commerciales et éviter une possible rébellion des services de sécurité.
Gagner du temps
Ils vont gagner du temps, en autorisant sans doute l'accès de leur pays aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), mais en brouillant le plus possible les pistes sur l'état de leurs installations nucléaires.
Ils peuvent, bien sûr, tirer, comme ils viennent de le faire, sur un navire pour rappeler leur domination du détroit d'Ormuz. Ils disposent d'une forte capacité de nuisance régionale. Mais ils restent à la merci d'une nouvelle guerre aérienne menée par les Etats-Unis et Israël, à l'issue des soixante jours de négociations.
Pas de victoire au Liban
L'Iran n'a pas non plus gagné la guerre au Liban, où son allié chiite, le Hezbollah, risque de faire les frais de l'accord de principe signé entre Israël et le gouvernement libanais. Le Hezbollah est loin d'avoir été éradiqué. Mais sa capacité à prendre le Liban en otage est diminuée. Israël va demeurer dans le sud du pays.
La France et l'Italie ont annoncé une future opération de maintien de la paix qui pourrait remplacer la FINUL, la force des Nations unies dont le mandat s'achève le 31 décembre. Là aussi, Trump a marqué des points. Il s'est distancé de l'Etat hébreu. Il a tonné contre son allié Netanyahu. Il s'est transformé en médiateur.
Au final? Les frappes ponctuelles de la nuit dernière démontrent que les Etats-Unis vont fonctionner «à la Trump». Tant que la paix armée avec l'Iran rapporte, que l'économie mondiale redémarre et que le président des États-Unis peut dire qu'il a remporté la victoire, le conflit va rester gelé. L'Iran va pouvoir réexporter son pétrole, mais sous surveillance américaine. Poutine va se retrouver affaibli, car le pétrole russe se vendra moins cher.
Et, à tout moment, les hostilités peuvent reprendre. Trump a, en quelque sorte, passé la corde au cou de la région du golfe Persique. Il va la tendre quand cela l'arrange. Il a compris qu'une victoire militaire est impossible. En bon sniper, il a tous les acteurs dans son viseur. Ce qui lui ouvre, d'ici aux élections législatives de mi-mandat du 3 novembre, toutes les options.